Erruption

Je suis sur les pentes d’un volcan en éruption, il crache sa lave en aspergeant toute sa cime, il assombrit le ciel et couvre toutes choses d’une poussière gris crasse, il y a aussi de part et d’autre de larges coulées de terre en fusion qui rampent vers la plaine…

Je suis là… Je marche calmement.

La police hurle les ordres d’évacuation, les sirènes des pompiers s’affolent de toutes parts, des gens crient, des gens courent, ici un homme pleure, là une gosse hurle blottit dans les bras de sa mère…

Je marche

Un voisin me croise en s’arrête, il est en pyjama, hirsute, lui qui est toujours si bien mis avec son petit costume et sa cravate verte, je lui sourit… il me regarde totalement ahuri et ne trouve rien d’autre à me balbutier qu’un pauvre « heu… on y va ? »

Je lui souris, si je ne me retenais pas je poufferais, il est si drôle dans sa panique…

Une boule de lave explose non loin de nous, il tremble de tous ses membres, le pauvre je lui prends le bras, il sursaute, je lui montre les bus pour l’évacuation, «Courage, il reste des cars, allez-y » il esquisse une grimace et part en courant vers le parking

Je marche… J’ai fait déjà évacuer ma famille, ils sont tous à l’abri, pour mes biens j’avoue que l’indifférence est de mise au milieu de tant de désastre humain, on se posera la question du confort plus tard.

J’avance calmement, je n’ai aucun moyen d’assurer ma sécurité personnelle… Mais pour les autres est-ce différent ? Tout à l’heure un bus entier à été emporté par un écroulement de terrain, la route soudain a disparu… Les pauvres gens qui n’avaient pas eu la place de monter dedans hurlaient… hurlaient d’être vivants, hurlaient pour ceux qu’ils avaient vu s’ébouler quelques centaines de mètres en contrebas…

J’avance sur ce chemin de terre, j’ai déjà au moins fait trois kilomètres, je devrais arriver au débarcadère avant la nuit… par moment on ne voit pas à trois mètres devant… Je crois que je n’ai pas la force de ressentir ma peur… alors je marche, concentrée sur mon itinéraire…

Tiens je reconnais la voix de Marcel dans le porte-voix, il tremble jusque dans sa gorge le pauvre… Ses mots vibrent lorsqu’il demande aux gens de « rester calme », il donne les instructions pour contourner l’éboulement de la route… On sait Marcel, t’inquiète pas Marcel ce n’est pas ta faute, tu fais comme nous tous, de ton mieux, alors courage, continue, t’inquiète pas tu fais bien… je lui souris intérieurement, il est gentil ce Marcel, j’espère qu’il s’en sortira…

Je marche, une tendre idée me vient en tête… Je pense à ce gars qui m’a téléphoné l’autre jour..

Un grand crac flambant derrière moi… Oh l’arbre que je viens de dépasser est en feu… Il était rayonnant d’un équilibre royal, les flammes le rendent féerique mais pourtant la combustion me fait penser à l’enfer puisqu’elles se nourrissent de lui jusqu’à ce qu’il ne soit plus… Vivre tranquillement ou brûler magnifiquement en un instant ? Je préfère ne pas briller si fort, et avoir une chance d’avancer encore, j’ai tant de route à faire…

Je marche. C’est marrant comme j’ai trouvé sa voix sympathique, elle était pile dans ce que j’avais envie d’entendre… il m’a fait rire, un type intelligent aussi…

Tout à l’heure du haut du Mont Saint Roland, j’ai vu le village de Bifort… Les gens ont tous eu le temps de partir, c’est un peu triste tout ce gris. Le bourg est intact mais chaque maison est recouverte de poussière, quartier de vie, vide, désert, intact comme un vieux souvenir, inutile et dépassé…

Je marche, je sens une émotion monter en moi, j’aimerais lui offrir ma tendresse à cet inconnu, oui pourquoi pas lui, pourquoi ne pas lui offrir tous les câlins de mes bras, poser mes mains sur son visage, lisser sa peau du bout des doigts, poser mon front contre le sien, yeux fermés… Je marche

La ville de Layter a été totalement rasée paraît-il, dommage, c’était une belle ville, avec un centre culturel assez dynamique… La gare était toute neuve… Layter était en train de s’étoffer… la maire avait plein de projets… plus de train, tout le monde descendu en une seule déchirure…

Je marche, j’imagine qu’il tient ma main, non, je n’imagine pas, je sens qu’il me tient la main… sa peau est douce, je lui murmure que je l’aime, et je marche sans lâcher sa main…

Aïe, zut, je viens de me prendre une pierre dans l’épaule… Bon c’est pas dramatique l’épaule c’est pas ça qui m’empêchera d’avancer… L’homme me prend dans ses bras, il est si tendre… il me sourit, confiant et heureux bien qu’un peu surpris, lui aussi, de cet amour violent que nous partageons, il marche à mes cotés, …

Il y a déjà un moment que je n’ai pas vu quelqu’un, j’espère que ceux qui ont tenté de rejoindre le grand port y parviendront, parce qu’avec la route détruite, ils ont un sacré détour à faire… L’homme et moi avançons main dans la main, je me sens mieux depuis qu’il est là…

Lorsque je me sens fatiguée, je plonge dans ses yeux, j’y puise la force de continuer… Je marche…

Je me retourne, quelqu’un arrive en courant et me crie « cours, cours, la lave, elle arrive… »
Je marche, l’homme tendrement me serre la main…



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