Erruption

Je suis sur les pentes d’un volcan en éruption, il crache sa lave en aspergeant toute sa cime, il assombrit le ciel et couvre toutes choses d’une poussière gris crasse, il y a aussi de part et d’autre de larges coulées de terre en fusion qui rampent vers la plaine…

Je suis là… Je marche calmement.

La police hurle les ordres d’évacuation, les sirènes des pompiers s’affolent de toutes parts, des gens crient, des gens courent, ici un homme pleure, là une gosse hurle blottit dans les bras de sa mère…

Je marche

Un voisin me croise en s’arrête, il est en pyjama, hirsute, lui qui est toujours si bien mis avec son petit costume et sa cravate verte, je lui sourit… il me regarde totalement ahuri et ne trouve rien d’autre à me balbutier qu’un pauvre « heu… on y va ? »

Je lui souris, si je ne me retenais pas je poufferais, il est si drôle dans sa panique…

Une boule de lave explose non loin de nous, il tremble de tous ses membres, le pauvre je lui prends le bras, il sursaute, je lui montre les bus pour l’évacuation, «Courage, il reste des cars, allez-y » il esquisse une grimace et part en courant vers le parking

Je marche… J’ai fait déjà évacuer ma famille, ils sont tous à l’abri, pour mes biens j’avoue que l’indifférence est de mise au milieu de tant de désastre humain, on se posera la question du confort plus tard.

J’avance calmement, je n’ai aucun moyen d’assurer ma sécurité personnelle… Mais pour les autres est-ce différent ? Tout à l’heure un bus entier à été emporté par un écroulement de terrain, la route soudain a disparu… Les pauvres gens qui n’avaient pas eu la place de monter dedans hurlaient… hurlaient d’être vivants, hurlaient pour ceux qu’ils avaient vu s’ébouler quelques centaines de mètres en contrebas…

J’avance sur ce chemin de terre, j’ai déjà au moins fait trois kilomètres, je devrais arriver au débarcadère avant la nuit… par moment on ne voit pas à trois mètres devant… Je crois que je n’ai pas la force de ressentir ma peur… alors je marche, concentrée sur mon itinéraire…

Tiens je reconnais la voix de Marcel dans le porte-voix, il tremble jusque dans sa gorge le pauvre… Ses mots vibrent lorsqu’il demande aux gens de « rester calme », il donne les instructions pour contourner l’éboulement de la route… On sait Marcel, t’inquiète pas Marcel ce n’est pas ta faute, tu fais comme nous tous, de ton mieux, alors courage, continue, t’inquiète pas tu fais bien… je lui souris intérieurement, il est gentil ce Marcel, j’espère qu’il s’en sortira…

Je marche, une tendre idée me vient en tête… Je pense à ce gars qui m’a téléphoné l’autre jour..

Un grand crac flambant derrière moi… Oh l’arbre que je viens de dépasser est en feu… Il était rayonnant d’un équilibre royal, les flammes le rendent féerique mais pourtant la combustion me fait penser à l’enfer puisqu’elles se nourrissent de lui jusqu’à ce qu’il ne soit plus… Vivre tranquillement ou brûler magnifiquement en un instant ? Je préfère ne pas briller si fort, et avoir une chance d’avancer encore, j’ai tant de route à faire…

Je marche. C’est marrant comme j’ai trouvé sa voix sympathique, elle était pile dans ce que j’avais envie d’entendre… il m’a fait rire, un type intelligent aussi…

Tout à l’heure du haut du Mont Saint Roland, j’ai vu le village de Bifort… Les gens ont tous eu le temps de partir, c’est un peu triste tout ce gris. Le bourg est intact mais chaque maison est recouverte de poussière, quartier de vie, vide, désert, intact comme un vieux souvenir, inutile et dépassé…

Je marche, je sens une émotion monter en moi, j’aimerais lui offrir ma tendresse à cet inconnu, oui pourquoi pas lui, pourquoi ne pas lui offrir tous les câlins de mes bras, poser mes mains sur son visage, lisser sa peau du bout des doigts, poser mon front contre le sien, yeux fermés… Je marche

La ville de Layter a été totalement rasée paraît-il, dommage, c’était une belle ville, avec un centre culturel assez dynamique… La gare était toute neuve… Layter était en train de s’étoffer… la maire avait plein de projets… plus de train, tout le monde descendu en une seule déchirure…

Je marche, j’imagine qu’il tient ma main, non, je n’imagine pas, je sens qu’il me tient la main… sa peau est douce, je lui murmure que je l’aime, et je marche sans lâcher sa main…

Aïe, zut, je viens de me prendre une pierre dans l’épaule… Bon c’est pas dramatique l’épaule c’est pas ça qui m’empêchera d’avancer… L’homme me prend dans ses bras, il est si tendre… il me sourit, confiant et heureux bien qu’un peu surpris, lui aussi, de cet amour violent que nous partageons, il marche à mes cotés, …

Il y a déjà un moment que je n’ai pas vu quelqu’un, j’espère que ceux qui ont tenté de rejoindre le grand port y parviendront, parce qu’avec la route détruite, ils ont un sacré détour à faire… L’homme et moi avançons main dans la main, je me sens mieux depuis qu’il est là…

Lorsque je me sens fatiguée, je plonge dans ses yeux, j’y puise la force de continuer… Je marche…

Je me retourne, quelqu’un arrive en courant et me crie « cours, cours, la lave, elle arrive… »
Je marche, l’homme tendrement me serre la main…



L’automne en corps

Il y a en moi un être qui tremble, une feuille fragile, à peine verte, à peine éclose et déjà sèche, saisons d’hormones, ma vie passée, d’un coup de vent balayée…

Je danse dans le tourbillon d’automne, je danse pour me glisser entre les courants glacés qui me tuent et les espoirs ascendants qui pourraient m’aider à m’élever au-dessus de cette poisse qui m’enlise…

Parfois un vent du sud déverse sa saison chaude, mes larmes arrosent la mousse du pied des arbres où je repose.

Trempée je lève quand même le nez au ciel, parce que j’aime le soleil qui brille entre deux nuages…

J’ai si peur lorsque j’entends passer le pas froid et imbécile d’un Monsieur « bien comme il faut », un qui sait, un qui dicte la règle pour tous, un qui me refroidit tant il manque de vie…

Je saisis la première bécasse qui s’élance pour peu qu’elle ait un poil de créativité coincée dans le bec…

Je m’envole, je nage dans les nuages, brouillard sur ma vie, je ne sais plus où j’en suis, j’ai froid, j’ai peur aussi.

Ce vent qui me prend est plus fou que mes rêves. Il me chahute, il me renverse et m’abandonne au premier trou d’air.

Je chute, je tombe sur une épaule, aie, une fois le premier choc passé, elle est assez jolie la vue d’ici… mais déjà le souffle m’entraîne vers d’autre lieux, d’autres montagnes….

Je suis si fatiguée, parfois je rêve que l’hiver finira par me souder dans ces glaciers, que refroidie par son baiser, je n’aurais plus de raison de tant trembler…

Dans l’élan de la dernière sève qui me reste, je m’évade à l’assaut de la vie, je croque des paysages et des êtres, des odeurs et des couleurs, des sentiments et des sentis vrais…

J’avance dans ce cloaque, tremblante peut-être, mais vivante.



Aie tu m’as raté

 

Aïe ma mère décidément tu m’as raté !

j’arrive pas à attraper mes pieds !

Faut dire qu’ils sont à l’autre bout de ma tête

alors je ne sais pas si vous imaginez la distance !

surtout en contournant le ventre !

J’ai les bras trop courts,

j’ai le coeur heureusement

assez accroché pour supporter la gymnastique !

Mais avec cette fracture de la colonne

avec l’arrachement des trois doigts de la main droite

et l’index gauche où il manque une phalange,

avec mon épaule démise

et mon poignet pas remis du tout…

Pffff qu’elles sont longues mes jambes !

Bon allez j’arrête de me plaindre

tant pis

je renonce à m’habiller,

aujourd’hui c’est décidé

je vais bosser nue !



catastrophe aérienne

 

Je suis si fatiguée…
Ma tête est vide
Tout laissé couler
J’arrive plus à penser.
Trop fatiguée
Je comprends plus
Envie d’écrire
Quand même

Je peux encore remuer les doigts
Je suis, … non, enfin je ne sais pas
Je n’essaye plus de me relever
Je suis coincée dans les gravats,
Mais ça fait pas mal
Si je ne bouge pas
Je n’ai pas eu le temps d’avoir peur
Je n’ai plus le temps d’avoir peur
Maintenant c’est fichu
Je suis fatiguée
J’ai même pas de balise de détresse
J’peux pas l’attraper, elle a roulé là-bas
C’est con, les avions
On dit que ça décolle
On ne dit jamais que ça s’écrase
Des fois…
C’était une mauvaise fois…
Il va m’attendre
Je ne sais plus quelle heure il est
Peut-être qu’il sait déjà
Que l’avion n’arrivera pas
Dommage,
J’aurais aimé qu’on ait notre chance

J’ai si mal à la tête
Ça me tue les mots du stylo
J’espère que Ben saura combien je l’ai aimé
Qu’il lira ce que j’ai écrit
Pour d’autres et puis pour lui
Qu’un jour il saura
Que je ne l’ai pas abandonné
Je suis si fatiguée,
On me l’a volé et j’ai cédé
Pour ne pas le déchirer
Je l’aimais trop pour m’arc-bouter
J’ai plus d’énergie
Je ne voulais pas que tu finisses comme moi
Mon fils,
Ecrasé entre deux tôles
Je me sens si lasse
Comme si un venin
Tout doucement
M’engourdissait de l’intérieur
je me sens poisseuse
Ce soir je meurs et toi tu vis
Tu ne sais pas que je t’aime
Mais mon amour avait ce prix
Mon fils, tu as suivi ton père
Là-bas, derrière d’autres frontières
Tu m’as perdu de vue
Tu m’as perdu amer
Tu ne me reconnais plus
Et moi je suis là sous cette carcasse
Incapable de bouger
Ni même de crier
Plus la force de te dire
Que je n’ai jamais cessé de t’aimer
T’aimer à te perdre
T’aimer à te vouloir vivant
T’aimer libre et triomphant
Méprisant hélas ta maman
Mais debout maintenant
Mon fil devenu homme
Tu sais c’est juste la montagne
Qui a plongé vers nous
Et puis tout s’est écrabouillé
Je suis toute explosée
Je suis si fatiguée
Vit mon bébé,
Vit mon tout petit à moi
Vit mon tendre Ben
Tant pis si tu ne sais pas que je t’aime
Un jour peut-être quelqu’un d’intelligent
T’aidera à comprendre que tu as eu une maman
Et quel amour il m’a fallu pour te laisser partir
Dommage que maintenant il te soit trop tard pour revenir
Et puis tu sais il n’y a personne ici, juste le bruit du vent
Jamais, jamais plus… non pas de vie, juste le vide
Quand je serais partie Il ne restera rien,
Rien qu’une trace d’un moi
comme si j’avais existé
Avant de m’envoler
Avant de m’écraser
C’est quoi ces restes ?
C’était qui… moi
J’ai froid…
Ne regrette rien mon fils,
Continue de grandir
Bâtis ta vie de ton mieux
Construis-toi encore
Existe de tout ton cœur
Vis, mon joli, tant pis si je meurs, c’est pas important
Il y a si longtemps déjà que tu n’as plus besoin de moi
Essaye juste un jour de n’avoir plus besoin de me hair
Pour pouvoir simplement aimer mon souvenir
Je n’aurais pas pu te dire adieu,
Tu n’aurais pas voulu me voir
C’est con la vie des fois
Je suis fatiguée…
J’ai mal à la tête…
Je suis presque partie déjà
J’avais bien prévu de voyager
Mais pas autant, pas comme ça…
Je ne sais même pas où je vais
Oui, je me sens partir
Mais je n’ai pris ce billet
Si, je m’le suis pritsdans la face
Une lassitude terrible qui m’engourdit …
J’ai pas peur,
T’as un frère et une sœur…
Si tu trouves un jour la paix ne les oublie pas
Ils sont eux aussi mes enfants
Ils te raconteront,
Eux, qui j’étais,
Si un jour tu veux savoir
Je vous aime tous les trois
Je vous ai tant aimé…
Même mes pensées s’enfuient
Qui m’a débranchée ?…
Je ne peux plus bouger…
C’est con que ça soit arrivé maintenant,
J’aurais aimé vivre encore,
Oui j’aurais aimé, aimer…
Ça fait pas mal d’aimer
C’est vivre aimer…
C’est idiot de rester coincée
Dans une telle position,
J’aurais au moins pu m’écraser à plat ventre !
Mais là remarque, je vois les étoiles,
La nuit, c’est joli les étoiles…
Je vais regarder les lumières de la nuit
Tant qu’elles brillent, tant que je les vois
Oh… zut ma main gauche ne bouge plus.
On dirait qu’il y a du brouillard
Je suis fatiguée mais j’ai peur de dormir
Je ne veux pas m’endormir, pas maintenant
Pas encore, j’ai envie de vivre
Je n’entends rien,
Y’a pas de vie ici
C’est froid la solitude
Je n’avais jamais été aussi seule avant
Est-ce qu’il y a des carnivores dans ce coin ?
J’ai sommeil, tellement sommeil…

 



J’aime

 

J’aime mon téléphone parce qu’il pourrait sonner et m’offrir ta voix

J’aime mon pc parce qu’il me permet de t’écrire et de te porter mes mots

J’aime mes yeux qui me permettront de te lire ce soir

J’aime le casque qui entourera ma tête et glissera tes “je t’aime” aux creux de mes oreilles

J’aime ce train qui m’éloigna hier de toi car ces rails ramèneront vers toi

J’aime mon travail car il me rend libre et digne de toi

J’aime le soleil qui brille ici, il éclaire tes jours aussi

J’aime chacune de mes sensations car je les partageraient un jour avec toi

J’aime l’état de désordre dans laquelle j’ai laissé ta chambre parce qu’elle était remplie de nous

J’aime ceux qui t’entourent qui m’oublieront peut-être ou pas

J’aime l’idée que tu pourras leur parler même s’ils ne t’écoutent pas

J’aime les bruits de la vie qui me disent combien chez toi tout est calme

J’aime ma famille et serait heureuse de te la présenter

J’aime, j’aime, j’aime, oui j’aime

J’aime chaque seconde que je vis…

Justement parce que je t’aime

Je t’aime et tu embellis tout !

T’ai-je dis que je t’aime ?

Hum oui ?

Tant pi

Je le redis

Je t’aime

 



Fatigue

 

tombée,

je suis tombée sur un hic

j’avais pas bu

j’avais pas soif

j’ai cassé ma flûte

affalée

étonnée

muette

j’ai quoi ?

coit

purée d’pois

y’a plus

puit

fond perdu

plus d’mot

plus de liant

des mots sciés

émaux brûlant

trop lent

ralenti

arrêté

silence

désolée

 



l’hirondelle danse

 

Étendue

herbe verte

jambes nues

papillons

tu es prête ?

Non

sourires

Juste un instant…

Tu viens t’asseoir ?

Ta tête sur mon ventre

Ma main sur ton bras

Un frisson chante

Tes yeux,

regard tendre,

Bavard

et si heureux

Corps abandonnés

Langueur du soir

Sans obligation

Sens ivresse de vie

Harmonie en dedans

Être ce que je suis

Seulement,

Sans effort, sans limite

Sans contournement ?

Offerte et cueillie

Certaine de la réciprocité

de ce doux sentiment

de cet épanouissement

Juste un instant

De bonheur inouï

Deux hirondelles

La liberté et la vie

Enlacées

Tu viens ?

Oui.

 



Explosion

 

J’avance dans le couloir.
Et tout à coup c’est l’explosion
Jaillit du fond, le souffle emporte tout
Des milliards de cristaux sont projetés de toutes parts,
Blessant, déchiquetant, griffant traces de leur passage,
Ils vont se planter dans les murs, dans les portes,
Dans ma chair, dans moi, morte… répandue, porté disparue…
Les fragments m’expulsent et me saignent
Et je croule et je coule…
Trouille et vide roule,
Trop éparpillée pour comprendre
Je suis, ou du moins j’étais, dans le couloir,
Flaques de moi, il ne reste que deux jambes,
Un peuplier, pas encore le sapin…
Mais déjà les épines, échardes dans les doigts
J’ai dû mettre la main sur un bout de moi
Oui c’est la gauche, elle bouge
Accrochée au chambranle de la porte
D’une porte qui n’a plus de cadre
Je jette un œil, je ne sais pas où est l’autre
Petits tas de débris non identifiables…
C’est moi…
Tiens un poumon un peu mou mais bon
Il fonctionne, je retrouve un souffle
C’est bien le mien, je respire
Ça aurait pu être pire
Cette fois je n’étais pas au volant
Je m’adosse au mur un instant…
Oh, il y a un mur, ah oui le couloir,
Tiens mais il me reste donc le dos
Sciée à la base je ne voyais que le sol
Pas facile de me repuzzler…
Répulsion de la fragmentation
J’ai les jambes qui tremblent…
Et la tête vide,
Une biche aux abois
Aucun cerf ne veille
Une friche sans cervelle
Je suis qui ?
Je ne suivais personne !
Juste j’étais… !
Ah oui j’étais dans le couloir
Et je suis moi
Ouf idées en place
Je panse, déleste le pire
Je transe et je m’aspire,
Je veux donc j’essuie
Enfin je me retrouve,
Je comprends
Je sais
Tout va bien
Ce n’est pas grave,
Non laissez,
Je vais ramasser
J’ai l’habitude
C’est comme ça à chaque fois

Que j’éternue…

Attendez
Me rassembler,
Me concentrer, …
Tout va bien,
Excusez…



les cormorans

 

J’aime les cormorans.

La mélasse est tiède,

Elle m’enlace et me piège.

Etre oiseau, rire en volant.

J’ai le corps mourant.

J’ai mal à mon désir de vie.

Plonger et voler, à l’envie…

Un peu de moi est anéanti

J’ai le brouillard à l’intérieur.

Nager même en profondeur…

J’ai éteint le feu du moi rieur,

Je n’ai vu arriver ce souffle de mort.

Il m’étreint, me tue et m’envahit de gris.

Il a totalement pris possession de mon corps.

Être libre, sauvage… mais apprivoisé, aussi…

La sève chaude, qui d’habitude me nourrit,

Ne connait plus le chemin de mes mains.

Pêcher pour moi et aussi pour un humain…

Je ne sais même pas s’il existe un demain.

Tout est si sombre.

Le soleil plombe.

Les bras m’en tombent.

Et je n’ai pas la force de les ramasser,

Être un cormoran apprivoisé…

Je suis tellement épuisée…

Libre, mais jamais seule, voler…

Mes jambes, quelque part sous le bureau,

éparpillées entre le sol et le bas de mon dos,

Gémissent leur douleur et frémissent leur peur.

Le poisson est la cible et l’enjeu, de son ardeur…

A chaque nouvelle attaque, à chaque agression,

Mon cerveau se fait tout petit, il joue l’endormi,

Il ne lutte pas, il fuit, et je reste seule, sans pensée,

Sans pouvoir panser ce corps trop grand en tensions.

Je voudrais être un oiseau… et m’envoler pour oublier…

Une épaule semble vouloir exister, elle bouge endolorie.

Jouer, glisser entre les vagues, plumes unies dans la plongée…

Mes yeux se ferment sous la douleur… Le nez se recroqueville…

Attraper ma proie, et, ne pas la relâcher face à l’astre qui brille…

Les picotements salés se contractent pour ne pas dégouliner.

Ventre dressé vers le soleil, me remplir d’énergie et de vitalité.

Non je ne pleurerai pas cette douleur-là, pas maintenant, pas ici…

Ne plus exister, ne plus rien ressentir des cheveux aux chevilles,

Juste rêver que je vole, entre mer déchaînée et nuée d’orage.

N’autoriser que le jeu bavard de mes doigts sur le clavier,

M’envoler par les mots, bien loin de ce corps en rage

Ne plus penser, j’ai mal, pour pouvoir oser l’écrire

Aimer les cormorans, le temps d’un nouvel essor

Me battre pour créer, malgré l’impossible

Voler, juste dans ma tête, sans avoir peur

Ne pas pleurer et même oser sourire

Aimer toujours, ne rien regretter

N’avoir que le désir pour cible

Un corps d’oiseau en tête

De toutes mes forces

Me battre et être.

Vivre, libre.

 



Et demain ?

 

Il faut savoir sourire à son passé… Ce qui me paraît important aussi c’est de savoir si la route parcourue a pris une direction qui est celle qui nous plaît, celle qu’on veut vivre pour l’année prochaine… De temps en temps, savoir arrêter la course.. Faire une petite pause, le 31 décembre, la fin de l’année, les voeux, c’est souvent l’occasion de s’interroger…

Oui, ne rien regretter. Faire toujours de son mieux. N’avoir aucun remord de n’avoir pas plus réussi…

Si on a agit «de son mieux» c’est le maximum. “On a fait avec les éléments qu’on avait, avec notre force et le passé qui nous fonde, avec notre compréhension du monde”… Ce n’était à ce moment-là pas possible de faire plus … Bien sur que maintenant avec ce qu’on sait, avec ce qu’on est… Mais à l’époque on ne savait pas… On n’était pas…

Alors, oui ne rien regretter et continuer…continuer à faire de son mieux, tant pis, si c’est pas très réussi, tant pis, si on rêverait une autre vie, une autre sortie…Tant pis.

Regarder derrière, avec un sourire tendre, en se souvenant de tous les petits moments de tendresse, tous les plaisirs de la vie, tous les contacts heureux… Ce qui nourrit, ce qui fait du bien, qui réchauffe… Oui se dire que ce passé est le notre et qu’on en garde le meilleur.

Dans mon grand grenier du passé, où , chaque fin d’année, je dépose mes souvenirs, j’ai un grand coffre à misère… il est profond… très. J’y mets tout ce qui est fini et que je ne veux plus voir. Je tasse un peu, je m’en fiche si ça écrase les trucs d’en dessous… puis je le referme jusqu’à l’année prochaine…
Dans ce grenier, j’ai aussi un tas de bric à brac, des levés de lune, des paysages, des visages, des nuages en mouvement… Des averses qui s’arrêtent, des glissements de terrains qui révèlent qu’avant, une civilisation plus ancienne… avant, la vie était déjà enracinée ici…
Dans l’armoire sur la gauche j’ai déposé les cristaux ramassés en montagne. Celui que j’ai trouvé près de la cascade… Ceux qui étaient là posés sur ma route, offerts, gratuits, sourires… Certains ont été tellement difficiles à conquérir…. Certains pourraient être rougis jusqu’au sang versé… Certains ne sont pas plus gros que le plaisir qu’ils m’ont donnée. Certains sont recouverts d’une fine couche de sel, sel cristallisé, une fois les larmes évaporées… Certains sont beaux… vraiment beaux. Tous sont froids, droits, rigides et érigés… collection de piquants… collection de poignards de glace qui ne fondront jamais…
J’ai aussi dans le berceau, là près de la fenêtre… quelques peluches fanées, un pyjama avec des pieds, un poisson en plastique bleu… un culbuto jaune. Un grand plastique transparent posé dessus…
Une guitare pleine de poussière, souvenirs déçus et enneigés… Il arrive que l’on se trompe… Ça fait mal… c’est mieux, qu’elle reste là… elle m’oublie…
Une robe andalouse… tellement jolie que je ne me lasse pas de la regarder, parfois je me dis qu’un jour peut-être je pourrais de nouveau me glisser dedans… Elle est si belle qu’elle transforme ce qu’elle enrobe en princesse gitane…
La commode, dont le deuxième tiroir ne s’ouvre plus, m’attire toujours un peu… Dans celui du haut, des centaines de photos, des images d’instants…. Une vision figée d’un passé qui n’a pas existé ou alors, de façon si fugace, qu’en fait, lorsqu’on la revoit, après, on ne se reconnaît pas… Des images des autres… Des caricatures qui offrent le déroulement de souvenirs de la vie qui a existé… de la vie qui n’existe plus… Joli “fige mémoire”…
Dans le tiroir qui ne s’ouvre pas quelque chose qui coince… Un truc qui reste en travers… C’est un vieux truc, un très vieux machin qui m’appartient mais qui n’a aucun intérêt, aucune raison d’être là. Je n’ai pas réussi à le jeter ailleurs, plus loin, dans un lieu où il aurait totalement disparu, disparu de ma vue de ma vie… Je ne sais plus ce que c’est, je ne veux pas savoir, je ne veux pas l’ouvrir, je m’en fiche…Il faut bien que les saletés aussi se blottissent quelque part… Je leur laisse ce tiroir… vous l’ouvrirez après la fin de ma vie…

Le tiroir du bas est très lourd… Je ne l’ouvre pas …. ce n’est pas nécessaire… Il contient tous mes textes… Tout ce que j’ai écrit depuis le début de ma vie, depuis mes huit ans tous mes écrits, tous mes cris, tous mes tues… Les non-dit, les impossibles mais les pensables… Ce qui était très moche, ce qui était tellement beau… Le puissant en bien en mal, en lien en mâle… Ma vie, mes écrits…Oui, le tiroir est sacrément lourd… tellement plein… Je l’aime comme un trésor, comme une partie de moi qui dort au calme dans mon grenier… au milieu d’un bazar qu’il faudrait que je range, un jour…

J’ai un miroir où je dois de temps en temps passer un coup de chiffon à poussière. Dans le miroir, une image qui bouge, une image qui vieillit un peu, un peu à chaque fois, une image étrange qui ne me sourit pas… Elle n’est pas triste, pas même lucide, juste là. Elle me regarde sans complaisance, sans animosité. Elle m’aime bien, je crois … Elle m’aimerait mieux, si j’étais mieux… Elle sait que je fais des efforts, beaucoup d’efforts pour tenir debout, elle sait que je ne suis jamais très loin de la chute… Elle pense sans doute que je dois continuer, en faire plus … Je ne sais pas, je ne sais pas si je pourrais… Avancer, y croire, avancer encore, c’est si difficile parfois… Je ne sais pas si je pourrais… Pourtant je n’ai pas le choix alors je la regarde droit dans les yeux… Oui je sais, oui j’avancerai… Alors je la regarde et elle me sourit. Regarder la route devant moi … oui… mais c’est quoi cette route ? Oh ! J’en suis donc là… Bien… Maintenant je décide quoi ? Quelles sont les forces en présence ? C’est quoi mes rêves ? C’est quoi ma voie ?

Je m’assois… je regarde… Pause…petite pause… sourire, yeux et coeur ouverts…regarder avec désir et ardeur… regarder, pour voir encore… Aimer, aimer…Toujours.
 



1234

Violence conjugale |
Psychothérapeute PAU |
Soleil levant |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Conseil de l'Ordre Inf...
| 89-91 avenue du Léman Bonne74
| Naturopathie