fondamentalement

J’ai du mal à comprendre ce qui est utile et ce qui ne l’est pas…

Je regarde de loin des choses terrifiantes pour ceux qui les vivent… les innondations, les guerres, les attentats, les… dictatures et peut-être pire encore que les dictateurs, les dirigeants visibles et invisibles de nos chères démocraties…

Je regarde tout ça et je cherche à en comprendre le sens, le sens du monde… non pas l’explication, juste le sens de la mouvance… Comme si je regardais une grande assiette de soupe qu’une cuillère invisible remue… Je vois de vagues débuts d’ellipses, un trait, une onde, une éclaboussure, une dépression avant une marée détonnante…

Je regarde cette soupe qui me parait insensée, cette fois au sens de n’en avoir pas… oui, c’est juste un bouillon sans volupté, le truc qu’on regarde sans plaisir, en se disant qu’il va bien falloir l’avaler… Je ne l’aime pas cette soupe…

Je crois que je n’ai jamais aimé cette soupe, peut-être même qu’elle me donne des bas le cœur… mais que lorsqu’on n’a pas le choix… même lorsqu’on a pas faim…

Moi, face à cette assiette triste… je me demande ce qui est utile et ce qui ne l’est pas…

Le peuple… c’est personne ?

Oui, bien-sûr, des centaines, des milliers de «personnes» agglutinées… des tas de millions de «rien du tout»… Un peuple c’est l’un des ingrédients de la soupe, une bonne grosse pomme de terre… pas plus…

Un peuple on l’arrache à sa terre, et on lui déboise son sol au besoin

on l’achète comme les organes de presse,

on l’épluche de sa couche rouspétante,

on l’utilise pour masquer le goût génant du pouvoir,

on l’éviscère de ses impuretés et corps étrangers,

on le dépiaute de ses yeux d’intellectuels,

on le divise, montant les moutons contre les cochons, et rigolant de leur combat débile,

on l’ignore lorsqu’on n’a aucun profit à en tirer,

on le tranche dans le vif des pauvres quartiers,

on l’écrase comme une colonie dont on a plus de richesse à exploiter…

on le brasse, avec de l’émotion à la une, des jeux de cirque télévisuels

un peuple… c’est juste un objet avec lequel certains jouent… ou croient jouer…

“Jouer… être joué”, comme dit mon cheval en prenant le fou…

Les bons jours, je parviens à imaginer que certains cuisiniers font de leur mieux pour que la soupe soit bonne… parfois il faut bien jeter certains morceaux d’un légume qui donneraient mauvais goût… parfois il faut sacrifier une feuille de chou, parfois on sent bien que cela va être trop salé, on pimente un peu le tout pour faire passer une addition maladroite…

La plupart du temps je m’assois sur le bord de la casserole, trop fatiguée pour ressentir la moindre souffrance liée à la chaleur de la marmite et je me dis que personne n’est au piano… Je n’entends aucune mélodie, rien qui ne laisse à penser qu’une chef officie quelque part… Les marmitons ne sont que des apprentis en récréation, des étranges bestioles sur pattes avec de très grosses têtes… Sur leur tête énorme, une toque blanche marquée Président de… Roi de… Chef des… Suprême de… volailles ?

C’est sans doute le poid de la tête le problème, oui, cela explique pas mal de choses… Hydrocéphalite infantile… hum… Trop lourde cette tête pour le reste du corps atrophié, déséquilibre permanent… possible oui… trop de chocs au passage des portes, hum délicat les passages de porte… Trop de vide à l’intérieur pour que le cerveau ne s’emballe pas…

La plupart du temps… je n’ai ni mépris ni révolte contre ces gamins malades, pas même de la compassion…

Quelque fois je les hais, je les insulte. Le simple fait de croiser l’un de leur mensonges fait sortir de mes lèvres un mot de révolte haineux… Cela ne dure pas longtemps, à quoi sert donc mon dégoût des brasseurs de soupe ?

A quoi sert la soupe ? Je ne demande même pas à qui, ouf je n’en suis pas encore là…

Oui, je ne comprends pas vraiment le rôle de la pomme de terre en tant qu’entité non pas comme ingrédient d’une recette mais plutôt en tant qu’identité personnelle, cette pomme de terre-là… celle-là, la petite avec la bosse sur le coté… Est-ce qu’elle est vraiment importante ?

Si un peuple n’est qu’une pomme de terre… moi, individu banal d’un peuple banalement comme les autres… je ne suis qu’une particule d’un peu de fécule…

Je suis là, assise au bord du faitout… et je me demande… à quoi ça sert ?

Qu’est-ce qui est vraiment important ? Qu’est ce qui fait sens pour moi ? Qu’est ce qui a de la valeur ? Une valeur ? Mes valeurs ? Ma valeur ?

Je n’aspire pas à devenir marmiton, ma tête n’a pas la bonne pointure pour que je sache imaginer que je pourrais être capable de faire mieux que les gosses à grosses têtes. Je n’aurais même pas la force de vouloir les détruire, et, quand bien même, cela ne sauverait pas la soupe….

Alors, mon rôle à moi dans tout ça ?

Aucune importance… non absolument aucune…

Je le dis sans tristesse ni effroi, juste dans un moment de lucidité paisible.

Ma partition existe, mais que je la joue ou pas n’a absolument aucune importance…

Que je sois mélodieuse ou mauvaise note n’apparaîtra qu’aux regards éventuels de mes proches contacts immédiats…

Aucune influence dans le temps, aucune influence sur la soupe, ni ici, ni jamais…

Ce que je suis ne compte pas… pour la soupe, ni pour la pomme de terre, ni pour…

Ce qui je suis… pour le dire mieux ne compte que pour moi.

Je suis super importante… pour moi-même…

Hum… c’est peu…

Un peu de fécule sur le bord d’une casserole attache de l’importance à sa petite personne…

Et bien oui… je n’aime pas cette soupe et pourtant je m’aime moi.

Je ne suis pas beaucoup moins malade que les marmitons peut-être, ma maladie est différente… Une bonne névrosée comme on dit chez nous… pire, une brave névrosée…

J’ai beaucoup de chance. J’ai la chance d’habiter suffisamment proche du bord du bouillon pour pouvoir prendre un peu de recul et réfléchir. J’ai le nez qui peut sentir un air extérieur…

J’ai juste l’air… mais les paroles coulent ensuite avec facilité…

J’ai ainsi observé que je n’aimais pas être cuite, ça me faisait bouillir de colère ! Mais j’ai aussi compris que les bruits de ma plainte se répercutaient sur mon entourage immédiat… J’ai vu que mes orages intérieurs, lorsqu’ils déversaient leurs flots de chagrins, ne faisaient qu’augmenter le degré de salinité, moi qui regrette déjà de ne baigner que dans une mer morte… J’ai vu que lorsque je saccageais tout autour de moi comme pour pousser mon hurlement de révolte, je n’avais plus alentour que chant dévasté et malheureux…

J’ai découvert aussi que les ondes se propagent… Toutes les ondes, pas seulement celles qui me font mal, mais aussi celles qui me font rire…

Lorsque je me sens bien, j’accueille avec une tendresse chaude et contagieuse cette petite lumière de trois ans et demie qui se blottit dans mes bras en ronronnant.

Lorsque j’éclate d’un rire heureux, je vois bien le sourire qui s’éclaire sur le visage de mon vis à vis et me renvoie une image agréable…

Lorsque j’échange un sourire avec l’homme qui traverse sur les clous devant ma voiture, je vois bien que cela lui fait du bien de se sentir exister… et qu’en retour je suis plus gaie…

Lorsque j’exprime mon plaisir devant la beauté d’un gâteau appétissant, je vois bien les yeux heureux du pâtissier qui l’a réalisé, récompensé et gratifiant, ces yeux verts pétillants…

Lorsque je dis à ma sœur que je l’aime fort, je sais bien que cela réchauffe une brindille de son âme, et que l’esprit de la “famille” grandit à cet instant en elle comme en moi…

Lorsque je caresse la peau de mon Loup, je sens bien que mon plaisir du contact de sa chaleur est auréolé de son frisson de désir, et que les deux s’enlaçant je vais pouvoir rayonner de l’intimité corporelle partagée…

Lorsque j’ouvre grand, les yeux de mon cœur, à l’amie qui entre dans mon bureau, je sais bien qu’elle reçoit plus qu’un accueil amical… et qu’à deux nous créons spontanément une bulle d’authenticité…

Lorsque je partage le Plaisir d’une aventure virtuelle, authentique et projective, avec Flauris et Andùnëdil, je sais bien que tous on s’endort ensuite avec le cœur plus musclé…

Lorsque je passe, sans entendre la remarque cinglante, d’une bécasse qui s’ennuie et gausse pour s’occuper, je sais bien que j’ai rien perdu, au contraire…

Lorsque je fais un sourire gêné mais franc à la personne que j’ai failli heurter dans le couloir faute de ne savoir respecter le bon sens du croisement des droitiers, je vois bien que finalement il est prêt, comme moi, à ce que la prochaine fois on se carambole pour rire ensemble

Lorsque je laisse passer une troisième personne devant moi en caisse… parce qu’elle n’a presque rien et qu’elle m’offre son sourire de soulagement reconnaissant, je sais bien que je m’en nourri pour me sentir moins fécule

Lorsque je ne hurle pas sur mon vieux père qui le mériterait bien, mais qui n’en entendrait rien, préférant déposer ma colère par des mots sur mon clavier, je sais bien que cette colère devient créative et que pour moi c’est mieux…

Lorsque je hais les hommes, tous, tous les aveugles à la subtilité des replis pudiques de notre coeur offert… je sais bien qu’ils sont les premiers perdus dans les méandres de nos questionnements… et qu’ils seront moins pires si je n’attends pas d’eux qu’ils me comprennent

Lorsque j’accepte mon rôle de «joie de vivre» en famille, je sais bien que c’est ce qu’ils attendent de moi, et que, leur dire que je ne suis pas ça, rendrait tout le monde malheureux, moi y compris et que tout serait de toutes façons à refaire la prochaine fois, parce qu’ils ne veulent pas voir “moi” mais ce qu’ils aiment de moi…

Lorsque sur mon clavier je pleure de rage et de déception, que les mots coulent vers un texte qui sera enfin posé, puis détruit, et que son destinataire ne recevra juste qu’un «Eh, t’as déconné ne recommence pas» … je sais bien que j’ai protégé une amitié qui m’est chère et qui n’aurait pas grandi de mes débordements de trop plein, d’émotion passagère…

Lorsque je dis à mes amies que, hélas je suis résolument hétéro, je sais bien combien j’aime faire l’amour et qu’au fond il me suffit de savoir quoi attendre de qui …

Lorsque je serre les dents et que je souris malgré cette douleur qui me brise le corps, et que épuisée, je dis «Tiens je vais faire une pause ici, le soleil est si doux», je sais bien que je plombe moins l’atmosphère, celle-là même où je respire, que si je gémissais ma douleur.

Les ressentis, les émotions, les affects, toutes ces «choses» invisibles, immatérielles qui pourtant sont bourrées d’énergie et de mouvement… tout cela s’agite… Tout cela m’agite… dans tout les sens, fouettant tous mes organes des sens, envahissant parfois même ma pensée d’un brouillard insensé…

Je sais que ces électrons libres et fous bondissent, rebondissent et se multiplient, me reviennent et repartent, établissent avec les autres des ponts et des liaisons improbables, involontaires et incontrôlable mais qu’ils me reviendront, tôt ou tard, en plein cœur.

Je sais que rien n’a de sens, tout va dans tous les sens…

Alors quoi ? ma voie, mes priorités ? Je n’ai d’autre choix que d’en choisir… et d’assumer.

Mes enfants, mon compagnon, mes sœurs, mon travail, mon écriture… quelques amis, et puis tout le reste que je dois vivre aussi, même si cela me poisse. La maladie et les limites de mon corps, ma petitesse de pensée lorsque j’ai mal, ma dépendance aux autres lorsqu’ils ne sont pas à la hauteur de mes besoins, manger quand c’est pas bon en rêvant que c’est la plus onctueuse mousse au chocolat, assister aux réunions en se demandant ce qui est au fond réuni ici… faire le plein, et faire face au vide… vivre quoi…

Lorsque je me sens bien, le partager me fait me sentir mieux que ça,

Lorsque je me sens mal, le dire ne fait pas cesser le mal si je ne fais que ça,

lorsque je me sens mal, je l’assaisonne

Lorsque je me sens bien, je le rayonne

Lorsque je me sens mal, je tente de n’en accuser personne (et ce n’est pas facile)

Lorsque je me sens trop mal, je m’isole… (et ce n’est pas puéril)

Lorsque je me sens, c’est déjà pas si mal… si pour une fécule !

Tu vois, c’est juste ça, le sens de ma vie à moi…

Je n’ai aucune idée de ce que ressentent les molécules du carotène… J’ignore tout ce qu’est la vie à partir d’un lieu où je ne suis pas…

Je ne sais pas le sens de ta vie à toi, je sais juste que ta présence est douce à mon être, que tes sourires m’éclairent le quotidien, que ta pensée m’approfondit, je sais que je suis contente de t’apprendre par coeur… Je sais que j’en redemande encore.



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