L’effondrement


Je suis si fatiguée…
Ma tête est vide
Tout laissé couler
J’arrive plus à penser.
Trop fatiguée
Je comprends plus
Envie d’écrire
Quand même

Je peux encore remuer les doigts
Je suis, … non, enfin je ne sais pas
Je n’essaye plus de me relever
Je suis coincée dans les gravats,
Mais ça fait pas mal
Si je ne bouge pas
Je n’ai pas eu le temps d’avoir peur
Je n’ai plus le temps d’avoir peur
Maintenant c’est fichu
Je suis fatiguée
J’ai même pas de balise de détresse
J’peux pas l’attraper, elle a roulé là-bas
C’est con, les avions
On dit que ça décolle
On ne dit jamais que ça s’écrase
Des fois…
C’était une mauvaise fois…
Il va m’attendre
Je ne sais plus quelle heure il est
Peut-être qu’il sait déjà
Que l’avion n’arrivera pas
Dommage,
J’aurais aimé qu’on ait notre chance

J’ai si mal à la tête
Ça me tue les mots du stylo
J’espère que Ben saura combien je l’ai aimé
Qu’il lira ce que j’ai écrit
Pour d’autres et puis pour lui
Qu’un jour il saura
Que je ne l’ai pas abandonné
Je suis si fatiguée,
On me l’a volé et j’ai cédé
Pour ne pas le déchirer
Je l’aimais trop pour m’arc-bouter
J’ai plus d’énergie
Je ne voulais pas que tu finisses comme moi
Mon fils,
Ecrasé entre deux tôles
Je me sens si lasse
Comme si un venin
Tout doucement
M’engourdissait de l’intérieur
je me sens poisseuse
Ce soir je meurs et toi tu vis
Tu ne sais pas que je t’aime
Mais mon amour avait ce prix
Mon fils, tu as suivi ton père
Là-bas, derrière d’autres frontières
Tu m’as perdu de vue
Tu m’as perdu amer
Tu ne me reconnais plus
Et moi je suis là sous cette carcasse
Incapable de bouger
Ni même de crier
Plus la force de te dire
Que je n’ai jamais cessé de t’aimer
T’aimer à te perdre
T’aimer à te vouloir vivant
T’aimer libre et triomphant
Méprisant hélas ta maman
Mais debout maintenant
Mon fil devenu homme
Tu sais c’est juste la montagne
Qui a plongé vers nous
Et puis tout s’est écrabouillé
Je suis toute explosée
Je suis si fatiguée
Vit mon bébé,
Vit mon tout petit à moi
Vit mon tendre Ben
Tant pis si tu ne sais pas que je t’aime
Un jour peut-être quelqu’un d’intelligent
T’aidera à comprendre que tu as eu une maman
Et quel amour il m’a fallu pour te laisser partir
Dommage que maintenant il te soit trop tard pour revenir
Et puis tu sais il n’y a personne ici, juste le bruit du vent
Jamais, jamais plus… non pas de vie, juste le vide
Quand je serais partie Il ne restera rien,
Rien qu’une trace d’un moi
comme si j’avais existé
Avant de m’envoler
Avant de m’écraser
C’est quoi ces restes ?
C’était qui… moi
J’ai froid…
Ne regrette rien mon fils,
Continue de grandir
Bâtis ta vie de ton mieux
Construis-toi encore
Existe de tout ton cœur
Vis, mon joli, tant pis si je meurs, c’est pas important
Il y a si longtemps déjà que tu n’as plus besoin de moi
Essaye juste un jour de n’avoir plus besoin de me hair
Pour pouvoir simplement aimer mon souvenir
Je n’aurais pas pu te dire adieu,
Tu n’aurais pas voulu me voir
C’est con la vie des fois
Je suis fatiguée…
J’ai mal à la tête…
Je suis presque partie déjà
J’avais bien prévu de voyager
Mais pas autant, pas comme ça…
Je ne sais même pas où je vais
Oui, je me sens partir
Mais je n’ai pris ce billet
Si, je m’le suis pritsdans la face
Une lassitude terrible qui m’engourdit …
J’ai pas peur,
T’as un frère et une sœur…
Si tu trouves un jour la paix ne les oublie pas
Ils sont eux aussi mes enfants
Ils te raconteront,
Eux, qui j’étais,
Si un jour tu veux savoir
Je vous aime tous les trois
Je vous ai tant aimé…
Même mes pensées s’enfuient
Qui m’a débranchée ?…
Je ne peux plus bouger…
C’est con que ça soit arrivé maintenant,
J’aurais aimé vivre encore,
Oui j’aurais aimé, aimer…
Ça fait pas mal d’aimer
C’est vivre aimer…
C’est idiot de rester coincée
Dans une telle position,
J’aurais au moins pu m’écraser à plat ventre !
Mais là remarque, je vois les étoiles,
La nuit, c’est joli les étoiles…
Je vais regarder les lumières de la nuit
Tant qu’elles brillent, tant que je les vois
Oh… zut ma main gauche ne bouge plus.
On dirait qu’il y a du brouillard
Je suis fatiguée mais j’ai peur de dormir
Je ne veux pas m’endormir, pas maintenant
Pas encore, j’ai envie de vivre
Je n’entends rien,
Y’a pas de vie ici
C’est froid la solitude
Je n’avais jamais été aussi seule avant
Est-ce qu’il y a des carnivores dans ce coin ?
J’ai sommeil, tellement sommeil…



En plein marais

J’étais tombée, pas de chance, du mauvais coté

J’avançais depuis assez longtemps dans le marais

Ce vent rasant me glaçais le ventre, j’avais mal,

Dommage que je n’ai pas pensé à prendre un imper

Zut je ne sais plus si c’est par là

C’est pénible ces nappes de brouillard

Qui d’un seul coup vous enveloppent

Tous les arbres finissent par se ressembler

Je me demande si je ne suis pas déjà passée ici

Merd… aïe, ce tronc qui dépasse, j’l'avais pas vu

Bon, j’ai la jambe toute éclatée maintenant

Ça va être drôle d’avancer dans cette boue

Avec la gueule de mon genoux !

Bon allez on ne se déconcentre pas

On avance, pas le choix,

Je ne vais pas m’asseoir

et attendre quoi !

Faut bien avancer !

Pourquoi ?

Je ne sais pas…

Parce que…

Parce que c’est ma seule chance

Ma chance pour ?

Je ne sais pas non plus

Je sais juste que je ne veux pas crever

Je veux sortir, je veux partir d’ici

Je veux revoir le soleil

Je veux avoir chaud

Je veux croiser des regards amis

Je veux ta main qui se serre dans la mienne

Je veux des bras rassurant qui se tendent et me prennent

Je veux lire la tendresse et la douceur dans une peau amie

Je veux donner à quelqu’un tout l’affection qu’il y a en moi

Je veux partager encore des sourires et des éclats de rire

Je veux l’odeur d’un désir qui réponde au mien

Je veux pouvoir encore tendre la main

Je veux voir les yeux du bonheur

Je veux entendre la voix

La voie…

Juste une fois encore

Les voiex de l’amour

J’avançais depuis assez longtemps dans le marais

J’étais tombée, pas de chance, du mauvais coté

J’ai glissé, à plat ventre, de tout mon long…

Un seul morceau de roche dans tout le marais…

Il faut que je me le prenne en pleine tête !

Bon, cela fait cinq jours que je gis quelque part

Dans le grand marais cage du quotidien

Alors maintenant, toi le grand amour,

Le grand, le vrai, le beau,

Le que j’attends depuis quarante ans

Grouille toi, parce que

Je ne tiendrais plus très longtemps

Si tu ne viens pas vite

Je vais finir par faire semblant de vivre…



Ecris et tremblements

Il y a en moi un être qui tremble, une feuille fragile, à peine verte, à peine éclose et déjà sèche, saisons d’hormones, ma vie passée, d’un coup de vent balayée…

Je danse dans le tourbillon d’automne, je danse pour me glisser entre les courants glacés qui me tuent et les espoirs ascendants qui pourraient m’aider à m’élever au-dessus de cette poisse qui m’enlise…

Parfois un vent du sud déverse sa saison chaude, mes larmes arrosent la mousse du pied des arbres où je repose.

Trempée je lève quand même le nez au ciel, parce que j’aime le soleil qui brille entre deux nuages…

J’ai si peur lorsque j’entends passer le pas froid et imbécile d’un Monsieur « bien comme il faut », un qui sait, un qui dicte la règle pour tous, un qui me refroidit tant il manque de vie…

Je saisis la première bécasse qui s’élance pour peu qu’elle ait un poil de créativité coincée dans le bec…

Je m’envole, je nage dans les nuages, brouillard sur ma vie, je ne sais plus où j’en suis, j’ai froid, j’ai peur aussi.

Ce vent qui me prend est plus fou que mes rêves. Il me chahute, il me renverse et m’abandonne au premier trou d’air.

Je chute, je tombe sur une épaule, aie, une fois le premier choc passé, elle est assez jolie la vue d’ici… mais déjà le souffle m’entraîne vers d’autre lieux, d’autres montagnes….

Je suis si fatiguée, parfois je rêve que l’hiver finira par me souder dans ces glaciers, que refroidie par son baiser, je n’aurais plus de raison de tant trembler…

Dans l’élan de la dernière sève qui me reste, je m’évade à l’assaut de la vie, je croque des paysages et des êtres, des odeurs et des couleurs, des sentiments et des sentis vrais…

J’avance dans ce cloaque, tremblante peut-être, mais vivante.



mal au coeur

Blotti contre l’escalier de pierres, regarde bien ce petit tas informe qui tremble au bas des marches, ce chiffon trempé de larmes et recroquevillé sur lui-même, c’est moi.

Tu me vois, étonné, puis tremblant, toi aussi, d’effroi, tu te baisses, me cueilles, m’enroules dans ton manteau, m’emportes blottie contre toi à l’intérieur de la maison.

Là tu me déposes doucement sur le tapis, je ne bouge pas, trop faible, trop fragile, je tremble de tous mes membres….

Tu m’entoures d’une serviette éponge vert amande.

Ta voix me parle, elle raconte des tas de mots que je ne comprends pas mais qui sont pleins de douceur, plein d’apaisement, des mots qui me rassurent, sur le présent et même sur l’avenir immédiat.

Tu t’accroupis près de moi, tu me frictionnes par petits frottements ronds et doux parfois, par longues caresses vigoureuses par endroit. J’ai fermé les yeux. Je me laisse aller au rythme de tes mains.

Après que tu ais réchauffé chacune des parties de mon corps en t’arrêtant plus spécialement sur les extrémités gelées de mon être, tu me laisses un instant pour remettre du bois dans le feu.

Lorsque tu reviens, ta main caresse mon visage, tu cherche mes yeux.

Tu voudrais comprendre pourquoi je tremble toujours ? Timidement mes yeux te sourient et je murmure « j’ai froid »

Un éclair d’hésitation traverse tes yeux, ta main se pose, dans mon dos, sur la fermeture de ma robe.

Tu t’excuses : « elle est trempée, c’est elle qui te gèle ».

Tu guettes mon approbation, je frissonne, tu descends la fermeture éclair tout du long.

Tu fais glisser le tissus sur l’avant des épaules. La robe colle à ma peau.

Tu poses un drap de bain sur mon dos et me porte plutôt que ne me relève pour faire tomber ma robe à tes pieds.

Je m’agrippe à toi, une main sur ton bras, l’autre accrochée à ton pull sur ta poitrine.

Tu allais resserrer le drap de bain autour de moi lorsque tu vois la longue trace violette qui part de mon épaule pour descendre vers mon sein.

Tes yeux m’interrogent, mais comme je regarde le sol tout doucement ton doigt frôle la craquelure presque cicatrisée…

J’ai les jambes qui ne me portent plus mais ce n’est plus nécessaire, tes bras m’ont entourée avec tant de force, tu me serres contre toi avec tant de tendresse que je ne touche plus le sol.

La tête dans ton cou je murmure, « j’ai froid, j’ai froid en dedans »…

Tu m’emportes, me dépose sur le lit, assise, le drap de bain toujours autour de moi.

Une main dans mon dos pour me retenir tout doucement tu m’aides à m’allonger puis tu me recouvres de la couette, sur laquelle tu rajoutes un édredon de grand-mère en plumes d’oies.

Tu me regardes inquiet.

Mes yeux sont tout mouillés.

Tu t’agenouilles près du lit, tes mains sur mes joues brûlantes, tu me supplies de ne plus trembler.

Tu effaces mes larmes une à une.

Ta main est fraîche et me fait du bien.

Tu me demandes : « tu as mal » ?

Je te fais signe que non de la tête et je te réponds « oui »…

Devant ton air interloqué je ne peux m’empêcher de sourire et de t’expliquer… : « mon corps n’a pas mal ».



tant pis

Dans ma prochaine vie c’est décidé, je reviens sans corps
Je ne pourrai pas vivre certaines bonnes choses qu’il offre,

je ne serai pas mère,
je n’aurai plus le fondant du chocolat sur la langue,
je n’aurai plus ta peau contre la mienne,
je n’aurai plus le plaisir de me rassasier de toi à pleine bouche,
je n’aurai plus le désir du creux de tes reins étreignant les miens,
je me passerai du ruissellement de la douche,
je renonce aussi à la chaleur du feu,
je n’entendrai plus mon piano…
je ne sentirai plus le vent sur ma peau,
mes yeux ne seront plus éblouis par le soleil,
je ne serai plus attirée par l’odeur des violettes,
je ne guetterai plus les oiseaux dans les sous bois,
je n’escaladerai plus la montagne pour m’y endormir
je ne connaîtrai pas le plaisir de l’effort physique
je n’aurai plus sommeil, faim, froid, mal…

Mal… tellement mal…
finies la sueur et la fatigue qui montent de mes membres
finis les insomnies, les machoires serrées, les cris étouffés
finis les je ne peux pas, si seulement je pouvais, je ne peux plus…
finis les : avant je pouvais, les : je ne pourrai plus jamais

Dans ma prochaine vie, sûr, je reviens sans corps
Je pourrai penser ma vie sans avoir à panser encore

Je lancerai mes élans, mes affects,
je rêverai ma vie sans avoir à la vivre,
je…
je rien du tout…
comment aimer si je ne peux ressentir
comment te le dire si je ne peux te parler
comment t’écouter si je ne peux t’entendre
comment désirer si rien de mon être n’aspire

Dans ma prochaine vie… Hum…je reviendrai peut-être
Si je trouve les pièces détachées qui me manquent aujourd’hui
J’ai pas mal de réparations à faire, je ne sais pas si ça vaut le coup
La bête est bien lasse, faut-il la prolonger ou plutôt recycler
Dommage pour les sentiments et les émotions…
Dommage parce qu’elle n’était pas si mauvaise
La machine à penser, le bloc qui opérait côté humain
Faisait son boulot plutôt bien… Elle aurait pu servir
Servir encore, elle aimait ça… se mettre au service de…
Toute cassée, trop rouillée…
Dommage.



au diable le souffre rance

C’est la jambe… non l’autre, je ne la sens plus du tout

Elle est encore là ? Vous êtes sûr ? bon tant mieux,

Bien et pour la gauche… on ne peut rien faire ?

C’est tellement douloureux cette tronçonneuse !

La colonne est fichue, je sens bien que tout est écrasé

Ce n’était peut-être pas la peine de taper si fort

Si ? C’est nécessaire pour exploser les lombaires ?

Seule les écailles d’os savent bien perforer le reste

Oui, bien sur, vous savez forcément mieux que moi

Mais comprenez que je n’ai jamais été très patiente

Je suis plutôt côté soignante,moi, habituellement

Je connais mal ce côté, si mal, vraiment trop mal

Ce pieu qui prolonge mon fémur vers le haut,

Je ne sais pas comment vous l’avez fait entrer

Mais si vous vouliez bien l’en faire sortir… Non ?

J’ai envie de vomir, je n’ai pas un caillou dans l’œil ?

Ah ? tant pis je le garde alors, si c’est normal…

L’épaule me gratte un coup de main ? Non …

Non s’il vous plait ne tapez plus sur ma fracture

Elle est fermée mais elle revit dès que je bouge

J’ai de la chance d’être gauchère finalement

Malgré la charpie du poignet j’ai encore

Deux de mes doigts qui bougent

 

Permettez que je m’allonge, affalée ainsi je ne tiens plus

Oh couchée c’est pire, dommage qu’il soit trop tard

Trop tard pour que j’ai la force de me relever

J’ai le buste si lourd qu’il semble plomber

Mon énergie pleure ma fougue enfin assagie

Clouée sur ces pavés je vous regarde travailler

Je me sens si fatiguée, c’est si épuisant de lutter

On ne peut pas dormir dans mon état ? Evidemment

Ça m’aurais soulagé si j’avais pu, un peu somnoler

Vous faites toujours comme ça pour les emmener ?

Vous attendez que les gens renoncent d’eux même ?

Ce n’est pas un peu dur comme métier ? Oh, vous aimez…

Oui, bien sûr j’imagine qu’avec le temps on doit se blinder

Je comprends, chacun doit gagner sa vie, y’a pas de sot métier

Et puis je savais bien qu’un jour je devais perdre la mienne

Pourtant je n’aurais pas cru que ça fasse si mal, le dernier souffle

Ça vous ennuie si je me tais ? Ma mâchoire est si tendue,

J’ai du mal à serrer les dents pour étouffer ma plainte

 

Comment ? Mon stylo ? Bin oui, j’écris pourquoi ?

C’est interdit ? Comment ça interdit !

Vous rigolez vous !

J’ai déjà arrêté de marcher,

de bouger, de rire, de rêver,

de me plaindre, de gémir et de pester

d’anticiper, de parler et même de pleurer

Je suis sur le point d’accepter d’arrêter de respirer !

et vous voudriez en plus que j’arrête d’écrire !

Jamais !

 

Puisque c’est comme ça fichez le camp d’ici

Je ne mourrai pas cette nuit

J’ai encore tant de choses à écrire

Et ne croyez pas que je vais en restez là,

Je me plaindrai ! Non mais c’est quoi ce service final !

Souffrance t’en veux pas en voilà et pas le droit d’écrire ?

Mais c’est mortel un truc pareil

Je garde la tronçonneuse, le pieu, la fracture

la poussière de lombaires, mes organes perforés

L’envie de vomir, le caillou dans l’œil, le buste plombé

l’épaule qui gratte, la charpie du poignet et les dents serrées

oui ne vous dérangez pas, je garde tout…

Tout, y compris mon envie de vivre, de sourire et d’aimer

Vous n’avez rien compris vous et votre service maladie

Vous m’aviez déjà enterrée, incurable vous m’avez étiquetée…

en oubliant que c’est pas la douleur qui me fera renoncer

Je ne mourrai que le jour où j’aurais cesser d’aimer

Et ce jour là je le ferai en écrivant.

 



Bouteille à l’amer

étonnante fragilité de mon être

qui se tait dès qu’il croit

que sa voix n’a plus d’oreilles…

Sans écho mes mots se taisent…

le seul silence des yeux qui les touchent

est plus absorbant que le blanc qui me mouche

Comme la neige mange les bruits…

ma solitude efface doucement

des mots qui auraient pu être

des mots qui ne seront pas

Être qui s’assoupit de silence

comme la vague

qui s’enfonce dans le sable

en mourant…

Je suis épuisée, vidée

muette

morte peut-être…



Le Brasier

Elle est là, étendue sur la braise et incapable de bouger. Elle ne crie pas. La tension de sa mâchoire et l’affolement de ses yeux permettent d’imaginer qu’elle a envie de hurler… Mais elle ne dit rien. Dans un gémissement trop puissant pour que le fragile barrage de ces lèvres ne le bloque elle esquisse un mouvement… semblant trouver une position moins douloureuse elle ferme un instant les yeux. Ses dents très serrées impriment au travers de la peau de ses joues une trace de lézarde intérieure…

Parfois lorsqu’elle ne flambe pas, elle cherche du regard l’explication logique de ce sentiment d’arrachement de l’un de ses membres… rien. Tout semble normal de l’extérieur…Lorsque plus de la moitié de son corps vit ravagé par les irradiations mordantes de la maladie, elle laisse les larmes délivrer un peu de sa pression en écoulant au dehors cette douleur muette autant que folle. La position allongée est aussi impossible que celle qui permet d’avancer. Quand, où, et comment, trouver un peu de repos ?

Lors des petites périodes de rémission, entre deux prises de médicaments parfois efficaces, elle assume un semblant de vie normale…

Dans sa pensée une confusion sans limite… Tout se chevauche. Elle pense : « je vais faire ça et ceci, tiens je pourrais organiser cela… Elle est fourmillante de désirs et de projets…Mais parallèlement deux autres idées l’escaladent, la première, crève de rire rouge en se moquant : « tu n’as même pas la force de bouger, comment pourrais-tu faire ce que tu dis » ? La deuxième plus sournoise l’envahie comme une nappe de brouillard… Elle supprime certaines lettres, rendant les mots insensés, elle en inverse d’autre, changeant, à la seconde même de la prise de conscience, le sens de la pensée… Elle crée de grands champs de confusion et d’amnésie, un genre de trou noir aspirant toute réalité de la vie…

Elle, synthèse irréelle, volcan en éruption mais créateur de nouvelle terre, n’en finit pas de chercher la sortie de sa « fibromyalgie ».

Me relisant, je me rappelle, amusée, que lorsque j’étais une petite fille ma mère disait que « être brûlée vive pour l’éternité »… c’était ça l’enfer… !



Mal ailleurs

 

Blotti contre l’escalier de pierres, regarde bien ce petit tas informe qui tremble au bas des marches, ce chiffon trempé de larmes et recroquevillé sur lui-même, c’est moi.

Tu me vois, étonné, puis tremblant, toi aussi, d’effroi, tu te baisses, me cueilles, m’enroules dans ton manteau, m’emportes blottie contre toi à l’intérieur de la maison.

Là tu me déposes doucement sur le tapis, je ne bouge pas, trop faible, trop fragile, je tremble de tous mes membres….

Tu m’entoures d’une serviette éponge vert amande.

Ta voix me parle, elle raconte des tas de mots que je ne comprends pas mais qui sont pleins de douceur, plein d’apaisement, des mots qui me rassurent, sur le présent et même sur l’avenir immédiat.

Tu t’accroupis près de moi, tu me frictionnes par petits frottements ronds et doux parfois, par longues caresses vigoureuses par endroit. J’ai fermé les yeux. Je me laisse aller au rythme de tes mains.

Après que tu ais réchauffé chacune des parties de mon corps en t’arrêtant plus spécialement sur les extrémités gelées de mon être, tu me laisses un instant pour remettre du bois dans le feu.

Lorsque tu reviens, ta main caresse mon visage, tu cherche mes yeux.

Tu voudrais comprendre pourquoi je tremble toujours ? Timidement mes yeux te sourient et je murmure « j’ai froid »

Un éclair d’hésitation traverse tes yeux, ta main se pose, dans mon dos, sur la fermeture de ma robe.

Tu t’excuses : « elle est trempée, c’est elle qui te gèle ».

Tu guettes mon approbation, je frissonne, tu descends la fermeture éclair tout du long.

Tu fais glisser le tissus sur l’avant des épaules. La robe colle à ma peau.

Tu poses un drap de bain sur mon dos et me porte plutôt que ne me relève pour faire tomber ma robe à tes pieds.

Je m’agrippe à toi, une main sur ton bras, l’autre accrochée à ton pull sur ta poitrine.

Tu allais resserrer le drap de bain autour de moi lorsque tu vois la longue trace violette qui part de mon épaule pour descendre vers mon sein.

Tes yeux m’interrogent, mais comme je regarde le sol tout doucement ton doigt frôle la craquelure presque cicatrisée…

J’ai les jambes qui ne me portent plus mais ce n’est plus nécessaire, tes bras m’ont entourée avec tant de force, tu me serres contre toi avec tant de tendresse que je ne touche plus le sol.

La tête dans ton cou je murmure, « j’ai froid, j’ai froid en dedans »…

Tu m’emportes, me dépose sur le lit, assise, le drap de bain toujours autour de moi.

Une main dans mon dos pour me retenir tout doucement tu m’aides à m’allonger puis tu me recouvres de la couette, sur laquelle tu rajoutes un édredon de grand-mère en plumes d’oies.

Tu me regardes inquiet.

Mes yeux sont tout mouillés.

Tu t’agenouilles près du lit, tes mains sur mes joues brûlantes, tu me supplies de ne plus trembler.

Tu effaces mes larmes une à une.

Ta main est fraîche et me fait du bien.

Tu me demandes : « tu as mal » ?

Je te fais signe que non de la tête et je te réponds « oui »…

Devant ton air interloqué je ne peux m’empêcher de sourire et de t’expliquer… : « mon corps n’a pas mal ».



La petite fille

Une petite fille assise sur le bord du trottoir.

Elle a les sandales dans la rigole qui ravine vers l’égout.

L’eau est sale…

Elle voit passer un ticket de métro, un mégot de cigarette, une canette de bière.

L’eau coule.

Il pleut à verse.

Les tresses de l’enfant sont plaquées contre ses vêtements mouillés.

Elle n’a plus conscience d’avoir faim.

Elle a trop froid pour avoir encore peur.

Son nez coule mais elle ne s’en rend pas compte.

Une plaie sur sa joue diffuse un peu de rouge qui se mêle à la pluie dégoulinante.

L’enfant machinalement essuie l’eau de son front de sa main terreuse.

Une trace marron lui décore le sourcil.

Sa jupe est trempée, elle regrette de s’être assise.

Elle frisonne.

Elle reste sans bouger indécise.

Se relever …

Pour aller où ?

Rester là

Pour attendre quoi ?



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