Quand il dort…

 

Il dit « Ce n’est que ma façon de voir, mais… »
J’attends la suite, détendue confiante, mais…
Sa tête se fait, d’un coup, plus lourde sur mon bras
Il ne bouge plus, presque raidi de silence
Sa respiration s’accélère et s’amplifie
Elle devient torrent d’air dévalant vers l’avalée
Ses lèvres s’entrouvrent laissant le souffle
Venir frissonner ses moustaches rebelles
Les muscles de son bras se cherchent
Et se trouvent une position de rêve
Le vent dans son torse grogne et ronfle
Comme si un gouffre l’avait englouti,
L’air en rivière souterraine érode
Les conduits étroits de l’engoudronné civilisé
Voilà que ses dents claquent, encore, et encore
Comme un applaudissement lent et répété
Il se tourne, enroule ses bras autour de moi
Comme un ours se blottissant en lui même
Marmonne quelques syllabes incongrues
Souche massive entraînée brutalement
Par le courant de son sommeil
Il sombre dans l’onirisme
avec tant de puissance
que je n’ose bouger
pour m’apercevoir finalement
qu’il est tout à fait réveillé

Je ne connais rien du pays de sa vie
Mais le paysage de ses nuits
Est un court métrage
Dont le metteur en scène
A volontairement alterné
Une succession de plans
Rapides et discordants
Pas étonnant
Qu’il ne soit jamais vraiment reposé !



aimer à gagner la déraison

 

Marcher les pieds nus en goûtant l’herbe verte
Oser mettre l’orteil à fleur de l’eau du torrent
Rire au courant glacé qui m’invite à la fuite
Et entrer les deux pieds dans le cours d’eau
Frémir de la plante au contact des graviers
Faire l’avion avec les mains pour ne pas tomber
Avancer à contre sens, ivre du plaisir de défier
Sens ouverts, tout frissonnants, caresse du vent
Être deux piliers d’un pont mobile totalement futile
Obligeant le déferlant à me contourner prestement
Poser la main sur la roche mouillée pour m’équilibrer
Chercher l’endroit le plus amusant où mettre le pied
Sentir le froid grimper contre mes jambes éclaboussées
Lever le regard vers les sapins, la cascade, les rochers
Aimer cette vie cristalline qui se déverse sans s’épuiser
Exister un instant de toute la puissance de ma conscience



l’idiot heureux

 

Il est dans mon dos,

j’entends sa voix

le roulis du train me berce

mais je n’arrive pas à dormir

l’homme parle trop fort

il se raconte,

je ne sais pas qui est son interlocuteur

je sais qu’il s’écoute, lui,

et qu’il est ravi de ses propos fascinants

je pense qu’il espère que le wagon entier l’entende

et profite de son aventure

c’est qu’il a été aux Canaris…

l’homme

dans un hôtel 5 étoiles

avec des trucs à manger avec plusieurs sauces

et il avait la baignoire rose saumon dans la chambre

la vue sur la baie avec la mer dedans

un mini bus gratuit toutes les heures

pour descendre vers la plage

Je croise le regard de ma vis à vis

sourire,

sourire qui s’agrandit

nous commençons à rire doucement

Il continue

A l’accueil… une hôtesse d’accueil trop gentille

même elle peut vous appeler un taxi

comme ça, juste parce que vous lui demandez

à tous les étages, dans toutes les pièces :

des gens à son service,

vraiment à son service à lui

qui répare sa télévision et lui ouvre sa porte

des coktails avec au moins 5 bouteilles qui s’mélangent

des soirées, le soir, tous les soirs

des services sans autres factures

que celle du monstrueux nid à touristes

le fou rire contamine peu à peu

les deux côtés de l’allée centrale

et gagne du terrain vers le pauvre riche

l’homme continue

se vautrant dans son souvenir de luxe

jubilant d’avoir ressenti l’ivresse du pouvoir

commandant une armée de sous fifre

juste là pour le servir

l’heureux homme explique que sa femme

ne souffrira sans doute pas « moins bien »

l’année prochaine

sûrement

il devra y revenir

Je suis arrivée à destination

je me lève tout en me gondolant

jette irrésistiblement un regard

vers le fond du wagon

des cheveux jaunes frisés ondulent

au dessus d’un front

bronzage cramé craquellant

le reste est caché par le fauteuil

hormis le pied gauche

qui s’aère dans le couloir

L’ongle du gros pouce est jaune

jaune comme la tong qu’il habite

 

La belle aventure

nous l’avons vécue

un wagon entier se trémoussant de rire

malgré la fin des vacances

et pourtant

l’homme qui nous offrit ce bon moment

fut le seul à n’en pas profiter…

l’homme en tongs au fond du wagon

n’ayant lui,

le plaisir de vivre qu’avec les choses

qui s’achètent…



l’exité du parking

 

L’homme me jette un regard énervé …

Il attend que je lui cède la place sur le parking,

Je viens de m’asseoir à la place du conducteur,

un pied dedans, un pied dehors

Je m’demande s’il va oser klaxonner …

J’attrape la jambe de mon jean et je tire,

Je tire tranquillement,

Me rapprochant autant que possible du pied

Afin de soulever le tout pour le rentrer dans la voiture

L’homme du fond de sa BMW,

de l’autre côté de la haie ne voit pas

que j’ai enfin rentré ma jambe gauche,

 il fulmine et pense en fumant des naseaux :

« ah ces satanées bonnes femmes !

encore une qui ferait mieux d’aller à pied »

je lui souris ravie, heureuse

d’avoir les deux pieds dans une position suffisamment équilibrée

pour pouvoir me crisper d’une main sur le frein à main

et me lancer avec l’autre à l’assaut de la poignée de porte

je la tiens et dans un geste majestueux

 je ferme ma portière de ma voiture

d’un mouvement décidé, je tente de saisir la ceinture de sécurité

il démarre en trombe excédé et pile quatre places plus loin

devant un autre emplacement qui vient de se libérer

j’ai enfin réussi à cliquer ma ceinture

avec ma main gauche,

parce que la droite a déjà travaillé hier

c’est chacune son tour !

j’avance doucement mon siège pour caller mon dos

l’homme sort rageusement de sa voiture

je l’entends claquer la portière

je démarre enfin,

Je recule tranquillement

Et passe devant « mon » excité 

Que je découvre en train de donner

des coups de pieds dans sa voiture

fermée à clé manuellement un peu vite…

puisque les clés sont restées à l’intérieur

sûr qu’il pense que c’est de ma faute !

je quitte le parking, avant d’oser rire de bon coeur,

Sans doute était-il pressé

mais la colère lui a fait perdre à la fois

son temps et son bien être !

S’il savait comme c’est précieux

un corps qui marche

peut-être prendrait-il le temps

de patienter en souriant !



ne pas être seule et passive

 

Marre de chez marre !

Ben tiens ! Je suis arrivée en Savoie en juin, privé de tous mes soignants d’avant…

Arfff contacte avec les soins fibro locaux, RV et rencontre du ponte responsable le 1° septembre…
il s’engage à m’aider, ouf… me dis de prendre rendez vous avec sa sacrétaire
pour le suivi de choc (génial je vous en reparlerais)
Je joins sa secrétaire qui me propose un RV pour mi novembre Mr. Green ne pas être seule et passive dans Médecin new_gunsfiring_v-1222 zinzin

arfff marre de chez marre je vous dis pas j’suis trop seule
c’est pas bon ! alors première chose :
J’arrive ici… ouf ça fait du bien

puis… je régularise avec la SS qui me demandais des papiers depuis fort longtemps
(j’avais perdue ma carte vitale)
et je prends une mutuelle (j’avais celle du zom que je viens de quitter)

je me bouge cotéde mon nouveau médecin traitant pour la prise en charge à 100%
et je prends rendez vous avec une gynéco, j’en ai plus vu depuis 4 ans rires
puis me prends un rendez vous en sophro par semaine

mais cette semaine marre de chez marre encore plus alors :
je m’offre un rendez vous avec un ostéopathe
un rendez vous avec un microkiné
un rendez vous en pédi psy pour ma fille (elle pleure autour de la séparation entre son père t moi et refait pipi au lit)
un rendez vous ORL pour elle aussi (je ne sais pas si elle fait la sourde oreille ou si c’est son oreille qui n’entend pas)

Etonnant ! mais pire… je me demande si je vais pas finir par prendre la semaine prochaine un rendez vous chez le dentiste (perdu deux dents en quatres ans) et puis même un chez l’occuliste vu que je n’ai plus de lunettes adaptées à ma vue depuis plus de deux ans…

Ah… pas de soignant disponible avant mi novembre qu’il avait dit le ponte…
et bien m’en fiche j’ai envie de me faire soigner quand même !
fallait pas me fâcher ! non mais !
Wouhaou ! ça fait du bien !



Poigne demain

Oh superbe idée !

Pour peindre la poignée de porte

Je vais la dévisser

Ben oui, le bitoniau rond

Ce sera plus facile de le peindre

en le tenant dans la main

et je le remettrai

ni vu ni connu

tranquille

sans avoir fait de tâche sur la porte

sans avoir besoin de nettoyer

oui, trop bonne l’idée…

je dévisse,

je donne un coup de pinceau

sur la chose ronde…

qui s’échappe

et tombe sur le lino

Elle roule à n’en plus finir

laissant une belle trace verte

tout au long de son chemin

Elle s’arrête enfin

fichue poignée !

Je me penche

l’attrape en essayant

de ne pas m’en mettre

plein les mains

ouf, aie,

j’ai mis les doigts dans la peinture,

ça glisse et la voilà repartie

pour une nouvelle trace

de sa vie sur mon sol !

Furieuse je bondis

et m’en saisis fermement

elle gicle alors en l’air et retombe…

dans mon pot de peinture

elle nage,

tout au fond bien sur…

Bien, qu’elle y reste

Saleté !

Je vais en acheter

une toute peinte 

non mais !
 

 



L’eau de là bas

De l’eau, la sieste …

Je suis là dans le cadre d’un contexte de tentative de guérison ou du moins de maîtrise de la maladie. Le kiné fait partie des étayages proposés pour m’aider. L’eau chaude aussi, la sieste… oui.

Le kiné me propose de « faire la sieste », ses demandes sont raisonnables. Sa voix est douce, mon corps veut bien. J’aurais envie de foncer vers la guérison mais il me guide vers sur une voie d’eau tranquille… Pourquoi pas flotter. Je ferme les yeux, je me concentre sur le bas de mon dos. Je laisse les bouées proposer une détente à ces vertèbres si douloureuses. Je me dis aussi qu’il serait bien de décrisper le haut de ma colonne, ce lien entre l’attache de mes bras et mon cou… J’appelle à la douceur et au calme.

Dans l’eau, d’autres « trempent » comme moi. Un imbécile ne sait pas se taire. Il me saoule de sa stupidité inconsciente. Accidenté de la route il continue à prendre des risques énormes, à faire prendre des risques aux autres et se vante de ses excès de vitesse. Je tente de ne pas l’entendre, je glisse en moi un fond musical, une mélodie calme et paisible.

Et l’autre parle. Je me dis que c’est un conteur qui me raconte une histoire belle avec des farfadets et puis une rivière. Des poissons se détestent mais qui, parce que c’est aller à contre-courant que de ne pas s’entendre, font finalement la paix… Le kiné m’indique comment avance les bras des poissons, je suis sa perche docile et calme… L’autre imbécile, pas méchant mais si puéril, parle et parle et parle encore. Je quitte l’eau doucement tentant avec résolution de garder la détente de mon corps le plus longtemps possible.

Aie, difficile de s’habiller sans être bien sèche, ouille mes pieds sont donc toujours aussi loin ! Oh, ma mère, pourquoi donc m’as-tu fait les jambes si longues ?

Retour vers la voiture, en plein soleil elle est toute chaude. Je m’y glisse comme dans une bulle juste à ma taille. Le siège m’enrobe comme une couette. Je reste blottie. Je propose à ma voiture de se glisser jusqu’à l’autoroute… puis elle rentre à la maison, doucement, le régulateur de vitesse, la musique, la chaleur, tout va bien. Quelques doigts protestent de travailler alors que le reste est au repos. Pas conflictuelle pour deux ronds, je leur signale que les yeux, le cerveau et des tas d’autres organes fonctionnent jour et nuit, eux, sans râler… Ils boudinnent un peu puis je n’en entends plus parler.

La maison. Je descends de la voiture ravie de voir que c’est la seule dans la cour. Hum, la maison juste pour moi chic. J’entre, demande à Bethowen de me jouer un peu de piano, allongée dans le canapé, avec les coussins callés bien là où il faut… je me détends encore et encore. Mon compagnon arrive, il parle, par politesse j’ouvre l’œil qui est de son coté. Il parle, la banque, les sous… Moi, je somnole en cachette, toute indifférente à ce qui n’est pas la douceur de vivre… Je reste paisible, le plus longtemps possible, jusqu’à ce que finalement, trop entourée de vie, je quitte ce moment juste pour moi et reprenne le quotidien et ses tensions.



Rêve de moi…


Je suis une gentiane bleue, profonde et sincère, j’aime de tout mon coeur, sans arrière-pensée, avec confiance et franchise.

Je suis un orage de rage face à la méchanceté et le mensonge.

Je suis un cygne fidèle et libre, je me donne totalement mais on ne me prend pas.

Je suis une panthère noire et sauvage si l’on veut me posséder me mettre en cage.

Je suis une mère louve avec les petits, capable de donner ma vie pour eux et aussi de les guider sans crainte, sans les emprisonner.

Je suis une nuit étoilée de promesses parce qu’optimiste, je crois à demain, même si hier j’avais du chagrin.

Je suis une cascade de rires spontanés, joueurs et gais.

Je suis une main verte passionnée, dressant la nature avec respect et plaisir.

Je suis une insensée de ne jamais rien exiger de l’autre, attendant qu’il ait envie de donner.

Je suis une bruine discrète et silencieuse lorsque j’ai mal.

Je suis une plume qui écrit quotidiennement pour se délivrer de l’isolement.

Je suis une onde vibrante face à un concerto pour piano.

Je suis une flânante émue dans un musée de peintures.

Je suis une souris de bibliothèque, les livres étant mon régal favori.

Je suis un ruisseau clair descendant une pente rocailleuse sans appréhension.

Je suis un cri primitif devant les serpents et le vice.

Je suis une peau douce à caresser par qui peut l’approcher.

Je suis une jungle exubérante et généreuse lorsque mon coeur se sent aimé.

Je suis une cheminée chaude où les passions sont communicatives et m’enflamment

Je suis un poisson étonné par la diversité et la richesse des rencontres. Je suis un oeil avide dans un tourbillon de vie à dévorer tous les sens ouverts.

Je suis un sentier de mousse, j’avance à l’ombre des chênes centenaires, j’ignore le terme de mon voyage et me réjouis de la vie que j’y découvre.

Je suis une neige fondante sous le soleil de l’été dans le midi, protégeant ma blanche peau de sa brûlure par la fuite sous des latitudes plus sereines.

Je suis une main tendue et un sourire câlin très efficace contre la peine.

Je suis un lierre fertile enraciné dans un tissu de liens familiaux très solides et ouverts, sur qui je peux compter, des plus jeunes aux plus âgés.

Je suis un pinceau qui n’en finit pas de colorier les décors de mon intérieur.

Je suis une pensée qui ne dort que peu tant la vie m’occupe et m’agite.

Je suis une étincelle de vie à partager.

Je suis une femme.



Je voudrais être

Je voudrais être…

Bouton de rose dans un grand jardin en friche.

Couverture de soie, cachette, toute petite niche.

Épine dorsale rocheuse des neiges éternelles.

Nuées d’appels, rassemblement d’hirondelles.

Verre de lait glacé sur un sirop de cassis.

Pied d’un torrent, dans la mousse, assise.

Humide forêt savoyarde, odeur de l’humus.

Sente oubliée coeur de lilas, fleur de crocus.

Caresse sur la patine de l’escalier craquant.

Pluie battante, orage d’été sur le sol brûlant.

Craquement d’une verte pastèque très sucrée.

Reflets de l’aurore derrière un glacier nacré.

Chemises de grand-mère sentant la lavande.

Gitane, pieds dans l’eau, croquant l’amande.

Tablette de chocolat praliné, sur un chevet.

Chant du piano, Mozart, un concerto inachevé.

Ouverture d’une porte que l’on allait toquer.

Nuit, avec lune et milles étoiles magnifiques.

Prison de corail dans une île du pacifique.

Éclosion de gentianes, saphir encore en terre.

Noire, libre solitaire, en veille, la panthère.

Relâchement des traits de l’homme endormi.

Main tendue prête à serrer celle de l’ami.

Feu de camp, intensité crépitante du silence.

Confiance de la vraiment toute petite enfance.

Bleuet blotti contre un bouton d’or, réconfort.

Jouissance enivrante de la fatigue après l’effort.

Plafond bleu roi où s’attardent trois nuages ciments.

Visage bouleversé par tant d’intenses sentiments.

Bouquet de violettes du bois cueilli à ton intention.

Grande marée d’émotion de reconnaître tes intonations.

Affection candide, presque sans retenue que l’enfant expose.

Éclat de rire, passant de tes yeux à ta gorge qui enfin explose.

Sauvage impatience de te lire, de lire dans ton visage.

Déferlement de plaisir que je garde intérieur, très sage…

Cri de liberté…

Pulsion de vie…

Envie d’éternité…

D’amour de la vie

 



lutter ?

Depuis deux trois jours j’ai une idée qui me trotte dans la tête, … ce n’est peut-être pas ici que je devrais la développer, mais, comme vous êtes là… j’en profite, on demandera à déplacer si nécessaire… (pardon les zoms de l’écrire au féminin, c’est la loi du nombre)

Voilà mon idée : je pars du fait qu’il me semble que la plupart des fibro était des personnes qui ne savait pas prendre soin d’elle, mais qui prenait sur elles. C’était toujours l’écoute des autres, le service des autres le bien être des autres…

Un ami me dit que j’en fais bien autant que des tas de personnes qui ne sont pas malades… Hum peut-être mais si seulement il m’avait connu avant.. il comprendrait que ce à quoi je suis réduis, niveau activité, c’est RIEN ! Et voilà tout est dit… Les fibro on est des gens qui en faisait trop, longtemps on a tenu, avec des périodes plus ou moins d’écroulement mais toujours on a serré les dents, on a porté, et pris sur soit…

Quand Dame Fibro arrive….

1) Cela nous recentre sur nous et notre corps, bah oui on l’a bien négligé celui là !

2) Cela nous limite dans notre activité (il était temps (petit navire et vogue la galère)

3) Cela occasionne forcément un impact sur notre entourage…

1) Les devenues-fibro ne peuvent plus fonctionner pareil, notre corps et ses douleurs nous interdisent et nous punissent d’ailleurs dès qu’on en fait trop. Avec une fibro il y a l’obligation absolue de s’écouter, de prendre du temps pour son bien être, de mesurer nos forces avant de les distribuer, de dire « moi d’abord » pour ne pas s’effondrer… 

2) La fibro oblige à s’auto limiter dans notre suractivité habituelle, on a le sentiment de ne plus rien faire… difficile de garder le boulot, impossible d’assurer le ménage, la lessive, le jardin, les déplacements, les gosses, tout est une dépense d’énergie énorme qui nous oblige à faire des choix et à ne faire que l’essentiel… et aussi de ne pas faire la tâche des autres…

3) Bien sûr que la fibro agit sur l’entourage : …selon chacun et chacun des proches c’est différent mais il me semble qu’il y a des constantes : nos zoms doivent faire avec, pallier à ce qu’on ne peut plus faire, accepter de ne plus être porté par nous, grandir… hum oui c’est peut être ça : la fibro permet à notre compagnon de devenir adulte ! Super ! parfois… il fuit, il veut pas et alors parfois on le jette… oups !

Nos zenfants… et bien eux aussi il sont bien forcés d’apprendre qu’on n’est pas à leur service, qu’ils peuvent faire plein de truc sans nous, qu’il doivent même prendre soin de nous parfois, et pourquoi pas !

Les « zami(e) et notre famille élargie doivent une bonne fois arrêter de nous prendre pour la tonique de service celle sur qui on peut s’appuyer, celle qui donne sans rien en retour, la généreuse. Bien sûr ils attendent tous qu’on redeviennent comme avant, qu’on guérisse, qu’on retrouve notre pétillance… Eh les potes, on se calme, si un jour je retrouve la pêche vous n’aurez même pas le noyau !

Voilà mon idée : La fibro est un grand ré-organisateur de vie ! C’est un truc qui se déclenche en nous pour nous obliger à changer, pour nous sauver de ce que nous vivions et qui allait droit dans le mur… La fibro c’est une porte de sortie par rapport à notre vie d’avant qui n’en avait aucune, c’est l’occasion de se poser de se demander c’est quoi l’essentiel, c’est quoi que je veux faire moi de ma vie en dehors des envies et des besoins des autres…  Je me retrouve comme une toute petite fille qui a failli passer à côté d’elle-même, j’ai failli rater ma vie… et n’être qu’une prestation offerte, oui mais j’aimais ça… hum… à réfléchir ça aussi !

La fibro est sans pitié : Elle m’a dit :  « stop, arrête un peu assieds toi… tu veux pas  ? tiens décharge de douleurs, ah maintenant tu t’assoies, bien on continue…

Tu veux voler au secours de l’homme qui trouve pas ses chaussettes, vlan je te cloue au lit et il apprendra à les trouver tout seul,

Tu veux protéger ton petit de plus de 20 ans de ses tracas en faisant… à sa place ? Pas question tu t’allonges et t’as plus de force ! Non mais !

Tu veux aller à l’anniversaire de mariage de tonton Guy ? Ok t’y va mais en consommatrice pas pour aider porter organiser amuser la galerie, sinon je t’interdis de prendre la voiture ! »

Tu veux bosser ? Ok mais je te préviens, à petite dose et doucement, sinon…

Oui voilà comment elle nous parle et nous oblige à changer… Impossible de la nier de la contourner, elle habite dedans et est aux commandes…

Lorsque je limite les facteurs de stress je me sens mieux… Lorsque je prends en charge à mon rythme je peux faire des choses, lorsque je prends soin de moi je comprends que c’est indispensable… J’apprends à dire non à ceux qui me bouffaient la vie, je retrouve mon plaisir à moi de faire ce qui me plait moi… Je ne deviendrai jamais égoïste, c’est trop loin de moi, mais je ne me considère plus comme quantité négligeable à traiter après si j’ai le temps… Je regarde et déguste plus le présent toutes les petites choses bonnes qui m’entourent, j’ai moins de projets, (et plus de gigantesques) Je suis moins à tout assumer et laisse plus de place aux autres, plus de responsabilités, plus de liberté aussi…

C’est la fibro qui m’a appris tout ça ! C’est un dur maître, violent même ! Elle n’hésite pas un instant à frapper, et fort, si on ne suit pas sa leçon… mais il me faut bien avouer que j’étais aussi une tête brûlée et que j’aurais rien écouté si elle ne m’avait pas forcée ! Pour m’arrêter il fallait vraiment y mettre le paquet… et la fibro l’a fait…

Voilà cette maladie s’est sans doute déclenchée pour que je puisse changer, apprendre une autre vie, peut- être même vivre mieux (ça on verra quand j’aurais moins mal)

Alors en fait ce qui me questionne aujourd’hui c’est ceci … : Et si je faisais ce qu’elle me dicte au lieu de lutter contre et d’essayer quand même à m’accrocher à ma vie d’avant… Et si je prenais soin de moi, je prenais mon temps, que je vive sans me faire parasiter, que j’aime sans tellement porter l’autre… Et si j’osais à me remettre à aimer la vie, à vivre raisonnablement mais pleinement, sans faire d’efforts maltraitant pour moi, même si les autres l’attendent de moi,

… si je réorganisais ma vie autour de mes besoins et mes envies à moi… Est-ce que la fibro s’endormirait ???… (bien sûr en laissant une veilleuse de surveillance, les rechutes vers nos vieux démons, nos habitudes, notre vie d’avant sont forcément à craindre)

Je trouve que cela vaut la peine d’essayer, si la fibro est venue dans moi comme une sauvegarde d’un moi que je négligeais, alors, ok, je change, et dans cette cohabitation avec la fibro… je deviens quelqu’un, quelqu’un fort de mon passé, quelqu’un capable de prendre soin de moi…

(hum cela me renvoie à ma demande de soin originel qui n’a pas été comblée et qui ne le sera jamais plus…)

Peut-être ne suis-je pas une petite fille perdue, mais enfin une femme capable de prendre soin de moi… et si j’essayais ?



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