insomnie meurtrière

 


Couchée à plus de minuit,
La fatigue dans les yeux je souris
A peine allongée je sens que je vais plonger dans le sommeil
Hum quel pied ce lit, j’ai changé la couette ce matin
Nuit, ma belle, me voilà emmène moi au creux de toi
Et par ta magie repose moi…
Je dors depuis vingt minutes et je n’ai pas rêvé…
Pas encore, mais j’en suis bien près…
Non je n’ai pas rêvé :
Derrière moi quelqu’un toc à la porte de mes reins
Hum c’est ta main qui vient me souhaiter le bonsoir
Je ne bouge pas d’un pouce
Pour bien que tu comprennes que je dors
Bon sympa cette main qui me caresse
des épaules aux hanches, et puis aussi
des hanches aux épaules…
Merci bien, bon maintenant je vais dormir

Mais ta main veut visiter mon ventre,
Bon ok mais alors vite fait hein ?
Après on ferme pas de nocturne en vue !
Te voilà qui te plaque contre moi
Moi je ne bouge pas, je dors, enfin j’essaie
Et c’est quoi ça c’est une de tes jambes ?
Mais eh, moi j’ai dis : je dors
Tu m’entoures de ton bras lourd
Attention il y a du monde dessous
Faudrait pas m’écraser mon envie de dormir

Hum tu sais quand je ne réagis pas
Au bout de dix minutes tu peux laisser tomber
Peut-être même au bout de cinq…
Farouchement repliée sur moi-même
Je garde la position, je n’ai pas bougé d’un cil
Pas question de laisser croire que je goûte de la caresse
Tu n’imagines pas à quelle heure ça nous met le sommeil !
Mais là, aïe, à l’épaule, ça m’arrangerait de faire demi tour…
J’ose pas tu pourrais croire que c’est une avance

Non de non je dois me lever à 6h30 demain
Je commence à m’énerver à l’idée
Que tu ne me laisseras jamais dormir
C’est la nuit et j’ai sommeil
Enfin j’avais sommeil
Parce que là vu comme je suis énervée
J’ai de moins en moins sommeil
Pour tout te dire
J’ai même plus sommeil du tout
Bon allez maintenant si tu veux vraiment
Vas-y annonce la couleur Roméo
Je me retourne vers toi
Qui au cœur de cette nuit trop blanche
Lâches enfin sans agressivité
De sonores ronflements
D’endormi que tu es !

Un somme nuit ?
J’en sais rien mais là… je vais te tuer !



j’y va-t-y ?

Pffffiou,

Bon,

Je dois y aller

D’un côté si je restais là, ce ne serait pas si grave

Mais ce n’est pas impossible que je le regrette ensuite

Donc le mieux c’est d’y aller maintenant que je peux

C’est vrai que la dernière fois, ce n’était pas indispensable

Clair que j’aurais pu attendre encore

Je n’aimerais pas non plus y arriver trop tard

Allez, allez, un peu d’énergie,

Quand faut y aller, faut s’bouger

De toutes façons ce n’est pas l’énergie qui me fait défaut

C’est juste que j’hésite à me lancer

Honnêtement je suis bien ici

Je ne dérange personne

Je suis tranquille !

En même temps, si je n’y vais pas et qu’il le faut

Ça ne sera pas confortable très longtemps

Ce qui compte souvent c’est juste de prendre vraiment la décision

Dès que je me sentirais prête le reste viendra tout seul

Faudrait que je trouve un truc qui me donne

Une bonne raison de partir d’ici

Ce n’est pas que je n’aime pas y aller,

Non ça n’a rien à voir avec les lieux

C’est très bien là-bas aussi,

une fois que j’y suis,

en général tout se passe bien

C’est confortable, chaleureux presque

Enfin pas toujours hein… il m’est arrivé

exceptionnellement de regretter d’être venue

de me dire que ça valait pas le déplacement

ou pire que c’était pas assez bien

voir même quelques rares fois

J’ai dû repartir

sans aboutir,

bon vrai que c’est rare

mais ça arrive, c’est pour ça aussi que j’hésite,

faire tout le trajet pour le regretter, franchement

Ce qui me fait dire vas-y

c’est que je connais bien le coin

je sais comment c’est entretenu

qui je peux croiser en y allant,

comment y entrer, enfin presque tout

le genre d’endroit qu’on connaît par cœur à force d’y aller

Ça serait quand même le pied qu’un autre y aille à ma place

Hum, oui rester là, avec ce soleil, ce livre, et ce transat

Et l’autre qui ferait la tournée pour tous les copains

Ouais, bon je vois pas le gars que serait d’accord pour faire ça aussi

Et puis de toutes façons ce n’est pas possible alors !

Bon ça commence à devenir urgent ce truc

Il va falloir que je me lève rapidement

Allez, je lis encore un chapitre et j’y vais

C’est pénible, non ?

d’avoir si souvent

Besoin de se lever

pour aller

faire pipi !



Jouer n’est pas sourire

Je joue à des jeux de rôle virtuels, depuis quelques mois après trois ans de Word of wordcraft je suis entrée dans l’univers de Guilwars… Ludmilla est le prénom de mon personnage dans ce monde là… Je ne demande pas le remboursement du jeu, même si c’est mon seul antalgique actuellement efficace à 100%, je demande juste à pouvoir prendre trois ou quatre plongées dedans par semaine…

Est-ce que je réclame le droit à cette dépendance ? Oui évidement puisque rien d’autre ne me soulage autant !! Je n’y peux rien, j’aime les odeurs de mousse des sous bois, j’aime le crissement de la neige en montagne, j’aime les levée de soleil en fôret, j’aime le chant des oiseaux et le bruit du vent, j’aime les rayons de soleil entre les branches, j’aime le sentiment de grandeur et petitesse mêlées lorsqu’on marche en montagne, j’aime la confrontation à la nature à son foisonnement et toutes les sensations que cela éveille chez moi…

Je suis là, pas capable de tenir debout, parfois incapable même de retenir le gémissement qui m’échappe lorsque que la morsure de la maladie est trop grande… alors bien sûr que je ne peux pas aller vivre toutes ces choses « en vrai » et ressentir dans mon corps ces petits bonheurs extrêmes… Je ne me plains pas, j’ai eu la chance d’avoir emmagasiner tellement de ces souvenirs et de savoir les entretenir, ils sont là tous en moi et j’ai la chance de les connaître… alors je me les ressers, je me les revis…

Je suis une handicapée ? Peut-être, peut-être que je ne suis pas viable telle que je suis, je suis comme ça , alors oui mon compagnon peut dire moi je veux une femme en pleine santé, t’es trop faible salut, je me casse, ou alors il peut dire que je suis encore fréquentable et vivre avec ce que je suis, c’est assez violent mais je crois que c’est réellement la même chose dans tous les couples, soit on prend l’autre comme il est et on trouve ça « intéressant » soit on fait un autre choix…

Oui je ne peux plus parcourir la montagne avec mon homme, non je n’irai pas escalader dans la gorge embrumée ce week-end, ma vie est ainsi ma vie n’est plus dans cette réalité là… mais si, monsieur mon compagnon tu veux bien quelques soirs par semaine venir courir dans le désert avec moi j’en serais ravie… Tu trouves que ce n’est pas réel, tu veux plus de concert, mais… alors ce sera sans moi…C’est toi qui vois, j’ai pas la force de te suivre, tu peux ou non choisir de me rejoindre…

Coûte que coûte je veux ma dose ? Hum oui, je crois que oui… je ne comprends pas pourquoi je devrais y renoncer, c’est le morceau de ma vie qui est le plus consommable, c’est la part de moi qui n’a pas de limite, c’est là que je suis le plus vivante et le plus heureuse, alors au nom de quoi je devrais y renoncer ? Adapter mon temps de jeu au reste du temps des autres, oui, c’est possible… m’en priver ? Hum à discuter si on me propose un autre terrain de bien être aussi fantastique pour mes sens et mon imaginaire qui ne cherche qu’à vivre et s’étendre…

L’espace du couple diminue, dit Astrid… Je ne sais pas…. je suis persuadée que c’est pas le jeu qui le diminue, c’est pour cela que j’invite le compagnon à la partager,… Ce n’est pas ce moment de plaisir où l’autre a toute sa place qui peut restreindre la relation ! Après une période de jeu je me sens si bien, si heureuse et détendue que je pense vraiment que mon compagnon profite de moi mille fois plus que si j’avais fait l’effort de faire un truc avec lui en souffrant beaucoup et qu’écroulée de douleur je gémisse un « je vais me coucher j’en peux plus, aie, non touche-moi pas » (rit)

Qui impose quoi à qui ?… Je ne sais pas, je ne demande rien, juste j’essaye de vivre, ma vie est trop dure, j’ai pas assez de force pour faire ce qu’on attend de moi, tant pis, je fais de mon mieux et je tente de le faire avec le sourire, pour tenir debout j’ai besoin d’un refuge, d’un jeu d’un lieu ou vivre dans l’irréel… ; possible mais je ne l’impose pas aux autres, je ne demande que le droit de le vivre… et je n’attends même pas de la Sécu qu’elle le prenne en charge !!



Amerissage

Je suis une équilibriste indécise…

J’aime mes excès, je suis une toxico de l’ivresse… mon entousiasme et mon affectif débordant m’entraînent sur des terrains fous et délicieux… J’aime tellement aimer…
et pourtant, entre chaque envolée je dois bien vivre quelques atterrissages… Certains ne sont pas trop mal gérés, certains sont catastrophiques…

On me propose aujourd’hui de limiter tout ça… je n’aurais plus les chevilles brisées régulièrement, je n’aurais plus la moitié de la colonne vertébrale arrachée, je n’aurais plus le sentiment que je n’ai pas la moitié du quart de l’énergie qu’il me faudrait pour tenir debout et assumer ma vie…
Je n’aurais plus non plus mes survols exaltés, mes passions exubérantes, ma soif de tout croquer, mes désirs créatifs, tout sens ouverts, mes gourmandises gargantuesques…
Aurais-je encore et toujours l’envie d’écrire ? Pourrais-je encore écrire ? C’est cela qui me freine et porte toute ma retenue… Je ne veux pas cesser d’écrire ! mon écriture c’est moi, si l’on me « calme » pour que j’ai moins mal… je ne vais pas m’en plaindre, mais je ne veux pas cesser d’exister…

J’ai cependant hier pris la décision d’accepter l’avis du médecin… dans un mois, je commencer à avaler son nouveau traitement…

soit alors je disparais… et vous saurez pourquoi
soit j’ai le temps de réagir avant de disparaitre et je reviendrai souffrir en mots ici, encore et toujours *sourit*
soit je commencerai à vivre une autre vie, plus sereine, sans souffrance insupportable, et mon écriture prendra un ton plus calme, avec peut-être, la capacité encore d’y déposer le plus profond de mon être…

J’ai décidé de prendre le risque…

Je vous avais prévenu que j’aimais visiter des terrains fous …. *rit*
Ceci est un message, mis en bouteille au chateau de « la Belle et la Souffrance », et jeté dans l’océan de ma solitude…



solitude de fond

Alors c’est comme ça ! J’ai mis des mois à le comprendre, puis des mois encore à l’admettre mais cette fois je me le suis pris en pleine face et je n’ai plus le choix…
oui… c’est bien comme ça !
Je ne l’aurais jamais cru. On me l’avait dit mais j’avais fait la moue, dégoutée et incrédule…

Mais, si c’est comme ça, à quoi servent mes protestations muettes…
J’aurais vraiment imaginé les choses différentes,
J’aurais tellement voulu que ce soit différent…
Que je suis naïve, rêveuse, idiote même…

Je suis fasse à la réalité et je ne sais pas encore avec certitude si je vais l’accepter… Enfin pas à 100%… la majeure partie de moi a déjà baissé la tête, convaincue…
Mais il me reste ce cri que je pose ici avant qu’il ne disparaisse, cette indignation, cet insupportable qui se révolte, mon Caliméro interne qui hurle «non c’est pas juste» !

Je passe mon énergie depuis tant d’années à tendre la main aux «blessés de la vie», je m’efface pour laisse passer les brancards, j’offre mon sandwich à qui tend la main, j’achète d’abord ce qui te fait plaisir avant ce dont j’ai besoin, j’attends mon tour, je tiens la porte, j’accepte tes absences sans me plaindre, je porte mon sac, je gagne ma vie, j’assume mes choix, je prends sur moi, si cela le soulage, je laisse parler les autres, je suis une malade du partage… Pas héroïque, non juste la résultante d’une bonne éducation ouvrière catho, assumée et libérée, je suis libre dans ma tête, indépendante, adulte.

J’étais même heureuse jusqu’à l’accident.

Le jour où toute ma vie s’écroula… j’ai été réduite à… presque rien, juste un reste de corps, avec un trop plein de pensées… Une mare de douleurs, un désert si aride que rien n’y pousse, pas possible de vivre ma vie… Être, mais je ne suis plus, je ne suis plus ce que j’étais, je ne suis plus qu’une ombre, un petit bout de corps, quelques doigts qui bougent sur un clavier… et puis ! Le reste, ce qui caracolait, le vivant est tout paralysé, le reste, prisonnier de cette douleur me tue…

Je suis tellement en colère… Alors voilà, maintenant que je suis murée dans ce sarcophage, maintenant que je ne peux plus courir, sauter, voler, plonger… marcher même… il me faut donc supporter en plus ça ! Si j’avais la force je vous giflerais tous…

Je vous crache à la gueule, je vous hais, fichez le camp, laissez-moi, sortez, partez, je ne veux plus vous voir jamais, jamais… Non, pas vous non plus, laissez moi … Seule.

Seule , Ah c’est comme ça !

Moi je croyais que parce que j’étais si diminuée, si démunie aussi vous alliez me protéger, vous alliez me blottir contre vous, me câliner m’aider à voir le temps passer autrement, moi je croyais que vous me protègeriez de toutes ces douleurs, je croyais que après toutes ces heures à vous masser le dos vous sauriez combien les caresses apaisent le corps et m’en couvririez… Moi je pensais que lorsqu’on était presque plus rien, alors les autres venaient et s’organisaient pour vous réconforter… Je croyais que vous me tiendriez chaud, me nourririez, que je pourrais reprendre des forces, à mon rythme, bien protégée par les adultes forts mobilisés autour de moi…

Alors c’est comme ça …
Les médecins se défilent, ils ne peuvent rien pour moi, leur diagnostic est réservé, «on refait le point dans trois mois» ? «Oui, bien sûr, crève toubib» !
Les amis sont tellement pris par la vraie vie… Ils voient bien combien leurs visites me fatiguent, ils sont gentils, ils sont ailleurs…
La famille s’inquiète bien sûr, mais … C’est la famille avec toutes les choses de l’enfance dans lesquelles on n’a pas forcément envie de retomber. Oui je voudrais être protégée, mais je ne me réfugierai pas dans les jupes de vieille femme qu’a ma mère. Il ne me reste presque rien, juste heureusement un peu de respect pour moi et beaucoup d’affection pour elle…
Le boulot… Quel boulot vous pensez que je suis en état de travailler vous ? Fichue ! je suis fichue pour le travail, j’ai essayé, même à temps partiel, je n’y arrive pas, j’ai pas assez de force, c’est trop loin c’est trop dur, c’est plus pour moi…

Reste l’ordinateur… seul confident, seul compagnon de mon quotidien… Connaisseur de mes douleurs, lui seul m’offre une position du corps qui fait moins mal… L’écran parfois me régale, souvent le clavier suffit à me faire vivre…

Alors c’est comme ça ! Vous osez penser que je suis trop accro de l’ordinateur, vous pensez à me le diminuer, oui bien sûr je comprends… faudrait pas que je devienne additictive en plus du reste… Mais non d’une explosion de ma rage dans votre face : je ne serais pas «droguée en plus» mais «à la place» vous comprenez ? Je ne vis pas ma vie au clavier par plaisir orgasmique mais parce que rien de ce que je vis n’est la vie organique !

Le clavier n’est pas à la place de… il est juste bien placé dans le grand trou qu’est ma vie… Il ne m’empêche pas de vivre, il m’aide à ne pas vous hurler à tous dessus combien vivre ce que je suis aujourd’hui est… oui… peut-être… pire que la mort.

Alors c’est donc vrai, vous avez réussi à me le faire entendre… et enfin je le regarde froidement… Les larmes sont taries, les ongles ne sont plus qu’un très ancien souvenir… Les nuits blanches-sombres s’alignent pour converger vers cette vérité … :

Vous n’allez donc pas m’aider ?
Non ? Personne, n’est-ce pas, ne va m’aider ?
Je suis vraiment seule,
Toute seule sans personne pour me protéger, sans personne pour faire enveloppe, bouclier, parasol, éponge… tout ce que je n’ai plus la force de gérer, quoi… Non ?

Oui, bien, j’ai compris, je suis toute seule… bien…

Si je n’avale pas mes médicaments, personne ne m’y fera donc penser ? Si je ne sors plus de chez moi… personne ne s’en apercevra ? Si je ne nettoie pas ma maison, je vivrais dans un taudis ? Si je ne fais pas mes papiers de mutuelle, je ne serais pas remboursée ?… Si je ne fais pas rentrer de bois, je n’aurais rien pour faire du feu cet hivers ? Si je n’ai pas la force de faire des courses, je n’aurais plus rien à manger ? Si je ne me lève pas pour quitter ce fauteuil roulant alors je vais donc y rester ?

Je trouve ça violent moi… Bon, c’est moi hein, je peux me tromper…

Et franchement les jours où cela ne me déprime pas ça me fiche en colère… Et exceptionnellement, aujourd’hui ça me met devant une évidence terrible :

C’est donc comme ça… Si je veux vivre… Il va bien falloir que je me lève !
Je n’ai pas le choix, personne ne se battra à ma place, c’est ma peau, c’est ma cage…
Ma cage et j’y suis seule…

Bien… Alors je vais me battre, seule.

Seulement, voilà, vous tous, là dehors, les vivants, ne pensez pas, aucun de vous, retrouver celle que j’étais avant l’accident, si un jour je re marche… aucun de vous ne saura à quel prix j’ai gravi les pentes de ce gouffre, aucun de vous n’aura mesuré ma solitude et ma détresse, alors d’avance…

J’vous tire ma révérence !



Les enfants en marche

 

Il était une fois une tempête qui avait détruit tout les abris.

Impossible de se cacher de se blottir il ne restait que le sol pour s’ancrer, que le rocher pour se plaquer, que le vent pour tout balayer… le vent et son souffle glacé, le vent et son hurlement… le sol n’offrait aucune aspérité pour se recroqueviller un peu. Il n’y avait plus d’oiseau, il n’y avait plus d’odeur, plus de ciel plus de mer, plus de haut ni de bas… un vacarme assourdissant et insupportable, un son de brisure de vie, un grondement sortant du gouffre du néant vainqueur.

 

J’ai eu peur.

Je me sentais si petite !

J’ai failli renoncer.

Je me suis assise par terre… sur le bord du trottoir, il pleuvait fort, j’avais froid.

Sur ma gauche un mouvement attira mon attention.

Un enfant avançait face au vent.

Son visage était balayé par la pluie, ses yeux était presque fermé, mais il avançait.

Je me suis levée, les mains en porte voix je lui ai crié « attends je viens »

Il s’est arrêté, on s’est regardé.

Il m’a tendu la main, elle était toute gelée.

Ca m’a fichu en colère !

Ce gosse courageux qui luttait sans renoncer avait froid aux mains !

C’est pas normal, c’est pas juste !

J’ai eu envie de me battre pour la main de cet enfant, pour toutes les mains d’enfants qui ont froid…

Alors j’ai avancé avec lui.

Parfois il tombait et je l’aidais à se relever.

Parfois je trébuchais et il me rattrapait, et ensemble on a avancé…

Il n’était pas fort, je n’étais pas faible.

On était différent mais nos mains se serraient fort et nous savions que c’était important.

On avait chacun nos motivations,

On était des étrangers, mais ensemble on avait plus chaud…

Arrivée loin du danger on s’est assis enfin.

On a manger avec avidité des fruits des bois.

On a même pu dormir dans un lit d’une cabane de pêcheurs abandonnée.

 

Je viens de me réveiller, il dort encore, je le regarde.

Bien sur qu’on ne se connaît pas…

Je ne sais même pas son nom.

Mais ce qui nous lie est puissant.

Ce n’est pas suffisant sans doute pour que nous passions notre vie ensemble dans une harmonie à toutes épreuves…

Ce n’est pas l’assurance que lors de la prochaine tourmente nous saurons nous épauler…

Bien sur…

Pourtant, aujourd’hui aucun être sur terre n’est aussi important pour moi que lui…

et demain… demain on verra bien.

 



trop bonne, trop …

Attention danger !
Les hommes fuyez, fuyez tous, ne vous arrêtez pas, ne l’écoutez pas. Courez, courez sans vous retourner, partez le plus loin possible, hors de la portée de sa voix, hors de vue de son sourire, hors de la tendresse de ses yeux ! Vous avez entendu parler des sirènes n’est ce pas ? Et bien là c’est un peu le principe mais en pire ! Si vous acceptez de l’écouter, si vous commencer à l’aimer… c’est mort… fini, kaput… Il faut que je vous révèle son vice avant que vous ne l’approchiez ! Cette harpie est dangereuse c’est une tueuse de couple ! Voilà comment elle procède…

Dans un premièr temps elle est presque parfaite… adorable disent certains… et puis avec le temps ça sent pire !! De pire en pire ! Elle offre, elle offre, et toi, en face, innocent… tu prends… Tu prends, bien sûr puisqu’elle offre, elle est en plus tellement contente de te voir heureux ! Tu comprends bien qu’en rayonnant dans son aura elle brille, elle s’enivre de ton plaisir elle grandit dans ta joie. Elle t’offre encore et encore sans mesurer, sans compter. Elle donne comme si elle n’avait aucune limite comme si plus tu l’aimes et plus elle est riche de ce qu’elle te donne… C’est sa vie qu’elle livre, son cœur, l’essence même de ce qui fait qu’elle existe, et elle l’expose. C’est comme ça, tu n’as même rien demandé, tu vivais tranquille avant et là devant toi béante tu as une femme offerte, totalement désireuse de te rendre heureux. T’aimer, te cajoler, te soutenir, porter tes petits soucis et t’accompagner pour traverser au-delà des plus gros… Comprends que tu as du mal à résister à ça… en plus comme elle en a l’air tellement heureuse, c’est assez difficile d’imaginer une raison de ne pas prendre l’amour dont elle rayonne… Elle n’aime que toi, follement, inconditionnellement… Tu te sens fort, tu te sens grand, tu as envie de réussir tout pour elle… c’est une perle, tu n’en crois pas ton cœur !

C’est là que la sorcière apparaît… Un jour de fatigue tu te blottis dans son offre et tu oublis qu’elle existe, je veux dire que tu te combles dans tes besoins grâce à sa générosité vitale et maladive et tu l’oublies, comme elle s’oublie pour toi, comme elle oublie qu’elle a des besoins aussi …

Le lendemain tu la vois heureuse, elle est si contente d’avoir pu t’aider à te sentir mieux, tu ne penses pas un instant à te remettre en cause, tu ne songes même pas qu’hier quelque chose à basculé… au fil du temps les choses s’installent, de plus en plus souvent tu prends ce qu’elle donne, puis qu’elle l’offre puisque tu n’as rien demandé puisqu’elle t’aime et que tu l’aimes… et tu oublies ses besoins à elle…

De plus en plus tu la vois comme tienne et tu oublies qui elle est… Tu oublies qu’elle est si fragile, si facile à déchirer, si silencieuse lorsqu’elle souffre… Tu oublies qu’elle existe en dehors de toi puisqu’elle t’offre d’être au service de ta vie à toi et se gère seule ses trucs comme elle peut quand elle peut… voir elle les laisse tomber, c’est pas important, ce qui la rend heureuse, elle, c’est d’offrir !

Un jour, pas de chance, elle n’est pas en forme, elle a besoin de ton aide, elle hésite à te déranger avec sa souffrance, mais comme elle sait que tu l’aimes, alors elle va te demander ton aide… Tu arrives, tu es, pas de chance, en colère contre ce putain de bordel de truc de merde qui ne marche pas, hein ? Bonsoir chérie … tu disais ? Elle te sourit, elle t’écoute, elle te parlera plus tard… Le lendemain, réconfortée, tu quittes son lit, sans voir que son sourire est un peu triste… Les jours suivants elle continuera de te donner de tout son cœur mais cela lui demandera un petit effort, pas un gros, non, juste un tout petit effort, elle n’a pas trouvé l’occasion de te parler c’est pas grave de toute façon le problème est résolu ou dépassé, elle n’y pense plus, toi non plus évidement…Toi, tu ne sais même pas que la sorcière est à l’œuvre !

Un jour elle avait très envie d’un truc, mais toi d’un autre, elle renonce très facilement au sien… toi aussi,… tu renonces au sien… Elle est sincèrement heureuse de faire selon ton goût.. ; mais elle regrette un peu son désir à elle… et pas de chance justement ce jour-là tu vas avoir une parole blessante ou maladroite parce qu’elle fera tellement partie de l’évidence de ta vie que tu auras complètement oublié qu’elle est hyper sensible…. Tu riras de bon cœur de ta vanne, elle sourira… et puis le soir une fois seule, elle pleurera. Pour la première fois depuis qu’elle te connait elle pleure en ta cachant ses larmes, tu n’es plus le refuge absolu qui peut la protéger, tu la traites comme… ta femme ? Elle sait qu’elle n’est pas ce à quoi tu la réduis par excès de confort, par habitude, par facilité… La machine à détruire le couple est maintenant bien enclenchée…

Elle continue à t’offrir, elle continue à se donner totalement mais cela lui coûte beaucoup plus qu’avant, elle fait de plus en plus souvent des efforts pour toi… Elle sent de plus en plus douloureusement qu’elle ne peut plus rayonner d’amour dans ton champs, trop plein de chardons… tant de mauvaises herbes ont grainé et tu as oublié de les faucher, et elle, la bécasse rayonnante, qui n’a pas pensé un instant à s’occuper d’elle finit par comprendre que si elle ne le fait pas rapidement elle va crever…

Alors de plus en plus souvent elle te dit non, elle reprend ses billes, ces mêmes billes qu’elle t’avait données totalement et pour toujours. Elle n’a presque plus envie de faire l’amour et pourtant tu sais bien qu’elle adorait ça… Tu développes une belle imagination athlétique digne d’un concours de position d’une expo de culturisme… mais rien n’y fait, tes cours de gym ne la séduise pas… Elle rit de moins en moins souvent.

Tu tentes de faire des efforts pour elle, zut tu l’aimes toi ! Mais c’est trop tard, elle sait que tu ne peux pas la protéger toujours, alors comme un coquelicot en fin de vie elle flétrit. Et tu n’y peux rien ! Cette hyène t’avait tout donnée comme si tu avais pu en faire quoi que ce soit de son être offert !!! Elle s’en va te laissant un goût amer, un sentiment d’échec ou de colère.

Tu n’oses pas la détester parce que tu te souviens de la «perle»… Tu te détestes toi de n’avoir pas su être son prince pour toujours, tu t’en veux de n’être pas plus alors qu’avant elle tu te trouvait très bien… Elle t’a conduit sur des routes colorées d’une jouissance folle… il ne te reste que le gris du quotidien sans amour, …

Moi, je la déteste… ce n’est ni une fée ni une perle c’est un banal fumigène qui s’enflamme à la première étincelle et qui brûle tant qu’elle rêve… c’est une botte de paille qui aime comme si elle était éternelle. C’est un palace pour toi qui ne recherchais qu’une chaumière et ne pourra l’entretenir… en n’en retirera que souvenir et sentiment d’avoir échoué… un peu l’état du crapaud qui n’a pas pu devenir prince… car la fée s’appelait Carabosse

Moi je la déteste parce qu’elle offre la lune à ceux qui ne souhaitaient qu’un câlin… Lorsqu’ils comprennent que c’est pas du pipeau et aspirent à la brillance de l’astre tout entier : il s’y brûlent, ils s’y endorment, ils se retrouvent sur le trottoir démunis et malheureux… Je la déteste d’être incapable d’aimer plus raisonnablement, de ne pas savoir donner moins, de ne pas savoir s’occuper d’abord d’elle…! C’est sa faute à elle si tous ses couples s’effondrent… Elle donne trop, elle aime trop, elle attire mais ne sait pas durer…. étoile filante ? Soleil rouge presque éteint… déchet de trop d’humanité ! Bestiole avide d’aimer quitte à en disparaitre… femme… oui sans doute aussi…

Si vous la croisez, fuyez, fuyez avant qu’elle ne vous aime, avant qu’elle ne se donne avant qu’une fois de plus… elle ne vive que pour aimer et se donner… se donner… à se perdre…

 



La colombe…

 

Je regarde le train s’éloigner
Mes yeux se sont fermés
Faut pas que je pleure
Pas encore
Avancer vers la sortie doucement
Comme une automate livide
Tu es parti silencieusement
Me laissant desséchée, aride…
Parti une fois de plus
Reparti loin de moi
Mais surtout reparti
Vers l’enfer et la folie
La mitraille et les tueries

Ils appellent ça le front…
Comme si la guerre avait une tête
Ils disent que c’est la zone franche
Comme si la guerre était honnête

Je t’entends encore raconter la vie
Je me repasse le film de tes yeux
Plissés d’éclats de rire heureux
Tes caresses qui m’enlacent
Tes mots tressés qui me bercent
Tes doigts sur mon piano
Ton souffle rythme mon ivresse
Mes seins contre ton dos
Ta main qui me frôle
Qui m’enjôle qui m’enrôle
Pour une joute frissonnante
Un combat de langues
Au palais de l’amour

Mais voilà que je pleure
Sur moi, sur toi,
Sur notre bonheur
Tu es reparti aux combats
Bien sûr, tu n’as pas le choix
Enfin, si, tu pourrais fuir
Tu choisis d’assumer
De tenir face aux assauts
Des belligérants ivres de colère
Des chefs imbéciles qui font la guerre
Pour leur pouvoir et leur soif d’argent
Toi, que les deux indiffèrent
Toi qui ne connais d’autres armes
Que celles que tu utilisais gamin
Les mots et parfois les poings
Que fais-tu dans ces champs
Entre viseurs hostiles
Et mines ennemies…

Ils appellent ça le front…
Moi c’est le tien dont je rêve
Ils disent que c’est bientôt la trêve
J’aspire à ta liberté de vivre sans combattre

Ils t’ont renvoyé là bas
Et je marche effrayée
Consciente que ta vie
Pourrait d’un coup de fusil
Tousser haleter s’enrayer
De la plus conne des façons
Mourir pour une guerre
Qui n’est pas la tienne
Casque bleu, éclaboussé de rouge
Sang de la peur de tout ce qui bouge
Sans moyen de te défendre
Sans envie même de le faire
Tu traverses les combats
Attendant ton heure
Pour revenir à la vie

Et moi je t’ai souri

En agitant la main
Quand le train est parti
J’ai pas pleuré devant toi
Je dois te montrer ma confiance
Je dois croire que tu vas revenir
Je sais que tu ne vas pas mourir
Enfin, je crois, j’essaie,
Je marche tête baissée
Le soleil me chauffe
Ta vie se nourrit
Aussi de ma chaleur
Je dois vivre et sourire
Pour pouvoir t’accueillir
Pour que la vie te soigne
Des traces de cette bataille
Pour que ici et là-bas
Tu n’oublies pas
Que je t’aime
Et que je crois en toi

Ils t’éloignent de mon front
Plissé d’inquiètude et d’attente
Ils disent que tu combats pour la paix
Et moi je voudrais bien qu’ils te la fichent !

 



fondamentalement

J’ai du mal à comprendre ce qui est utile et ce qui ne l’est pas…

Je regarde de loin des choses terrifiantes pour ceux qui les vivent… les innondations, les guerres, les attentats, les… dictatures et peut-être pire encore que les dictateurs, les dirigeants visibles et invisibles de nos chères démocraties…

Je regarde tout ça et je cherche à en comprendre le sens, le sens du monde… non pas l’explication, juste le sens de la mouvance… Comme si je regardais une grande assiette de soupe qu’une cuillère invisible remue… Je vois de vagues débuts d’ellipses, un trait, une onde, une éclaboussure, une dépression avant une marée détonnante…

Je regarde cette soupe qui me parait insensée, cette fois au sens de n’en avoir pas… oui, c’est juste un bouillon sans volupté, le truc qu’on regarde sans plaisir, en se disant qu’il va bien falloir l’avaler… Je ne l’aime pas cette soupe…

Je crois que je n’ai jamais aimé cette soupe, peut-être même qu’elle me donne des bas le cœur… mais que lorsqu’on n’a pas le choix… même lorsqu’on a pas faim…

Moi, face à cette assiette triste… je me demande ce qui est utile et ce qui ne l’est pas…

Le peuple… c’est personne ?

Oui, bien-sûr, des centaines, des milliers de «personnes» agglutinées… des tas de millions de «rien du tout»… Un peuple c’est l’un des ingrédients de la soupe, une bonne grosse pomme de terre… pas plus…

Un peuple on l’arrache à sa terre, et on lui déboise son sol au besoin

on l’achète comme les organes de presse,

on l’épluche de sa couche rouspétante,

on l’utilise pour masquer le goût génant du pouvoir,

on l’éviscère de ses impuretés et corps étrangers,

on le dépiaute de ses yeux d’intellectuels,

on le divise, montant les moutons contre les cochons, et rigolant de leur combat débile,

on l’ignore lorsqu’on n’a aucun profit à en tirer,

on le tranche dans le vif des pauvres quartiers,

on l’écrase comme une colonie dont on a plus de richesse à exploiter…

on le brasse, avec de l’émotion à la une, des jeux de cirque télévisuels

un peuple… c’est juste un objet avec lequel certains jouent… ou croient jouer…

“Jouer… être joué”, comme dit mon cheval en prenant le fou…

Les bons jours, je parviens à imaginer que certains cuisiniers font de leur mieux pour que la soupe soit bonne… parfois il faut bien jeter certains morceaux d’un légume qui donneraient mauvais goût… parfois il faut sacrifier une feuille de chou, parfois on sent bien que cela va être trop salé, on pimente un peu le tout pour faire passer une addition maladroite…

La plupart du temps je m’assois sur le bord de la casserole, trop fatiguée pour ressentir la moindre souffrance liée à la chaleur de la marmite et je me dis que personne n’est au piano… Je n’entends aucune mélodie, rien qui ne laisse à penser qu’une chef officie quelque part… Les marmitons ne sont que des apprentis en récréation, des étranges bestioles sur pattes avec de très grosses têtes… Sur leur tête énorme, une toque blanche marquée Président de… Roi de… Chef des… Suprême de… volailles ?

C’est sans doute le poid de la tête le problème, oui, cela explique pas mal de choses… Hydrocéphalite infantile… hum… Trop lourde cette tête pour le reste du corps atrophié, déséquilibre permanent… possible oui… trop de chocs au passage des portes, hum délicat les passages de porte… Trop de vide à l’intérieur pour que le cerveau ne s’emballe pas…

La plupart du temps… je n’ai ni mépris ni révolte contre ces gamins malades, pas même de la compassion…

Quelque fois je les hais, je les insulte. Le simple fait de croiser l’un de leur mensonges fait sortir de mes lèvres un mot de révolte haineux… Cela ne dure pas longtemps, à quoi sert donc mon dégoût des brasseurs de soupe ?

A quoi sert la soupe ? Je ne demande même pas à qui, ouf je n’en suis pas encore là…

Oui, je ne comprends pas vraiment le rôle de la pomme de terre en tant qu’entité non pas comme ingrédient d’une recette mais plutôt en tant qu’identité personnelle, cette pomme de terre-là… celle-là, la petite avec la bosse sur le coté… Est-ce qu’elle est vraiment importante ?

Si un peuple n’est qu’une pomme de terre… moi, individu banal d’un peuple banalement comme les autres… je ne suis qu’une particule d’un peu de fécule…

Je suis là, assise au bord du faitout… et je me demande… à quoi ça sert ?

Qu’est-ce qui est vraiment important ? Qu’est ce qui fait sens pour moi ? Qu’est ce qui a de la valeur ? Une valeur ? Mes valeurs ? Ma valeur ?

Je n’aspire pas à devenir marmiton, ma tête n’a pas la bonne pointure pour que je sache imaginer que je pourrais être capable de faire mieux que les gosses à grosses têtes. Je n’aurais même pas la force de vouloir les détruire, et, quand bien même, cela ne sauverait pas la soupe….

Alors, mon rôle à moi dans tout ça ?

Aucune importance… non absolument aucune…

Je le dis sans tristesse ni effroi, juste dans un moment de lucidité paisible.

Ma partition existe, mais que je la joue ou pas n’a absolument aucune importance…

Que je sois mélodieuse ou mauvaise note n’apparaîtra qu’aux regards éventuels de mes proches contacts immédiats…

Aucune influence dans le temps, aucune influence sur la soupe, ni ici, ni jamais…

Ce que je suis ne compte pas… pour la soupe, ni pour la pomme de terre, ni pour…

Ce qui je suis… pour le dire mieux ne compte que pour moi.

Je suis super importante… pour moi-même…

Hum… c’est peu…

Un peu de fécule sur le bord d’une casserole attache de l’importance à sa petite personne…

Et bien oui… je n’aime pas cette soupe et pourtant je m’aime moi.

Je ne suis pas beaucoup moins malade que les marmitons peut-être, ma maladie est différente… Une bonne névrosée comme on dit chez nous… pire, une brave névrosée…

J’ai beaucoup de chance. J’ai la chance d’habiter suffisamment proche du bord du bouillon pour pouvoir prendre un peu de recul et réfléchir. J’ai le nez qui peut sentir un air extérieur…

J’ai juste l’air… mais les paroles coulent ensuite avec facilité…

J’ai ainsi observé que je n’aimais pas être cuite, ça me faisait bouillir de colère ! Mais j’ai aussi compris que les bruits de ma plainte se répercutaient sur mon entourage immédiat… J’ai vu que mes orages intérieurs, lorsqu’ils déversaient leurs flots de chagrins, ne faisaient qu’augmenter le degré de salinité, moi qui regrette déjà de ne baigner que dans une mer morte… J’ai vu que lorsque je saccageais tout autour de moi comme pour pousser mon hurlement de révolte, je n’avais plus alentour que chant dévasté et malheureux…

J’ai découvert aussi que les ondes se propagent… Toutes les ondes, pas seulement celles qui me font mal, mais aussi celles qui me font rire…

Lorsque je me sens bien, j’accueille avec une tendresse chaude et contagieuse cette petite lumière de trois ans et demie qui se blottit dans mes bras en ronronnant.

Lorsque j’éclate d’un rire heureux, je vois bien le sourire qui s’éclaire sur le visage de mon vis à vis et me renvoie une image agréable…

Lorsque j’échange un sourire avec l’homme qui traverse sur les clous devant ma voiture, je vois bien que cela lui fait du bien de se sentir exister… et qu’en retour je suis plus gaie…

Lorsque j’exprime mon plaisir devant la beauté d’un gâteau appétissant, je vois bien les yeux heureux du pâtissier qui l’a réalisé, récompensé et gratifiant, ces yeux verts pétillants…

Lorsque je dis à ma sœur que je l’aime fort, je sais bien que cela réchauffe une brindille de son âme, et que l’esprit de la “famille” grandit à cet instant en elle comme en moi…

Lorsque je caresse la peau de mon Loup, je sens bien que mon plaisir du contact de sa chaleur est auréolé de son frisson de désir, et que les deux s’enlaçant je vais pouvoir rayonner de l’intimité corporelle partagée…

Lorsque j’ouvre grand, les yeux de mon cœur, à l’amie qui entre dans mon bureau, je sais bien qu’elle reçoit plus qu’un accueil amical… et qu’à deux nous créons spontanément une bulle d’authenticité…

Lorsque je partage le Plaisir d’une aventure virtuelle, authentique et projective, avec Flauris et Andùnëdil, je sais bien que tous on s’endort ensuite avec le cœur plus musclé…

Lorsque je passe, sans entendre la remarque cinglante, d’une bécasse qui s’ennuie et gausse pour s’occuper, je sais bien que j’ai rien perdu, au contraire…

Lorsque je fais un sourire gêné mais franc à la personne que j’ai failli heurter dans le couloir faute de ne savoir respecter le bon sens du croisement des droitiers, je vois bien que finalement il est prêt, comme moi, à ce que la prochaine fois on se carambole pour rire ensemble

Lorsque je laisse passer une troisième personne devant moi en caisse… parce qu’elle n’a presque rien et qu’elle m’offre son sourire de soulagement reconnaissant, je sais bien que je m’en nourri pour me sentir moins fécule

Lorsque je ne hurle pas sur mon vieux père qui le mériterait bien, mais qui n’en entendrait rien, préférant déposer ma colère par des mots sur mon clavier, je sais bien que cette colère devient créative et que pour moi c’est mieux…

Lorsque je hais les hommes, tous, tous les aveugles à la subtilité des replis pudiques de notre coeur offert… je sais bien qu’ils sont les premiers perdus dans les méandres de nos questionnements… et qu’ils seront moins pires si je n’attends pas d’eux qu’ils me comprennent

Lorsque j’accepte mon rôle de «joie de vivre» en famille, je sais bien que c’est ce qu’ils attendent de moi, et que, leur dire que je ne suis pas ça, rendrait tout le monde malheureux, moi y compris et que tout serait de toutes façons à refaire la prochaine fois, parce qu’ils ne veulent pas voir “moi” mais ce qu’ils aiment de moi…

Lorsque sur mon clavier je pleure de rage et de déception, que les mots coulent vers un texte qui sera enfin posé, puis détruit, et que son destinataire ne recevra juste qu’un «Eh, t’as déconné ne recommence pas» … je sais bien que j’ai protégé une amitié qui m’est chère et qui n’aurait pas grandi de mes débordements de trop plein, d’émotion passagère…

Lorsque je dis à mes amies que, hélas je suis résolument hétéro, je sais bien combien j’aime faire l’amour et qu’au fond il me suffit de savoir quoi attendre de qui …

Lorsque je serre les dents et que je souris malgré cette douleur qui me brise le corps, et que épuisée, je dis «Tiens je vais faire une pause ici, le soleil est si doux», je sais bien que je plombe moins l’atmosphère, celle-là même où je respire, que si je gémissais ma douleur.

Les ressentis, les émotions, les affects, toutes ces «choses» invisibles, immatérielles qui pourtant sont bourrées d’énergie et de mouvement… tout cela s’agite… Tout cela m’agite… dans tout les sens, fouettant tous mes organes des sens, envahissant parfois même ma pensée d’un brouillard insensé…

Je sais que ces électrons libres et fous bondissent, rebondissent et se multiplient, me reviennent et repartent, établissent avec les autres des ponts et des liaisons improbables, involontaires et incontrôlable mais qu’ils me reviendront, tôt ou tard, en plein cœur.

Je sais que rien n’a de sens, tout va dans tous les sens…

Alors quoi ? ma voie, mes priorités ? Je n’ai d’autre choix que d’en choisir… et d’assumer.

Mes enfants, mon compagnon, mes sœurs, mon travail, mon écriture… quelques amis, et puis tout le reste que je dois vivre aussi, même si cela me poisse. La maladie et les limites de mon corps, ma petitesse de pensée lorsque j’ai mal, ma dépendance aux autres lorsqu’ils ne sont pas à la hauteur de mes besoins, manger quand c’est pas bon en rêvant que c’est la plus onctueuse mousse au chocolat, assister aux réunions en se demandant ce qui est au fond réuni ici… faire le plein, et faire face au vide… vivre quoi…

Lorsque je me sens bien, le partager me fait me sentir mieux que ça,

Lorsque je me sens mal, le dire ne fait pas cesser le mal si je ne fais que ça,

lorsque je me sens mal, je l’assaisonne

Lorsque je me sens bien, je le rayonne

Lorsque je me sens mal, je tente de n’en accuser personne (et ce n’est pas facile)

Lorsque je me sens trop mal, je m’isole… (et ce n’est pas puéril)

Lorsque je me sens, c’est déjà pas si mal… si pour une fécule !

Tu vois, c’est juste ça, le sens de ma vie à moi…

Je n’ai aucune idée de ce que ressentent les molécules du carotène… J’ignore tout ce qu’est la vie à partir d’un lieu où je ne suis pas…

Je ne sais pas le sens de ta vie à toi, je sais juste que ta présence est douce à mon être, que tes sourires m’éclairent le quotidien, que ta pensée m’approfondit, je sais que je suis contente de t’apprendre par coeur… Je sais que j’en redemande encore.



123

Violence conjugale |
Psychothérapeute PAU |
Soleil levant |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Conseil de l'Ordre Inf...
| 89-91 avenue du Léman Bonne74
| Naturopathie