Les enfants en marche

 

Il était une fois une tempête qui avait détruit tout les abris.

Impossible de se cacher de se blottir il ne restait que le sol pour s’ancrer, que le rocher pour se plaquer, que le vent pour tout balayer… le vent et son souffle glacé, le vent et son hurlement… le sol n’offrait aucune aspérité pour se recroqueviller un peu. Il n’y avait plus d’oiseau, il n’y avait plus d’odeur, plus de ciel plus de mer, plus de haut ni de bas… un vacarme assourdissant et insupportable, un son de brisure de vie, un grondement sortant du gouffre du néant vainqueur.

 

J’ai eu peur.

Je me sentais si petite !

J’ai failli renoncer.

Je me suis assise par terre… sur le bord du trottoir, il pleuvait fort, j’avais froid.

Sur ma gauche un mouvement attira mon attention.

Un enfant avançait face au vent.

Son visage était balayé par la pluie, ses yeux était presque fermé, mais il avançait.

Je me suis levée, les mains en porte voix je lui ai crié « attends je viens »

Il s’est arrêté, on s’est regardé.

Il m’a tendu la main, elle était toute gelée.

Ca m’a fichu en colère !

Ce gosse courageux qui luttait sans renoncer avait froid aux mains !

C’est pas normal, c’est pas juste !

J’ai eu envie de me battre pour la main de cet enfant, pour toutes les mains d’enfants qui ont froid…

Alors j’ai avancé avec lui.

Parfois il tombait et je l’aidais à se relever.

Parfois je trébuchais et il me rattrapait, et ensemble on a avancé…

Il n’était pas fort, je n’étais pas faible.

On était différent mais nos mains se serraient fort et nous savions que c’était important.

On avait chacun nos motivations,

On était des étrangers, mais ensemble on avait plus chaud…

Arrivée loin du danger on s’est assis enfin.

On a manger avec avidité des fruits des bois.

On a même pu dormir dans un lit d’une cabane de pêcheurs abandonnée.

 

Je viens de me réveiller, il dort encore, je le regarde.

Bien sur qu’on ne se connaît pas…

Je ne sais même pas son nom.

Mais ce qui nous lie est puissant.

Ce n’est pas suffisant sans doute pour que nous passions notre vie ensemble dans une harmonie à toutes épreuves…

Ce n’est pas l’assurance que lors de la prochaine tourmente nous saurons nous épauler…

Bien sur…

Pourtant, aujourd’hui aucun être sur terre n’est aussi important pour moi que lui…

et demain… demain on verra bien.

 



La petite fille

Une petite fille assise sur le bord du trottoir.

Elle a les sandales dans la rigole qui ravine vers l’égout.

L’eau est sale…

Elle voit passer un ticket de métro, un mégot de cigarette, une canette de bière.

L’eau coule.

Il pleut à verse.

Les tresses de l’enfant sont plaquées contre ses vêtements mouillés.

Elle n’a plus conscience d’avoir faim.

Elle a trop froid pour avoir encore peur.

Son nez coule mais elle ne s’en rend pas compte.

Une plaie sur sa joue diffuse un peu de rouge qui se mêle à la pluie dégoulinante.

L’enfant machinalement essuie l’eau de son front de sa main terreuse.

Une trace marron lui décore le sourcil.

Sa jupe est trempée, elle regrette de s’être assise.

Elle frisonne.

Elle reste sans bouger indécise.

Se relever …

Pour aller où ?

Rester là

Pour attendre quoi ?



Avancer vers ta main

Je voudrais glisser ma main dans la tienne et marcher droit devant
Avancer, ne jamais se retourner, avancer, vivre tout,
Avancer s’enivrer de toutes les expériences qui nous attirent et nous paraissent agréables
Laisser monter nos désirs et se saouler de plaisirs,
Avancer, toujours avancer,
Rechercher renoncer à avoir trouver,
Ne jamais m’installer
Je voudrais tellement ne jamais m’arrêter d’avancer,
Ma main dans la tienne,
Croiser ton rire, tes mots, tes regards, tes idées,
Toucher ta peau, toucher la mienne contre toi,
Avancer, toujours avancer
Ne jamais t’appartenir toujours
Être à conquérir
Vouloir toujours te séduire
M’émerveiller encore parce que tu n’as pas fuit,
M’étonner de ma chance d’être à tes côtés d’être aimée par toi
T’aimer,
Avancer à ta rencontre sans jamais me croire arrivée
Sans jamais franchir les limites de ton intimité
Avancer vers là où tu penserais parfois me connaître
et où je t’échapperais toujours parce que j’aurais déjà changé
Être papillon éphémère mais ivre de vie
Partir, avancer
Envolée vers l’amour
Envolée par les vents
Enlevée par le mouvement
Avancer vers ta main
T’aimer…



trop bonne, trop …

Attention danger !
Les hommes fuyez, fuyez tous, ne vous arrêtez pas, ne l’écoutez pas. Courez, courez sans vous retourner, partez le plus loin possible, hors de la portée de sa voix, hors de vue de son sourire, hors de la tendresse de ses yeux ! Vous avez entendu parler des sirènes n’est ce pas ? Et bien là c’est un peu le principe mais en pire ! Si vous acceptez de l’écouter, si vous commencer à l’aimer… c’est mort… fini, kaput… Il faut que je vous révèle son vice avant que vous ne l’approchiez ! Cette harpie est dangereuse c’est une tueuse de couple ! Voilà comment elle procède…

Dans un premièr temps elle est presque parfaite… adorable disent certains… et puis avec le temps ça sent pire !! De pire en pire ! Elle offre, elle offre, et toi, en face, innocent… tu prends… Tu prends, bien sûr puisqu’elle offre, elle est en plus tellement contente de te voir heureux ! Tu comprends bien qu’en rayonnant dans son aura elle brille, elle s’enivre de ton plaisir elle grandit dans ta joie. Elle t’offre encore et encore sans mesurer, sans compter. Elle donne comme si elle n’avait aucune limite comme si plus tu l’aimes et plus elle est riche de ce qu’elle te donne… C’est sa vie qu’elle livre, son cœur, l’essence même de ce qui fait qu’elle existe, et elle l’expose. C’est comme ça, tu n’as même rien demandé, tu vivais tranquille avant et là devant toi béante tu as une femme offerte, totalement désireuse de te rendre heureux. T’aimer, te cajoler, te soutenir, porter tes petits soucis et t’accompagner pour traverser au-delà des plus gros… Comprends que tu as du mal à résister à ça… en plus comme elle en a l’air tellement heureuse, c’est assez difficile d’imaginer une raison de ne pas prendre l’amour dont elle rayonne… Elle n’aime que toi, follement, inconditionnellement… Tu te sens fort, tu te sens grand, tu as envie de réussir tout pour elle… c’est une perle, tu n’en crois pas ton cœur !

C’est là que la sorcière apparaît… Un jour de fatigue tu te blottis dans son offre et tu oublis qu’elle existe, je veux dire que tu te combles dans tes besoins grâce à sa générosité vitale et maladive et tu l’oublies, comme elle s’oublie pour toi, comme elle oublie qu’elle a des besoins aussi …

Le lendemain tu la vois heureuse, elle est si contente d’avoir pu t’aider à te sentir mieux, tu ne penses pas un instant à te remettre en cause, tu ne songes même pas qu’hier quelque chose à basculé… au fil du temps les choses s’installent, de plus en plus souvent tu prends ce qu’elle donne, puis qu’elle l’offre puisque tu n’as rien demandé puisqu’elle t’aime et que tu l’aimes… et tu oublies ses besoins à elle…

De plus en plus tu la vois comme tienne et tu oublies qui elle est… Tu oublies qu’elle est si fragile, si facile à déchirer, si silencieuse lorsqu’elle souffre… Tu oublies qu’elle existe en dehors de toi puisqu’elle t’offre d’être au service de ta vie à toi et se gère seule ses trucs comme elle peut quand elle peut… voir elle les laisse tomber, c’est pas important, ce qui la rend heureuse, elle, c’est d’offrir !

Un jour, pas de chance, elle n’est pas en forme, elle a besoin de ton aide, elle hésite à te déranger avec sa souffrance, mais comme elle sait que tu l’aimes, alors elle va te demander ton aide… Tu arrives, tu es, pas de chance, en colère contre ce putain de bordel de truc de merde qui ne marche pas, hein ? Bonsoir chérie … tu disais ? Elle te sourit, elle t’écoute, elle te parlera plus tard… Le lendemain, réconfortée, tu quittes son lit, sans voir que son sourire est un peu triste… Les jours suivants elle continuera de te donner de tout son cœur mais cela lui demandera un petit effort, pas un gros, non, juste un tout petit effort, elle n’a pas trouvé l’occasion de te parler c’est pas grave de toute façon le problème est résolu ou dépassé, elle n’y pense plus, toi non plus évidement…Toi, tu ne sais même pas que la sorcière est à l’œuvre !

Un jour elle avait très envie d’un truc, mais toi d’un autre, elle renonce très facilement au sien… toi aussi,… tu renonces au sien… Elle est sincèrement heureuse de faire selon ton goût.. ; mais elle regrette un peu son désir à elle… et pas de chance justement ce jour-là tu vas avoir une parole blessante ou maladroite parce qu’elle fera tellement partie de l’évidence de ta vie que tu auras complètement oublié qu’elle est hyper sensible…. Tu riras de bon cœur de ta vanne, elle sourira… et puis le soir une fois seule, elle pleurera. Pour la première fois depuis qu’elle te connait elle pleure en ta cachant ses larmes, tu n’es plus le refuge absolu qui peut la protéger, tu la traites comme… ta femme ? Elle sait qu’elle n’est pas ce à quoi tu la réduis par excès de confort, par habitude, par facilité… La machine à détruire le couple est maintenant bien enclenchée…

Elle continue à t’offrir, elle continue à se donner totalement mais cela lui coûte beaucoup plus qu’avant, elle fait de plus en plus souvent des efforts pour toi… Elle sent de plus en plus douloureusement qu’elle ne peut plus rayonner d’amour dans ton champs, trop plein de chardons… tant de mauvaises herbes ont grainé et tu as oublié de les faucher, et elle, la bécasse rayonnante, qui n’a pas pensé un instant à s’occuper d’elle finit par comprendre que si elle ne le fait pas rapidement elle va crever…

Alors de plus en plus souvent elle te dit non, elle reprend ses billes, ces mêmes billes qu’elle t’avait données totalement et pour toujours. Elle n’a presque plus envie de faire l’amour et pourtant tu sais bien qu’elle adorait ça… Tu développes une belle imagination athlétique digne d’un concours de position d’une expo de culturisme… mais rien n’y fait, tes cours de gym ne la séduise pas… Elle rit de moins en moins souvent.

Tu tentes de faire des efforts pour elle, zut tu l’aimes toi ! Mais c’est trop tard, elle sait que tu ne peux pas la protéger toujours, alors comme un coquelicot en fin de vie elle flétrit. Et tu n’y peux rien ! Cette hyène t’avait tout donnée comme si tu avais pu en faire quoi que ce soit de son être offert !!! Elle s’en va te laissant un goût amer, un sentiment d’échec ou de colère.

Tu n’oses pas la détester parce que tu te souviens de la «perle»… Tu te détestes toi de n’avoir pas su être son prince pour toujours, tu t’en veux de n’être pas plus alors qu’avant elle tu te trouvait très bien… Elle t’a conduit sur des routes colorées d’une jouissance folle… il ne te reste que le gris du quotidien sans amour, …

Moi, je la déteste… ce n’est ni une fée ni une perle c’est un banal fumigène qui s’enflamme à la première étincelle et qui brûle tant qu’elle rêve… c’est une botte de paille qui aime comme si elle était éternelle. C’est un palace pour toi qui ne recherchais qu’une chaumière et ne pourra l’entretenir… en n’en retirera que souvenir et sentiment d’avoir échoué… un peu l’état du crapaud qui n’a pas pu devenir prince… car la fée s’appelait Carabosse

Moi je la déteste parce qu’elle offre la lune à ceux qui ne souhaitaient qu’un câlin… Lorsqu’ils comprennent que c’est pas du pipeau et aspirent à la brillance de l’astre tout entier : il s’y brûlent, ils s’y endorment, ils se retrouvent sur le trottoir démunis et malheureux… Je la déteste d’être incapable d’aimer plus raisonnablement, de ne pas savoir donner moins, de ne pas savoir s’occuper d’abord d’elle…! C’est sa faute à elle si tous ses couples s’effondrent… Elle donne trop, elle aime trop, elle attire mais ne sait pas durer…. étoile filante ? Soleil rouge presque éteint… déchet de trop d’humanité ! Bestiole avide d’aimer quitte à en disparaitre… femme… oui sans doute aussi…

Si vous la croisez, fuyez, fuyez avant qu’elle ne vous aime, avant qu’elle ne se donne avant qu’une fois de plus… elle ne vive que pour aimer et se donner… se donner… à se perdre…

 



Vivre

J’aime vivre avec toi
sans aucune programmation,
juste vivre l’envie au moment
où elle passe,
faire juste ce qui nous attire
au moment où on le ressent,
c’est comme une bulle de paradis,
un moment hors du temps
et des contraintes,
c’est très doux
très havre de liberté
c’est vraiment délicieux.
Chaque homme est différent
comme chaque relation
avec un homme est différente.
Se rencontrer se découvrir,
se connaître peu à peu
c’est partager …
Partager une étreinte,
sans tabou,
sans autre limite
que le respect de l’autre
et de ses limites…
C’est merveilleux,
Vivre une sexualité libre,
Juste vivre ce que je ressens,
juste dans le plaisir et le bonheur.
Vivre ce qu’on a encore jamais vécu
sans réfléchir
juste parce que j’en ai envie,
juste parce que je le sens comme ça
à ce moment-là,
Bien sur il faut que tu saches
tout comme moi
dire non ça j’ai pas envie
c’est pas mon truc,
parce que c’est parce qu’on peut se dire ça
qu’on peut alors se sentir libre et vivant le reste du temps.
Si tu sais que je te dirais non
si je veux pas, cela veux dire que tout le reste est bienvenu…
Alors chic, j’aime t’aimer, j’aime ton ( …)
(…) de vie en moi,
j’aime vivre libre,
j’aime vivre contre toi,
je t’aime…



La colombe…

 

Je regarde le train s’éloigner
Mes yeux se sont fermés
Faut pas que je pleure
Pas encore
Avancer vers la sortie doucement
Comme une automate livide
Tu es parti silencieusement
Me laissant desséchée, aride…
Parti une fois de plus
Reparti loin de moi
Mais surtout reparti
Vers l’enfer et la folie
La mitraille et les tueries

Ils appellent ça le front…
Comme si la guerre avait une tête
Ils disent que c’est la zone franche
Comme si la guerre était honnête

Je t’entends encore raconter la vie
Je me repasse le film de tes yeux
Plissés d’éclats de rire heureux
Tes caresses qui m’enlacent
Tes mots tressés qui me bercent
Tes doigts sur mon piano
Ton souffle rythme mon ivresse
Mes seins contre ton dos
Ta main qui me frôle
Qui m’enjôle qui m’enrôle
Pour une joute frissonnante
Un combat de langues
Au palais de l’amour

Mais voilà que je pleure
Sur moi, sur toi,
Sur notre bonheur
Tu es reparti aux combats
Bien sûr, tu n’as pas le choix
Enfin, si, tu pourrais fuir
Tu choisis d’assumer
De tenir face aux assauts
Des belligérants ivres de colère
Des chefs imbéciles qui font la guerre
Pour leur pouvoir et leur soif d’argent
Toi, que les deux indiffèrent
Toi qui ne connais d’autres armes
Que celles que tu utilisais gamin
Les mots et parfois les poings
Que fais-tu dans ces champs
Entre viseurs hostiles
Et mines ennemies…

Ils appellent ça le front…
Moi c’est le tien dont je rêve
Ils disent que c’est bientôt la trêve
J’aspire à ta liberté de vivre sans combattre

Ils t’ont renvoyé là bas
Et je marche effrayée
Consciente que ta vie
Pourrait d’un coup de fusil
Tousser haleter s’enrayer
De la plus conne des façons
Mourir pour une guerre
Qui n’est pas la tienne
Casque bleu, éclaboussé de rouge
Sang de la peur de tout ce qui bouge
Sans moyen de te défendre
Sans envie même de le faire
Tu traverses les combats
Attendant ton heure
Pour revenir à la vie

Et moi je t’ai souri

En agitant la main
Quand le train est parti
J’ai pas pleuré devant toi
Je dois te montrer ma confiance
Je dois croire que tu vas revenir
Je sais que tu ne vas pas mourir
Enfin, je crois, j’essaie,
Je marche tête baissée
Le soleil me chauffe
Ta vie se nourrit
Aussi de ma chaleur
Je dois vivre et sourire
Pour pouvoir t’accueillir
Pour que la vie te soigne
Des traces de cette bataille
Pour que ici et là-bas
Tu n’oublies pas
Que je t’aime
Et que je crois en toi

Ils t’éloignent de mon front
Plissé d’inquiètude et d’attente
Ils disent que tu combats pour la paix
Et moi je voudrais bien qu’ils te la fichent !

 



fondamentalement

J’ai du mal à comprendre ce qui est utile et ce qui ne l’est pas…

Je regarde de loin des choses terrifiantes pour ceux qui les vivent… les innondations, les guerres, les attentats, les… dictatures et peut-être pire encore que les dictateurs, les dirigeants visibles et invisibles de nos chères démocraties…

Je regarde tout ça et je cherche à en comprendre le sens, le sens du monde… non pas l’explication, juste le sens de la mouvance… Comme si je regardais une grande assiette de soupe qu’une cuillère invisible remue… Je vois de vagues débuts d’ellipses, un trait, une onde, une éclaboussure, une dépression avant une marée détonnante…

Je regarde cette soupe qui me parait insensée, cette fois au sens de n’en avoir pas… oui, c’est juste un bouillon sans volupté, le truc qu’on regarde sans plaisir, en se disant qu’il va bien falloir l’avaler… Je ne l’aime pas cette soupe…

Je crois que je n’ai jamais aimé cette soupe, peut-être même qu’elle me donne des bas le cœur… mais que lorsqu’on n’a pas le choix… même lorsqu’on a pas faim…

Moi, face à cette assiette triste… je me demande ce qui est utile et ce qui ne l’est pas…

Le peuple… c’est personne ?

Oui, bien-sûr, des centaines, des milliers de «personnes» agglutinées… des tas de millions de «rien du tout»… Un peuple c’est l’un des ingrédients de la soupe, une bonne grosse pomme de terre… pas plus…

Un peuple on l’arrache à sa terre, et on lui déboise son sol au besoin

on l’achète comme les organes de presse,

on l’épluche de sa couche rouspétante,

on l’utilise pour masquer le goût génant du pouvoir,

on l’éviscère de ses impuretés et corps étrangers,

on le dépiaute de ses yeux d’intellectuels,

on le divise, montant les moutons contre les cochons, et rigolant de leur combat débile,

on l’ignore lorsqu’on n’a aucun profit à en tirer,

on le tranche dans le vif des pauvres quartiers,

on l’écrase comme une colonie dont on a plus de richesse à exploiter…

on le brasse, avec de l’émotion à la une, des jeux de cirque télévisuels

un peuple… c’est juste un objet avec lequel certains jouent… ou croient jouer…

“Jouer… être joué”, comme dit mon cheval en prenant le fou…

Les bons jours, je parviens à imaginer que certains cuisiniers font de leur mieux pour que la soupe soit bonne… parfois il faut bien jeter certains morceaux d’un légume qui donneraient mauvais goût… parfois il faut sacrifier une feuille de chou, parfois on sent bien que cela va être trop salé, on pimente un peu le tout pour faire passer une addition maladroite…

La plupart du temps je m’assois sur le bord de la casserole, trop fatiguée pour ressentir la moindre souffrance liée à la chaleur de la marmite et je me dis que personne n’est au piano… Je n’entends aucune mélodie, rien qui ne laisse à penser qu’une chef officie quelque part… Les marmitons ne sont que des apprentis en récréation, des étranges bestioles sur pattes avec de très grosses têtes… Sur leur tête énorme, une toque blanche marquée Président de… Roi de… Chef des… Suprême de… volailles ?

C’est sans doute le poid de la tête le problème, oui, cela explique pas mal de choses… Hydrocéphalite infantile… hum… Trop lourde cette tête pour le reste du corps atrophié, déséquilibre permanent… possible oui… trop de chocs au passage des portes, hum délicat les passages de porte… Trop de vide à l’intérieur pour que le cerveau ne s’emballe pas…

La plupart du temps… je n’ai ni mépris ni révolte contre ces gamins malades, pas même de la compassion…

Quelque fois je les hais, je les insulte. Le simple fait de croiser l’un de leur mensonges fait sortir de mes lèvres un mot de révolte haineux… Cela ne dure pas longtemps, à quoi sert donc mon dégoût des brasseurs de soupe ?

A quoi sert la soupe ? Je ne demande même pas à qui, ouf je n’en suis pas encore là…

Oui, je ne comprends pas vraiment le rôle de la pomme de terre en tant qu’entité non pas comme ingrédient d’une recette mais plutôt en tant qu’identité personnelle, cette pomme de terre-là… celle-là, la petite avec la bosse sur le coté… Est-ce qu’elle est vraiment importante ?

Si un peuple n’est qu’une pomme de terre… moi, individu banal d’un peuple banalement comme les autres… je ne suis qu’une particule d’un peu de fécule…

Je suis là, assise au bord du faitout… et je me demande… à quoi ça sert ?

Qu’est-ce qui est vraiment important ? Qu’est ce qui fait sens pour moi ? Qu’est ce qui a de la valeur ? Une valeur ? Mes valeurs ? Ma valeur ?

Je n’aspire pas à devenir marmiton, ma tête n’a pas la bonne pointure pour que je sache imaginer que je pourrais être capable de faire mieux que les gosses à grosses têtes. Je n’aurais même pas la force de vouloir les détruire, et, quand bien même, cela ne sauverait pas la soupe….

Alors, mon rôle à moi dans tout ça ?

Aucune importance… non absolument aucune…

Je le dis sans tristesse ni effroi, juste dans un moment de lucidité paisible.

Ma partition existe, mais que je la joue ou pas n’a absolument aucune importance…

Que je sois mélodieuse ou mauvaise note n’apparaîtra qu’aux regards éventuels de mes proches contacts immédiats…

Aucune influence dans le temps, aucune influence sur la soupe, ni ici, ni jamais…

Ce que je suis ne compte pas… pour la soupe, ni pour la pomme de terre, ni pour…

Ce qui je suis… pour le dire mieux ne compte que pour moi.

Je suis super importante… pour moi-même…

Hum… c’est peu…

Un peu de fécule sur le bord d’une casserole attache de l’importance à sa petite personne…

Et bien oui… je n’aime pas cette soupe et pourtant je m’aime moi.

Je ne suis pas beaucoup moins malade que les marmitons peut-être, ma maladie est différente… Une bonne névrosée comme on dit chez nous… pire, une brave névrosée…

J’ai beaucoup de chance. J’ai la chance d’habiter suffisamment proche du bord du bouillon pour pouvoir prendre un peu de recul et réfléchir. J’ai le nez qui peut sentir un air extérieur…

J’ai juste l’air… mais les paroles coulent ensuite avec facilité…

J’ai ainsi observé que je n’aimais pas être cuite, ça me faisait bouillir de colère ! Mais j’ai aussi compris que les bruits de ma plainte se répercutaient sur mon entourage immédiat… J’ai vu que mes orages intérieurs, lorsqu’ils déversaient leurs flots de chagrins, ne faisaient qu’augmenter le degré de salinité, moi qui regrette déjà de ne baigner que dans une mer morte… J’ai vu que lorsque je saccageais tout autour de moi comme pour pousser mon hurlement de révolte, je n’avais plus alentour que chant dévasté et malheureux…

J’ai découvert aussi que les ondes se propagent… Toutes les ondes, pas seulement celles qui me font mal, mais aussi celles qui me font rire…

Lorsque je me sens bien, j’accueille avec une tendresse chaude et contagieuse cette petite lumière de trois ans et demie qui se blottit dans mes bras en ronronnant.

Lorsque j’éclate d’un rire heureux, je vois bien le sourire qui s’éclaire sur le visage de mon vis à vis et me renvoie une image agréable…

Lorsque j’échange un sourire avec l’homme qui traverse sur les clous devant ma voiture, je vois bien que cela lui fait du bien de se sentir exister… et qu’en retour je suis plus gaie…

Lorsque j’exprime mon plaisir devant la beauté d’un gâteau appétissant, je vois bien les yeux heureux du pâtissier qui l’a réalisé, récompensé et gratifiant, ces yeux verts pétillants…

Lorsque je dis à ma sœur que je l’aime fort, je sais bien que cela réchauffe une brindille de son âme, et que l’esprit de la “famille” grandit à cet instant en elle comme en moi…

Lorsque je caresse la peau de mon Loup, je sens bien que mon plaisir du contact de sa chaleur est auréolé de son frisson de désir, et que les deux s’enlaçant je vais pouvoir rayonner de l’intimité corporelle partagée…

Lorsque j’ouvre grand, les yeux de mon cœur, à l’amie qui entre dans mon bureau, je sais bien qu’elle reçoit plus qu’un accueil amical… et qu’à deux nous créons spontanément une bulle d’authenticité…

Lorsque je partage le Plaisir d’une aventure virtuelle, authentique et projective, avec Flauris et Andùnëdil, je sais bien que tous on s’endort ensuite avec le cœur plus musclé…

Lorsque je passe, sans entendre la remarque cinglante, d’une bécasse qui s’ennuie et gausse pour s’occuper, je sais bien que j’ai rien perdu, au contraire…

Lorsque je fais un sourire gêné mais franc à la personne que j’ai failli heurter dans le couloir faute de ne savoir respecter le bon sens du croisement des droitiers, je vois bien que finalement il est prêt, comme moi, à ce que la prochaine fois on se carambole pour rire ensemble

Lorsque je laisse passer une troisième personne devant moi en caisse… parce qu’elle n’a presque rien et qu’elle m’offre son sourire de soulagement reconnaissant, je sais bien que je m’en nourri pour me sentir moins fécule

Lorsque je ne hurle pas sur mon vieux père qui le mériterait bien, mais qui n’en entendrait rien, préférant déposer ma colère par des mots sur mon clavier, je sais bien que cette colère devient créative et que pour moi c’est mieux…

Lorsque je hais les hommes, tous, tous les aveugles à la subtilité des replis pudiques de notre coeur offert… je sais bien qu’ils sont les premiers perdus dans les méandres de nos questionnements… et qu’ils seront moins pires si je n’attends pas d’eux qu’ils me comprennent

Lorsque j’accepte mon rôle de «joie de vivre» en famille, je sais bien que c’est ce qu’ils attendent de moi, et que, leur dire que je ne suis pas ça, rendrait tout le monde malheureux, moi y compris et que tout serait de toutes façons à refaire la prochaine fois, parce qu’ils ne veulent pas voir “moi” mais ce qu’ils aiment de moi…

Lorsque sur mon clavier je pleure de rage et de déception, que les mots coulent vers un texte qui sera enfin posé, puis détruit, et que son destinataire ne recevra juste qu’un «Eh, t’as déconné ne recommence pas» … je sais bien que j’ai protégé une amitié qui m’est chère et qui n’aurait pas grandi de mes débordements de trop plein, d’émotion passagère…

Lorsque je dis à mes amies que, hélas je suis résolument hétéro, je sais bien combien j’aime faire l’amour et qu’au fond il me suffit de savoir quoi attendre de qui …

Lorsque je serre les dents et que je souris malgré cette douleur qui me brise le corps, et que épuisée, je dis «Tiens je vais faire une pause ici, le soleil est si doux», je sais bien que je plombe moins l’atmosphère, celle-là même où je respire, que si je gémissais ma douleur.

Les ressentis, les émotions, les affects, toutes ces «choses» invisibles, immatérielles qui pourtant sont bourrées d’énergie et de mouvement… tout cela s’agite… Tout cela m’agite… dans tout les sens, fouettant tous mes organes des sens, envahissant parfois même ma pensée d’un brouillard insensé…

Je sais que ces électrons libres et fous bondissent, rebondissent et se multiplient, me reviennent et repartent, établissent avec les autres des ponts et des liaisons improbables, involontaires et incontrôlable mais qu’ils me reviendront, tôt ou tard, en plein cœur.

Je sais que rien n’a de sens, tout va dans tous les sens…

Alors quoi ? ma voie, mes priorités ? Je n’ai d’autre choix que d’en choisir… et d’assumer.

Mes enfants, mon compagnon, mes sœurs, mon travail, mon écriture… quelques amis, et puis tout le reste que je dois vivre aussi, même si cela me poisse. La maladie et les limites de mon corps, ma petitesse de pensée lorsque j’ai mal, ma dépendance aux autres lorsqu’ils ne sont pas à la hauteur de mes besoins, manger quand c’est pas bon en rêvant que c’est la plus onctueuse mousse au chocolat, assister aux réunions en se demandant ce qui est au fond réuni ici… faire le plein, et faire face au vide… vivre quoi…

Lorsque je me sens bien, le partager me fait me sentir mieux que ça,

Lorsque je me sens mal, le dire ne fait pas cesser le mal si je ne fais que ça,

lorsque je me sens mal, je l’assaisonne

Lorsque je me sens bien, je le rayonne

Lorsque je me sens mal, je tente de n’en accuser personne (et ce n’est pas facile)

Lorsque je me sens trop mal, je m’isole… (et ce n’est pas puéril)

Lorsque je me sens, c’est déjà pas si mal… si pour une fécule !

Tu vois, c’est juste ça, le sens de ma vie à moi…

Je n’ai aucune idée de ce que ressentent les molécules du carotène… J’ignore tout ce qu’est la vie à partir d’un lieu où je ne suis pas…

Je ne sais pas le sens de ta vie à toi, je sais juste que ta présence est douce à mon être, que tes sourires m’éclairent le quotidien, que ta pensée m’approfondit, je sais que je suis contente de t’apprendre par coeur… Je sais que j’en redemande encore.



1...678910

Violence conjugale |
Psychothérapeute PAU |
Soleil levant |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Conseil de l'Ordre Inf...
| 89-91 avenue du Léman Bonne74
| Naturopathie