Poigne demain

Oh superbe idée !

Pour peindre la poignée de porte

Je vais la dévisser

Ben oui, le bitoniau rond

Ce sera plus facile de le peindre

en le tenant dans la main

et je le remettrai

ni vu ni connu

tranquille

sans avoir fait de tâche sur la porte

sans avoir besoin de nettoyer

oui, trop bonne l’idée…

je dévisse,

je donne un coup de pinceau

sur la chose ronde…

qui s’échappe

et tombe sur le lino

Elle roule à n’en plus finir

laissant une belle trace verte

tout au long de son chemin

Elle s’arrête enfin

fichue poignée !

Je me penche

l’attrape en essayant

de ne pas m’en mettre

plein les mains

ouf, aie,

j’ai mis les doigts dans la peinture,

ça glisse et la voilà repartie

pour une nouvelle trace

de sa vie sur mon sol !

Furieuse je bondis

et m’en saisis fermement

elle gicle alors en l’air et retombe…

dans mon pot de peinture

elle nage,

tout au fond bien sur…

Bien, qu’elle y reste

Saleté !

Je vais en acheter

une toute peinte 

non mais !
 

 



L’eau de là bas

De l’eau, la sieste …

Je suis là dans le cadre d’un contexte de tentative de guérison ou du moins de maîtrise de la maladie. Le kiné fait partie des étayages proposés pour m’aider. L’eau chaude aussi, la sieste… oui.

Le kiné me propose de « faire la sieste », ses demandes sont raisonnables. Sa voix est douce, mon corps veut bien. J’aurais envie de foncer vers la guérison mais il me guide vers sur une voie d’eau tranquille… Pourquoi pas flotter. Je ferme les yeux, je me concentre sur le bas de mon dos. Je laisse les bouées proposer une détente à ces vertèbres si douloureuses. Je me dis aussi qu’il serait bien de décrisper le haut de ma colonne, ce lien entre l’attache de mes bras et mon cou… J’appelle à la douceur et au calme.

Dans l’eau, d’autres « trempent » comme moi. Un imbécile ne sait pas se taire. Il me saoule de sa stupidité inconsciente. Accidenté de la route il continue à prendre des risques énormes, à faire prendre des risques aux autres et se vante de ses excès de vitesse. Je tente de ne pas l’entendre, je glisse en moi un fond musical, une mélodie calme et paisible.

Et l’autre parle. Je me dis que c’est un conteur qui me raconte une histoire belle avec des farfadets et puis une rivière. Des poissons se détestent mais qui, parce que c’est aller à contre-courant que de ne pas s’entendre, font finalement la paix… Le kiné m’indique comment avance les bras des poissons, je suis sa perche docile et calme… L’autre imbécile, pas méchant mais si puéril, parle et parle et parle encore. Je quitte l’eau doucement tentant avec résolution de garder la détente de mon corps le plus longtemps possible.

Aie, difficile de s’habiller sans être bien sèche, ouille mes pieds sont donc toujours aussi loin ! Oh, ma mère, pourquoi donc m’as-tu fait les jambes si longues ?

Retour vers la voiture, en plein soleil elle est toute chaude. Je m’y glisse comme dans une bulle juste à ma taille. Le siège m’enrobe comme une couette. Je reste blottie. Je propose à ma voiture de se glisser jusqu’à l’autoroute… puis elle rentre à la maison, doucement, le régulateur de vitesse, la musique, la chaleur, tout va bien. Quelques doigts protestent de travailler alors que le reste est au repos. Pas conflictuelle pour deux ronds, je leur signale que les yeux, le cerveau et des tas d’autres organes fonctionnent jour et nuit, eux, sans râler… Ils boudinnent un peu puis je n’en entends plus parler.

La maison. Je descends de la voiture ravie de voir que c’est la seule dans la cour. Hum, la maison juste pour moi chic. J’entre, demande à Bethowen de me jouer un peu de piano, allongée dans le canapé, avec les coussins callés bien là où il faut… je me détends encore et encore. Mon compagnon arrive, il parle, par politesse j’ouvre l’œil qui est de son coté. Il parle, la banque, les sous… Moi, je somnole en cachette, toute indifférente à ce qui n’est pas la douceur de vivre… Je reste paisible, le plus longtemps possible, jusqu’à ce que finalement, trop entourée de vie, je quitte ce moment juste pour moi et reprenne le quotidien et ses tensions.



Rêve de moi…


Je suis une gentiane bleue, profonde et sincère, j’aime de tout mon coeur, sans arrière-pensée, avec confiance et franchise.

Je suis un orage de rage face à la méchanceté et le mensonge.

Je suis un cygne fidèle et libre, je me donne totalement mais on ne me prend pas.

Je suis une panthère noire et sauvage si l’on veut me posséder me mettre en cage.

Je suis une mère louve avec les petits, capable de donner ma vie pour eux et aussi de les guider sans crainte, sans les emprisonner.

Je suis une nuit étoilée de promesses parce qu’optimiste, je crois à demain, même si hier j’avais du chagrin.

Je suis une cascade de rires spontanés, joueurs et gais.

Je suis une main verte passionnée, dressant la nature avec respect et plaisir.

Je suis une insensée de ne jamais rien exiger de l’autre, attendant qu’il ait envie de donner.

Je suis une bruine discrète et silencieuse lorsque j’ai mal.

Je suis une plume qui écrit quotidiennement pour se délivrer de l’isolement.

Je suis une onde vibrante face à un concerto pour piano.

Je suis une flânante émue dans un musée de peintures.

Je suis une souris de bibliothèque, les livres étant mon régal favori.

Je suis un ruisseau clair descendant une pente rocailleuse sans appréhension.

Je suis un cri primitif devant les serpents et le vice.

Je suis une peau douce à caresser par qui peut l’approcher.

Je suis une jungle exubérante et généreuse lorsque mon coeur se sent aimé.

Je suis une cheminée chaude où les passions sont communicatives et m’enflamment

Je suis un poisson étonné par la diversité et la richesse des rencontres. Je suis un oeil avide dans un tourbillon de vie à dévorer tous les sens ouverts.

Je suis un sentier de mousse, j’avance à l’ombre des chênes centenaires, j’ignore le terme de mon voyage et me réjouis de la vie que j’y découvre.

Je suis une neige fondante sous le soleil de l’été dans le midi, protégeant ma blanche peau de sa brûlure par la fuite sous des latitudes plus sereines.

Je suis une main tendue et un sourire câlin très efficace contre la peine.

Je suis un lierre fertile enraciné dans un tissu de liens familiaux très solides et ouverts, sur qui je peux compter, des plus jeunes aux plus âgés.

Je suis un pinceau qui n’en finit pas de colorier les décors de mon intérieur.

Je suis une pensée qui ne dort que peu tant la vie m’occupe et m’agite.

Je suis une étincelle de vie à partager.

Je suis une femme.



Je voudrais être

Je voudrais être…

Bouton de rose dans un grand jardin en friche.

Couverture de soie, cachette, toute petite niche.

Épine dorsale rocheuse des neiges éternelles.

Nuées d’appels, rassemblement d’hirondelles.

Verre de lait glacé sur un sirop de cassis.

Pied d’un torrent, dans la mousse, assise.

Humide forêt savoyarde, odeur de l’humus.

Sente oubliée coeur de lilas, fleur de crocus.

Caresse sur la patine de l’escalier craquant.

Pluie battante, orage d’été sur le sol brûlant.

Craquement d’une verte pastèque très sucrée.

Reflets de l’aurore derrière un glacier nacré.

Chemises de grand-mère sentant la lavande.

Gitane, pieds dans l’eau, croquant l’amande.

Tablette de chocolat praliné, sur un chevet.

Chant du piano, Mozart, un concerto inachevé.

Ouverture d’une porte que l’on allait toquer.

Nuit, avec lune et milles étoiles magnifiques.

Prison de corail dans une île du pacifique.

Éclosion de gentianes, saphir encore en terre.

Noire, libre solitaire, en veille, la panthère.

Relâchement des traits de l’homme endormi.

Main tendue prête à serrer celle de l’ami.

Feu de camp, intensité crépitante du silence.

Confiance de la vraiment toute petite enfance.

Bleuet blotti contre un bouton d’or, réconfort.

Jouissance enivrante de la fatigue après l’effort.

Plafond bleu roi où s’attardent trois nuages ciments.

Visage bouleversé par tant d’intenses sentiments.

Bouquet de violettes du bois cueilli à ton intention.

Grande marée d’émotion de reconnaître tes intonations.

Affection candide, presque sans retenue que l’enfant expose.

Éclat de rire, passant de tes yeux à ta gorge qui enfin explose.

Sauvage impatience de te lire, de lire dans ton visage.

Déferlement de plaisir que je garde intérieur, très sage…

Cri de liberté…

Pulsion de vie…

Envie d’éternité…

D’amour de la vie

 



lutter ?

Depuis deux trois jours j’ai une idée qui me trotte dans la tête, … ce n’est peut-être pas ici que je devrais la développer, mais, comme vous êtes là… j’en profite, on demandera à déplacer si nécessaire… (pardon les zoms de l’écrire au féminin, c’est la loi du nombre)

Voilà mon idée : je pars du fait qu’il me semble que la plupart des fibro était des personnes qui ne savait pas prendre soin d’elle, mais qui prenait sur elles. C’était toujours l’écoute des autres, le service des autres le bien être des autres…

Un ami me dit que j’en fais bien autant que des tas de personnes qui ne sont pas malades… Hum peut-être mais si seulement il m’avait connu avant.. il comprendrait que ce à quoi je suis réduis, niveau activité, c’est RIEN ! Et voilà tout est dit… Les fibro on est des gens qui en faisait trop, longtemps on a tenu, avec des périodes plus ou moins d’écroulement mais toujours on a serré les dents, on a porté, et pris sur soit…

Quand Dame Fibro arrive….

1) Cela nous recentre sur nous et notre corps, bah oui on l’a bien négligé celui là !

2) Cela nous limite dans notre activité (il était temps (petit navire et vogue la galère)

3) Cela occasionne forcément un impact sur notre entourage…

1) Les devenues-fibro ne peuvent plus fonctionner pareil, notre corps et ses douleurs nous interdisent et nous punissent d’ailleurs dès qu’on en fait trop. Avec une fibro il y a l’obligation absolue de s’écouter, de prendre du temps pour son bien être, de mesurer nos forces avant de les distribuer, de dire « moi d’abord » pour ne pas s’effondrer… 

2) La fibro oblige à s’auto limiter dans notre suractivité habituelle, on a le sentiment de ne plus rien faire… difficile de garder le boulot, impossible d’assurer le ménage, la lessive, le jardin, les déplacements, les gosses, tout est une dépense d’énergie énorme qui nous oblige à faire des choix et à ne faire que l’essentiel… et aussi de ne pas faire la tâche des autres…

3) Bien sûr que la fibro agit sur l’entourage : …selon chacun et chacun des proches c’est différent mais il me semble qu’il y a des constantes : nos zoms doivent faire avec, pallier à ce qu’on ne peut plus faire, accepter de ne plus être porté par nous, grandir… hum oui c’est peut être ça : la fibro permet à notre compagnon de devenir adulte ! Super ! parfois… il fuit, il veut pas et alors parfois on le jette… oups !

Nos zenfants… et bien eux aussi il sont bien forcés d’apprendre qu’on n’est pas à leur service, qu’ils peuvent faire plein de truc sans nous, qu’il doivent même prendre soin de nous parfois, et pourquoi pas !

Les « zami(e) et notre famille élargie doivent une bonne fois arrêter de nous prendre pour la tonique de service celle sur qui on peut s’appuyer, celle qui donne sans rien en retour, la généreuse. Bien sûr ils attendent tous qu’on redeviennent comme avant, qu’on guérisse, qu’on retrouve notre pétillance… Eh les potes, on se calme, si un jour je retrouve la pêche vous n’aurez même pas le noyau !

Voilà mon idée : La fibro est un grand ré-organisateur de vie ! C’est un truc qui se déclenche en nous pour nous obliger à changer, pour nous sauver de ce que nous vivions et qui allait droit dans le mur… La fibro c’est une porte de sortie par rapport à notre vie d’avant qui n’en avait aucune, c’est l’occasion de se poser de se demander c’est quoi l’essentiel, c’est quoi que je veux faire moi de ma vie en dehors des envies et des besoins des autres…  Je me retrouve comme une toute petite fille qui a failli passer à côté d’elle-même, j’ai failli rater ma vie… et n’être qu’une prestation offerte, oui mais j’aimais ça… hum… à réfléchir ça aussi !

La fibro est sans pitié : Elle m’a dit :  « stop, arrête un peu assieds toi… tu veux pas  ? tiens décharge de douleurs, ah maintenant tu t’assoies, bien on continue…

Tu veux voler au secours de l’homme qui trouve pas ses chaussettes, vlan je te cloue au lit et il apprendra à les trouver tout seul,

Tu veux protéger ton petit de plus de 20 ans de ses tracas en faisant… à sa place ? Pas question tu t’allonges et t’as plus de force ! Non mais !

Tu veux aller à l’anniversaire de mariage de tonton Guy ? Ok t’y va mais en consommatrice pas pour aider porter organiser amuser la galerie, sinon je t’interdis de prendre la voiture ! »

Tu veux bosser ? Ok mais je te préviens, à petite dose et doucement, sinon…

Oui voilà comment elle nous parle et nous oblige à changer… Impossible de la nier de la contourner, elle habite dedans et est aux commandes…

Lorsque je limite les facteurs de stress je me sens mieux… Lorsque je prends en charge à mon rythme je peux faire des choses, lorsque je prends soin de moi je comprends que c’est indispensable… J’apprends à dire non à ceux qui me bouffaient la vie, je retrouve mon plaisir à moi de faire ce qui me plait moi… Je ne deviendrai jamais égoïste, c’est trop loin de moi, mais je ne me considère plus comme quantité négligeable à traiter après si j’ai le temps… Je regarde et déguste plus le présent toutes les petites choses bonnes qui m’entourent, j’ai moins de projets, (et plus de gigantesques) Je suis moins à tout assumer et laisse plus de place aux autres, plus de responsabilités, plus de liberté aussi…

C’est la fibro qui m’a appris tout ça ! C’est un dur maître, violent même ! Elle n’hésite pas un instant à frapper, et fort, si on ne suit pas sa leçon… mais il me faut bien avouer que j’étais aussi une tête brûlée et que j’aurais rien écouté si elle ne m’avait pas forcée ! Pour m’arrêter il fallait vraiment y mettre le paquet… et la fibro l’a fait…

Voilà cette maladie s’est sans doute déclenchée pour que je puisse changer, apprendre une autre vie, peut- être même vivre mieux (ça on verra quand j’aurais moins mal)

Alors en fait ce qui me questionne aujourd’hui c’est ceci … : Et si je faisais ce qu’elle me dicte au lieu de lutter contre et d’essayer quand même à m’accrocher à ma vie d’avant… Et si je prenais soin de moi, je prenais mon temps, que je vive sans me faire parasiter, que j’aime sans tellement porter l’autre… Et si j’osais à me remettre à aimer la vie, à vivre raisonnablement mais pleinement, sans faire d’efforts maltraitant pour moi, même si les autres l’attendent de moi,

… si je réorganisais ma vie autour de mes besoins et mes envies à moi… Est-ce que la fibro s’endormirait ???… (bien sûr en laissant une veilleuse de surveillance, les rechutes vers nos vieux démons, nos habitudes, notre vie d’avant sont forcément à craindre)

Je trouve que cela vaut la peine d’essayer, si la fibro est venue dans moi comme une sauvegarde d’un moi que je négligeais, alors, ok, je change, et dans cette cohabitation avec la fibro… je deviens quelqu’un, quelqu’un fort de mon passé, quelqu’un capable de prendre soin de moi…

(hum cela me renvoie à ma demande de soin originel qui n’a pas été comblée et qui ne le sera jamais plus…)

Peut-être ne suis-je pas une petite fille perdue, mais enfin une femme capable de prendre soin de moi… et si j’essayais ?



Protection d’enfant

 

J’ai une vraie question qui vient dans ma tête comme une vague et me rabote les muqueuses du cerveau : Il s’agit de celle-ci comment faire pour protéger ma fille de ma maladie ?
J’ai bien dit la protéger, elle, de ma maladie à moi.

(Et non la protéger de s’attraper la même maladie que moi, ça c’est son avenir, sa vie, ses soucis et ma foi je crois que je ne peux pas faire grand-chose contre ce qu’elle va attraper ou pas puisque j’ai pas déjà su comment m’en protéger, comment le pourrais-je pour elle… bref revenons à nos moutons)

Je suis la fille d’une maman déprimée… j’ai été sa joie de vivre, son rayon de soleil, son énergie, quand je me suis mariée ,ma mère a dit que la vie avait quitté la maison (ce qui a fait « très plaisir » à mes frères et sœur restés au logis (mouarff))
J’ai, dans le cadre de mon métier, puis de ma psychanalyse, de la maturation de mon être, découvert comment ma personnalité avait pu être façonnée par cette dépression maternelle, comment, moi petite fille pleine de vie, j’avais pris sur mes frêles épaules la charge de la faire rire, de lui donner envie de sourire, comment j’avais été et suis devenue un moteur, une porteuse, un soutien, une battante, un remorqueur, une… qui s’oublie, qui sourit, qui faiblit et qui fibromyalgie…

Je frémis à l’idée que ma fille, face à mes fragilités, puisse se sentir investie d’un rôle trop lourd pour elle, c’est par exemple elle qui s’occupe de tout ce qui est tombé au sol (j’ai trop de mal à me baisser) elle m’apporte mes chaussures, elle sait que parfois je ne peux pas aller la promener, elle m’embrasse en me disant « t’es trop fatiguée ? C’est pas grave on ira demain ». Pour l’instant je la laisse peu voir mes limites, parce que je les assume mal et puis que je pense que j’aurais le temps de mieux organiser ma façon de vivre avec la fibro avant qu’elle comprenne et qu’elle n’en souffre trop… enfin, j’espère !
Je la confie beaucoup à des gens qui lui offrent d’autres espaces de vie, d’autres « aventures », d’autres mode de réactions que les miennes… Je ne souffre pas tellement de le faire parce que je sais qu’elle y est bien et apprend mieux qu’à mes côtés les jours où je n’ai de toute façon pas la force…

Cependant je m’inquiète de la façon dont elle verra ma maladie avec le temp ; comprendre que je ne guérirais pas de si tôt à été aussi une grande tristesse pour moi à cause de ça… J’aurais voulu que ma fille ne me connaisse pas dans cet état… j’aurais voulu guérir avant qu’elle se rende compte de mon état… Je suis triste de penser qu’elle n’aura pas une maman tourbillon de vie… juste une maman fibro au grand cœur mais au peu de moyen dans son corps…
Bon je sais c’est mieux que le contraire (ou pire une mère avec un corps superbe et plein de fiel !)… n’empêche que cette nouvelle moi… j’aurais voulu mieux pour ma belle Lucy, et il faudra bien qu’elle fasse avec, comment fera-t-elle ? Est-ce qu’elle voudra compenser ? Fuir ? Deviendra-t-elle médecin ? Hypocondriaque ? Est-ce qu’elle sera drôle et gaie avec l’idée (sans doute vraie) que cela me fait du bien et donc qu’elle le doit ? Est-ce que je saurais lui apprendre à s’écouter, moi qui ne savais pas le faire ? Est-ce qu’elle sera solide face à l’effort mais pas au point de s’oublier ? Est-ce qu’elle me copiera et faiblira comme je le fais trop souvent ?(elle me copie en mille choses faisant même la gauchère alors qu’elle ne l’est pas)
Comment je peux élever ma fille en étant malade tout en lui donnant le meilleur de moi mais pas les défauts de mes excès ?
Je n’ai pas honte de ce que je suis, j’ai juste invité Lucy à la vie en ignorant que cette maladie me transformerait tellement… Je ne suis plus sûre de pouvoir la guider vers les rivages qu’elle choisira de découvrir plus tard sans lui coller deux ou trois écueils, qui m’appartiennent et dont elle n’a pas besoin…
Je sais, je sais, je suis utopique rêveuse, on porte toujours un peu du linge sale de ses parents et grandir c’est aussi le leur rendre…
Ma fille, comme moi, comme tant et tant d’autre réussira sans doute à me dire que mes luttes ne sont pas les siennes… J’espère tellement qu’elle ne laissera pas la maladie, (toutes les maladies) l’envahir trop, qu’elle trouvera sa voie, sa quête, son soleil, indépendamment de ce que je suis devenue, ou du moins de ce que je ne suis plus…
Offrir à la fois un cadre sécurisant et une ouverture vers une autonomisation… cela me semble tellement moins clair aujourd’hui qu’avant la maladie… Sans doute qu’avant je me pensais forte et capable de la protéger si besoin… aujourd’hui je ne suis pas forcément plus faible… juste plus réaliste !

Bien sûr que je ne sais pas encore si ce que je deviendrais est meilleur que ce que j’étais… avec un peu de chance… à voir…

 

Morceau du commentaire de Lucaerne que je trouve fondamentalement essentiel :

Et puis, comme dit mon psychologue préféré : “donner des raisons à vos enfants de vous haïr (au sens psy du terme, qu’il a précisé), c’est leur donner plus de chance de bonheur futur, de faciliter la séparation nécessaire. Il n’y a rien de pire qu’un parent parfait, si tant est que cela existe, parce qu’alors, il reste dans le fusionnel, et la séparation le fera terriblement souffrir et laissera des séquelles terribles ».

LUCAERNE



Tenir

C’est drôle ma vie,
parfois j’ai l’impression de gagner du temps

tenir, oui c’est ça le mot d’ordre « tenir »

Mais pour où ?  et jusqu’à quand ?

la réponse qui s’impose c’est :

jusqu’au bout

le plus loin possible

le plus longtemps possible

J’peux plus,

souvent j’peux plus

tant pis je tiens quand même

ou du moins j’fais semblant

j’assure comme les gosses,

quand les autres me regardent

et puis je m’effondre

dès que je suis seule !

satanée maladie…

heureusement que souvent je suis seule,

je pourrais pas tenir la façade autrement

pas possible d’être souriante tout le temps

avec tant de fatigue

avec tant de douleurs

Sourire donner le change,

oui je sais bien faire

Parfois je me demande même

si je ne sais pas faire que ça

Je ne parviens plus à gérer tellement de choses

Qu’il ne reste que l’apparence d’une vie normale

et parfois j’ai peur que même cette apparence se lézarde

Que restera-t-il alors ?

Tenir, tenir jusqu’à ce soir,

que j’ai couché la petite,

ouf c’est fait

baisser les épaules

rentrer la tête

pleurer un bon coup

Zut elle m’appelle

essuyer mes yeux

aller lui ramasser son doudou,

la coquine l’a fait tomber exprès

pour avoir encore un câlin

Cette gosse est comme les autres…

sensible

elle sent bien

quand je craque

et cela me frissonne l’émotif,

je voudrais tellement la protéger de moi,

de mes ressentis et je ne peux pas…

je ne peux que la confier à d’autres la plupart du temps

afin qu’elle grandisse avec les énergies de tous

afin qu’elle ne me voit pas comme ça

afin que je garde le meilleur de moi,

sur des petits temps chaque jour pour elle

Je l’aime tellement

Je suis bien désolée de n’avoir pas mieux

comme mère à lui offrir,

mais souvent je me console

en me disant qu’une mère qui l’aime tant c’est déjà beaucoup…

et que des tas d’enfants grandissent très bien avec moins,

moins d’attention, moins d’amour,

alors ça devrait fonctionner,

tenir, oui il me faut tenir,

encore, 

encore un peu

tenir jusqu’à ce soir,

aller la chercher…

et puis tenir

tenir encore

jusqu’à demain

la mettre à l’école

et puis me reposer

jusqu’au soir

tenir le soir

et tenir toute la semaine

et puis tenir le WE

et puis la semaine prochaine,

tenir

tenir encore

gagner du temps

pourquoi

combien de temps ?

Tenir jusqu’à quand ?

Jusqu’au bout…

Gagner du temps

Pour ne pas perdre ma vie



Etre vieillit..

 

La Fibro ne fait pas vieillir
mais elle donne toutes les apparences
du ressentis de la vieillesse,
vieillir pourtant ce n’est pas ça,
vieillir c’est même pas une question d’âge…
non… Vieillir
c’est renoncer
Renoncer à tant, à trop, à tout
Renoncer à être ce qu’on était
Renoncer à vouloir devenir à penser avoir un avenir
laissant à d’autres le soin de le faire de décider, de projeter, de rêver
C’est être encore là mais déjà désinvestie
C’est devenir le reflet de nos souvenirs
C’est n’imprimer sur le présent
que l’ombre de nos déplacements
Se déposer en d’autres mains
ne voir que les petits riens du quotidien
l’ici et le maintenant, sans demain
le moi et ce qu’ils me font
mon corps et ce qu’il ne peut plus
ma tête et ce qu’elle oublie
les autres qui ne viennent plus
ceux qui vivent ailleurs
et ceux qui ne vivent plus
C’est avoir mal un peu partout
Découvrir certains endroits de soi
Parce qu’ils refusent de fonctionner
C’est arrêter de lire parce que les yeux…
C’est ne plus bouger de chez soi
Parce que les escaliers, et puis le bruit…
C’est n’avoir presque plus faim, plus soif
C’est être perturbé par les changements
C’est se taire souvent pour s’écouter penser
C’est se refermer comme une maison trop grande
Qui peu à peu condamne des pièces
N’ouvrent plus certains volets
Avant de verrouiller sa porte


Vieillir c’est avoir intégrer une horloge
sentir chaque minute passer
dans le poids de chaque attente
dans la rêverie d’un souvenir
dans la peur de chaque nuit
le tic tac du décompte
l’entendre c’est vivre
à en devenir sourd
veiller, dormir
et puis partir
en souvenir



Vivre avec !

… grand souffle glacé froid partout

j’sens plus mes doigts

j’sens… j’veux plus rien sentir

mon corps doit disparaître

J’ai juste dans mon dos

Un truc qui me brûle de douleurs

et mes yeux

qui m’inondent de pleurs.

Avant je luttais pour guérir

et je viens de comprendre

nulle part il n’existe de témoignage

de gens qui ont guéri

nulle part…

y a pas de hasard !

je dois lutter pour vivre avec

vivre avec, pas… guérir…

Ça veux pas dire vivre comme ça,

je veux dire « toujours comme ça »

parfois, je sais, que ça ira mieux…

mais parfois ça reviendra…

Vivre avec c’est ça…

n’avoir comme avenir

que l’incertitude et la fragilité…

Ça veut dire que maintenant

je devrais toujours vivre dans du coton

si je veux fuir la douleur

que je devrais toujours faire attention

si je ne veux pas passer

la semaine suivante au lit ,

épuisée, anéantie d’avoir oser…

d’avoir eu envie de vivre

normalement

ça veut dire m’écrouler à chaque petit choc

et chavirer à chaque épreuve émotive 

être lézardée…

Bien sûr que l’amputé, le paralysé

Doivent à un moment donné se rendre à l’évidence

Il leur faut vivre avec…

Moi, j’avais pas réalisé ça

Je croyais qu’un jour ça s’arrêterait

Qu’un jour je pourrais vivre…

Vivre comme je le sens,

avec toute la force de ma vie intérieure

Avec ce qui pétille en moi

qui coule aussi dans mon corps

Je croyais que je pourrais vivre mes envies

Apprendre à vivre avec

J’avais pas imaginé

Juste je trouvais des aménagements,

en attendant, en attendant de guérir

je me trouvais raisonnable

de penser m’en sortir sur deux à trois ans…

Je me vivais dans une ascension

j’avais pas compris que ma vie serait plate

toute plate… pour ne pas devenir gouffre

toujours plate pour ne pas glisser en dehors

plate, au mieux… si j’y arrive

et c’est là que je dois placer mon combat

viser cette platitude là…

Vivre avec…

vivre quand même

même si je ne guéris pas

vivre au moins ça…

moi j’croyais qu’un jour j’allais guérir

mais sans doute pas…

ça m’donne pas envie de rire…

mais pleurer ça mouille

faudrait pas qu’en plus je rouille

alors, pas le choix, faut que je fasse avec…

faut que je vive avec

de toute façon avec elle ou pas

je veux vivre

j’ai des choses à vivre

j’ai tant de vie en moi

faut juste que je digère la nouvelle

faut juste que j’apprenne…

apprendre à vivre avec la maladie…

donnez moi une semaine ou deux…

et puis promis je me relève !

promis…



où est ma mémoire ?

Ouhhh… lever difficile, mal de crâne en approche

Vite un anti douleur

sinon je passe pas la matinée sans râler

Je quitte la chambre et gagne le couloir,

zut la cuisine c’est pas par là

mais tant pis passons par les toilettes ce sera fait

pas la peine d’user mes pieds pour rien !

bon allez l’anti douleur et un verre d’eau….

J’arrive dans la cuisine

Les chaussons de Lucy qui traînent

Je les coince un à un entre mes doigts de pieds

et les attrapent sans me baisser

la classe bon voilà une chose de rangée… je faisais quoi déjà ?

ah oui le verre d’eau !

je prends un verre d’eau et le bois avec plaisir

c’est pas la forme ce matin,

je vais me mettre un peu de musique ça ira mieux

go dans le salon, musique en route

ah bien et l’anti douleur… je l’ai toujours pas pris !

il est dans mon sac à main, je le prends, l’ouvre

oh génial un pain au chocolat que j’avais acheté hier

ce sera très bien pour le déjeuner

du coup j’ai faim !

je le pose sur la table de la cuisine et..

zut c’était pas le déjeuner mon souci mais l’anti douleur !

retour dans le sac et après trois farfouillages je sors le médic

ainsi qu’un paquet de mes cartes de visite…

mais cette fois je ne me laisse pas distraire !

je les pose sur l’évier à côté de l’antalgique

je me ressers un verre d’eau…

que je bois puis vais ranger mes cartes

et m’installe pour le déjeuner…

le soleil se lève derrière les montagnes

la luminosité est superbe

le café est bon

si je n’avais pas ce purée de mal de tête

la vie serait presque douce !

Il n’est pas très efficace quand même ce médic !

oups… mais maintenant que j’y repense…

ben… il est toujours sur le coin de l’évier,

je ne l’ai toujours pas avalé !

et pourtant je suis hyper motivée pour le prendre !

vous imaginez ce que c’est

quand je tente de faire un truc

que je trouve sans intérêt ?



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