Protection d’enfant

 

J’ai une vraie question qui vient dans ma tête comme une vague et me rabote les muqueuses du cerveau : Il s’agit de celle-ci comment faire pour protéger ma fille de ma maladie ?
J’ai bien dit la protéger, elle, de ma maladie à moi.

(Et non la protéger de s’attraper la même maladie que moi, ça c’est son avenir, sa vie, ses soucis et ma foi je crois que je ne peux pas faire grand-chose contre ce qu’elle va attraper ou pas puisque j’ai pas déjà su comment m’en protéger, comment le pourrais-je pour elle… bref revenons à nos moutons)

Je suis la fille d’une maman déprimée… j’ai été sa joie de vivre, son rayon de soleil, son énergie, quand je me suis mariée ,ma mère a dit que la vie avait quitté la maison (ce qui a fait « très plaisir » à mes frères et sœur restés au logis (mouarff))
J’ai, dans le cadre de mon métier, puis de ma psychanalyse, de la maturation de mon être, découvert comment ma personnalité avait pu être façonnée par cette dépression maternelle, comment, moi petite fille pleine de vie, j’avais pris sur mes frêles épaules la charge de la faire rire, de lui donner envie de sourire, comment j’avais été et suis devenue un moteur, une porteuse, un soutien, une battante, un remorqueur, une… qui s’oublie, qui sourit, qui faiblit et qui fibromyalgie…

Je frémis à l’idée que ma fille, face à mes fragilités, puisse se sentir investie d’un rôle trop lourd pour elle, c’est par exemple elle qui s’occupe de tout ce qui est tombé au sol (j’ai trop de mal à me baisser) elle m’apporte mes chaussures, elle sait que parfois je ne peux pas aller la promener, elle m’embrasse en me disant « t’es trop fatiguée ? C’est pas grave on ira demain ». Pour l’instant je la laisse peu voir mes limites, parce que je les assume mal et puis que je pense que j’aurais le temps de mieux organiser ma façon de vivre avec la fibro avant qu’elle comprenne et qu’elle n’en souffre trop… enfin, j’espère !
Je la confie beaucoup à des gens qui lui offrent d’autres espaces de vie, d’autres « aventures », d’autres mode de réactions que les miennes… Je ne souffre pas tellement de le faire parce que je sais qu’elle y est bien et apprend mieux qu’à mes côtés les jours où je n’ai de toute façon pas la force…

Cependant je m’inquiète de la façon dont elle verra ma maladie avec le temp ; comprendre que je ne guérirais pas de si tôt à été aussi une grande tristesse pour moi à cause de ça… J’aurais voulu que ma fille ne me connaisse pas dans cet état… j’aurais voulu guérir avant qu’elle se rende compte de mon état… Je suis triste de penser qu’elle n’aura pas une maman tourbillon de vie… juste une maman fibro au grand cœur mais au peu de moyen dans son corps…
Bon je sais c’est mieux que le contraire (ou pire une mère avec un corps superbe et plein de fiel !)… n’empêche que cette nouvelle moi… j’aurais voulu mieux pour ma belle Lucy, et il faudra bien qu’elle fasse avec, comment fera-t-elle ? Est-ce qu’elle voudra compenser ? Fuir ? Deviendra-t-elle médecin ? Hypocondriaque ? Est-ce qu’elle sera drôle et gaie avec l’idée (sans doute vraie) que cela me fait du bien et donc qu’elle le doit ? Est-ce que je saurais lui apprendre à s’écouter, moi qui ne savais pas le faire ? Est-ce qu’elle sera solide face à l’effort mais pas au point de s’oublier ? Est-ce qu’elle me copiera et faiblira comme je le fais trop souvent ?(elle me copie en mille choses faisant même la gauchère alors qu’elle ne l’est pas)
Comment je peux élever ma fille en étant malade tout en lui donnant le meilleur de moi mais pas les défauts de mes excès ?
Je n’ai pas honte de ce que je suis, j’ai juste invité Lucy à la vie en ignorant que cette maladie me transformerait tellement… Je ne suis plus sûre de pouvoir la guider vers les rivages qu’elle choisira de découvrir plus tard sans lui coller deux ou trois écueils, qui m’appartiennent et dont elle n’a pas besoin…
Je sais, je sais, je suis utopique rêveuse, on porte toujours un peu du linge sale de ses parents et grandir c’est aussi le leur rendre…
Ma fille, comme moi, comme tant et tant d’autre réussira sans doute à me dire que mes luttes ne sont pas les siennes… J’espère tellement qu’elle ne laissera pas la maladie, (toutes les maladies) l’envahir trop, qu’elle trouvera sa voie, sa quête, son soleil, indépendamment de ce que je suis devenue, ou du moins de ce que je ne suis plus…
Offrir à la fois un cadre sécurisant et une ouverture vers une autonomisation… cela me semble tellement moins clair aujourd’hui qu’avant la maladie… Sans doute qu’avant je me pensais forte et capable de la protéger si besoin… aujourd’hui je ne suis pas forcément plus faible… juste plus réaliste !

Bien sûr que je ne sais pas encore si ce que je deviendrais est meilleur que ce que j’étais… avec un peu de chance… à voir…

 

Morceau du commentaire de Lucaerne que je trouve fondamentalement essentiel :

Et puis, comme dit mon psychologue préféré : “donner des raisons à vos enfants de vous haïr (au sens psy du terme, qu’il a précisé), c’est leur donner plus de chance de bonheur futur, de faciliter la séparation nécessaire. Il n’y a rien de pire qu’un parent parfait, si tant est que cela existe, parce qu’alors, il reste dans le fusionnel, et la séparation le fera terriblement souffrir et laissera des séquelles terribles ».

LUCAERNE



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