solitude de fond

Alors c’est comme ça ! J’ai mis des mois à le comprendre, puis des mois encore à l’admettre mais cette fois je me le suis pris en pleine face et je n’ai plus le choix…
oui… c’est bien comme ça !
Je ne l’aurais jamais cru. On me l’avait dit mais j’avais fait la moue, dégoutée et incrédule…

Mais, si c’est comme ça, à quoi servent mes protestations muettes…
J’aurais vraiment imaginé les choses différentes,
J’aurais tellement voulu que ce soit différent…
Que je suis naïve, rêveuse, idiote même…

Je suis fasse à la réalité et je ne sais pas encore avec certitude si je vais l’accepter… Enfin pas à 100%… la majeure partie de moi a déjà baissé la tête, convaincue…
Mais il me reste ce cri que je pose ici avant qu’il ne disparaisse, cette indignation, cet insupportable qui se révolte, mon Caliméro interne qui hurle «non c’est pas juste» !

Je passe mon énergie depuis tant d’années à tendre la main aux «blessés de la vie», je m’efface pour laisse passer les brancards, j’offre mon sandwich à qui tend la main, j’achète d’abord ce qui te fait plaisir avant ce dont j’ai besoin, j’attends mon tour, je tiens la porte, j’accepte tes absences sans me plaindre, je porte mon sac, je gagne ma vie, j’assume mes choix, je prends sur moi, si cela le soulage, je laisse parler les autres, je suis une malade du partage… Pas héroïque, non juste la résultante d’une bonne éducation ouvrière catho, assumée et libérée, je suis libre dans ma tête, indépendante, adulte.

J’étais même heureuse jusqu’à l’accident.

Le jour où toute ma vie s’écroula… j’ai été réduite à… presque rien, juste un reste de corps, avec un trop plein de pensées… Une mare de douleurs, un désert si aride que rien n’y pousse, pas possible de vivre ma vie… Être, mais je ne suis plus, je ne suis plus ce que j’étais, je ne suis plus qu’une ombre, un petit bout de corps, quelques doigts qui bougent sur un clavier… et puis ! Le reste, ce qui caracolait, le vivant est tout paralysé, le reste, prisonnier de cette douleur me tue…

Je suis tellement en colère… Alors voilà, maintenant que je suis murée dans ce sarcophage, maintenant que je ne peux plus courir, sauter, voler, plonger… marcher même… il me faut donc supporter en plus ça ! Si j’avais la force je vous giflerais tous…

Je vous crache à la gueule, je vous hais, fichez le camp, laissez-moi, sortez, partez, je ne veux plus vous voir jamais, jamais… Non, pas vous non plus, laissez moi … Seule.

Seule , Ah c’est comme ça !

Moi je croyais que parce que j’étais si diminuée, si démunie aussi vous alliez me protéger, vous alliez me blottir contre vous, me câliner m’aider à voir le temps passer autrement, moi je croyais que vous me protègeriez de toutes ces douleurs, je croyais que après toutes ces heures à vous masser le dos vous sauriez combien les caresses apaisent le corps et m’en couvririez… Moi je pensais que lorsqu’on était presque plus rien, alors les autres venaient et s’organisaient pour vous réconforter… Je croyais que vous me tiendriez chaud, me nourririez, que je pourrais reprendre des forces, à mon rythme, bien protégée par les adultes forts mobilisés autour de moi…

Alors c’est comme ça …
Les médecins se défilent, ils ne peuvent rien pour moi, leur diagnostic est réservé, «on refait le point dans trois mois» ? «Oui, bien sûr, crève toubib» !
Les amis sont tellement pris par la vraie vie… Ils voient bien combien leurs visites me fatiguent, ils sont gentils, ils sont ailleurs…
La famille s’inquiète bien sûr, mais … C’est la famille avec toutes les choses de l’enfance dans lesquelles on n’a pas forcément envie de retomber. Oui je voudrais être protégée, mais je ne me réfugierai pas dans les jupes de vieille femme qu’a ma mère. Il ne me reste presque rien, juste heureusement un peu de respect pour moi et beaucoup d’affection pour elle…
Le boulot… Quel boulot vous pensez que je suis en état de travailler vous ? Fichue ! je suis fichue pour le travail, j’ai essayé, même à temps partiel, je n’y arrive pas, j’ai pas assez de force, c’est trop loin c’est trop dur, c’est plus pour moi…

Reste l’ordinateur… seul confident, seul compagnon de mon quotidien… Connaisseur de mes douleurs, lui seul m’offre une position du corps qui fait moins mal… L’écran parfois me régale, souvent le clavier suffit à me faire vivre…

Alors c’est comme ça ! Vous osez penser que je suis trop accro de l’ordinateur, vous pensez à me le diminuer, oui bien sûr je comprends… faudrait pas que je devienne additictive en plus du reste… Mais non d’une explosion de ma rage dans votre face : je ne serais pas «droguée en plus» mais «à la place» vous comprenez ? Je ne vis pas ma vie au clavier par plaisir orgasmique mais parce que rien de ce que je vis n’est la vie organique !

Le clavier n’est pas à la place de… il est juste bien placé dans le grand trou qu’est ma vie… Il ne m’empêche pas de vivre, il m’aide à ne pas vous hurler à tous dessus combien vivre ce que je suis aujourd’hui est… oui… peut-être… pire que la mort.

Alors c’est donc vrai, vous avez réussi à me le faire entendre… et enfin je le regarde froidement… Les larmes sont taries, les ongles ne sont plus qu’un très ancien souvenir… Les nuits blanches-sombres s’alignent pour converger vers cette vérité … :

Vous n’allez donc pas m’aider ?
Non ? Personne, n’est-ce pas, ne va m’aider ?
Je suis vraiment seule,
Toute seule sans personne pour me protéger, sans personne pour faire enveloppe, bouclier, parasol, éponge… tout ce que je n’ai plus la force de gérer, quoi… Non ?

Oui, bien, j’ai compris, je suis toute seule… bien…

Si je n’avale pas mes médicaments, personne ne m’y fera donc penser ? Si je ne sors plus de chez moi… personne ne s’en apercevra ? Si je ne nettoie pas ma maison, je vivrais dans un taudis ? Si je ne fais pas mes papiers de mutuelle, je ne serais pas remboursée ?… Si je ne fais pas rentrer de bois, je n’aurais rien pour faire du feu cet hivers ? Si je n’ai pas la force de faire des courses, je n’aurais plus rien à manger ? Si je ne me lève pas pour quitter ce fauteuil roulant alors je vais donc y rester ?

Je trouve ça violent moi… Bon, c’est moi hein, je peux me tromper…

Et franchement les jours où cela ne me déprime pas ça me fiche en colère… Et exceptionnellement, aujourd’hui ça me met devant une évidence terrible :

C’est donc comme ça… Si je veux vivre… Il va bien falloir que je me lève !
Je n’ai pas le choix, personne ne se battra à ma place, c’est ma peau, c’est ma cage…
Ma cage et j’y suis seule…

Bien… Alors je vais me battre, seule.

Seulement, voilà, vous tous, là dehors, les vivants, ne pensez pas, aucun de vous, retrouver celle que j’étais avant l’accident, si un jour je re marche… aucun de vous ne saura à quel prix j’ai gravi les pentes de ce gouffre, aucun de vous n’aura mesuré ma solitude et ma détresse, alors d’avance…

J’vous tire ma révérence !



une autre version du Miteux

Alors, voyons le Docteur C… 26 rue de la République…

36, c’est plus loin

30, on y est presque,

Ah, voilà 26…

Euh non, j’ai dû me tromper…

Cette porte d’allée est sordide, quelques boîtes aux lettres défoncées juste à l’entrée. La peinture caca d’oie des murs est couverte de moisissures que les parties écaillées enjolivent comme des myriades d’irruptions du non-pourrissable…

Aucune plaque médicale, pas de nom sur les boîtes laissant supposer qu’un médecin puisse se trouver quelque part au-delà du sombre couloir… Je ressors, le pas incertain, heureuse d’être éblouie par le soleil. La pharmacie est ouverte, je vais demander.

L’employée me confirme que le docteur Cr… est bien là juste au numéro 26… Non ? Si ! Devant mon regard incrédule, elle sort sur le trottoir et me désigne la porte toute proche…

Bon, ne jugeons pas les choses sur l’apparence extérieure, les gens encore moins… entrons…

Je me lance avec force de conviction dans la tentative de traversée du couloir crasseux. J’arrive dans le local à poubelles. Là des consignes… Je lis… blabla bla et je sais maintenant qu’on ne doit mettre les poubelles sur le trottoir que les mardis et vendredis matin… Bien, nous sommes jeudi, il y a le temps, j’avance… euh, je fais quoi là moi ? Ah oui je voulais voir le docteur Cra…

Un escalier… Je monte. Sur la porte gauche une plaque trop grande et très sale, eh bien, ça valait le coup de monter pour voir ça, … c’est indiqué « sonnez et entrez »…

J’entre. La salle d’attente est vide. Immense et vide… Oui bien sûr il n’y a personne mais surtout, il n’y a pas de meubles… enfin si… si peu…

Sept chaises dont une cassée. Un tapis tout gondolé, un table ronde où loge un charançon très travailleur vu le tas de sciure sous le pied central.

Au mur, les araignées ont estimé que, puisque aucune décoration n’avaient élues domicile, elle pouvaient créer selon leurs humeurs, longues écharpes ou napperons grisonnant. Un pauvre poster représentant une œuvre de Matisse, maintes fois punaisée et partiellement déchirée tente à lui tout seul d’exister.

Sur le sol, non loin de la fenêtre, au milieu des feuilles mortes et du terreau répandu… une plante. J’imagine que le suicide est contraire à ses principes… car son état de dépression avancée me donne envie d’abréger ses souffrances.

La peinture des murs était jaune, les plinthes blanches. Entre les deux, sur le sommet de la planche de bois un liseré marron qui fait office de réchampi cotonneux.

Le docteur Crad… sort de son cabinet et entre dans la salle d’attente… c’est mon tour. Je me lève, hésite… à mon tour je saisis la poignée de la porte, mais de celle qui conduit au grand air…

Je dévale quatre à quatre l’escalier ruiné par le temps, je repasse devant les boîtes aux lettres où son nom se cache, griffonné au stylo sur un petit papier blanc et collé avec un scotch jauni,

Docteur Crado, sur rendez-vous uniquement…



l’toubib miteux

« Bonjour, vous êtes bien au cabinet du docteur Bronzon, vous pouvez me joindre les lundi, mardi jeudi et vendredi, de 9h00 à 11h30 et de 14h à 17h30, merci de votre appel.»

Oui, oui ok, c’est bien, mais nous sommes mercredi,… bon je vous rappellerai Doc, pas de soucis…

«Bonjour, vous êtes bien au cabinet du docteur Bronzon, vous pouvez me joindre les lundi, mardi jeudi et vendredi, de 9h00 à 11h30 et de 14h à 17h30, merci de votre appel.»

Ah mais là c’est jeudi Doc et il est 9h30… bon vous devez être occupé, pas grave je rappellerai.

«Bonjour, vous êtes bien au cabinet du docteur Bonzon, vous pouvez me joindre les lundi, mardi jeudi et vendredi, de 9h00 à… de votre appel.»

Bon, ce n’est pas mon jour parce que 11h00 vous n’êtes pas là non plus… Bon cet après midi ce sera mieux…

« Bonjour, vous êtes bien au… di jeudi et vendredi, de …, merci de votre appel.»

Bonjour Doc, c’est encore moi… bon 15h00 n’est pas non plus votre heure, tant pis j’appellerai demain…

«Bonjour, vous êtes bien au cabinet du docteur Bronzon, vous pouvez me joindre les lundi, mardi jeudi et vendredi, de 9h00 à 11h30 et de 14h à 17h30, merci de votre appel.»

Eh bien mes appels du vendredi ne semblent pas plus fructueux que ceux du jeudi, troisième fois que je tente de vous joindre… Bon peut-être étiez-vous absent cette semaine… A lundi Doc…

«Bonjour, vous êtes bien au cabinet du docteur Bronzon, vous pouvez me joindre les lundi, mardi jeudi et vendredi, de 9h00 à 11h30 et de 14h à 17h30, merci de votre appel.»

Arfff pas mieux cette semaine Doc, ça fait deux jours que je tente… bon j’essayerai un mercredi au cas où ? … et aussi un soir, on sait jamais !

«Bonjour, vous êtes bien au cabinet du docteur B…»

Oui je sais, je connais le message et la voix par cœur, ce serait bien quand même, Doc, enfin si vous le permettez de changer votre répondeur pendant vos vacances !

Allez, troisième semaine que je persévère, je téléphone au cabinet du Docteur Bronzon et il va encore me dire qu’il est la toute la semaine mais… pfff allez courage, il me faut ce rendez-vous !

Troisième sonnerie, comme d’habitude et là oh stupeur une voix qui répond.

- «Bonjour docteur Bronzon je vous écoute !…

Oups celle-là je ne m’y attendais plus, je dois dire quoi déjà… euh…

- «Bonjour, (ah oui) je voudrais un rendez-vous !» (ouf je vais l’avoir ce rendez-vous !)

… mais là il me répond l’incroyable :

- «C’est pourquoi ?»

Hein, quoi, comment, ça fait trois semaines que j’en parle à votre répondeur et il ne vous en a rien dit !! Non ?

- «Ben voilà, j’ai vu le Grand Sorcier et il m’a conseillé de vous rencontrer…»

Ouf cette fois le rendez-vous est fixé… j’y vais dans une semaine…

9h00, Chic c’est aujourd’hui qui je vais mettre un visage sur la voix grave du Docteur Bronzon…

14h00… je sors du cabinet du Docteur Bronzon… un peu déstabilisée !

Il n’y a pas que la voix du Doc de grave il y avait aussi mon erreur… : Il n’est pas dentiste comme je le croyais mais vétérinaire, je me suis trompée en relevant le numéro.

Bon j’avoue, il n’était sans doute pas vétérinaire mais son agressivité était si forte que j’ai cru que j’avais vraiment affaire à un boucher ! Je ne dirais bien sur pas son nom mais le grand sorcier qui m’a envoyé là… ma foi, se trompe sur son collègue ! Ce type n’est pas un soignant, c’est une proposition de défi… Il croit quoi, que ses provocations agressives peuvent être soignantes ? Dans son répugnant cabinet, irrespectueux des clients, il se dit fier de soigner des malades mentaux ? Parfait, est-ce parce qu’ils sont malades mentaux que ce n’est pas la peine de faire le ménage ?

Il dit aussi travailler pour aider les gens qui souffrent à moins souffrir ? Et me propose de faire la part de ma douleur qui n’est pas organique… Hep le toubib, je viens de te dire que mon corps n’est pas en cause !

Bon allez je m’en vais, j’ai besoin d’être soignée pas engueulée… Salut l’hulluberlu, tu m’as vu, tu me vois plus ! … Si vous voulez allez voir à quoi ressemble son cabinet…. allez voir ci-dessous, au 26 rue de la République !



Le Gilet de sauvetage …


Journée nouvelle, pleine d’hirondelles…

Ce matin j’ai rendez-vous avec vous. Vous allez m’apprendre une technique d’auto hypnose qui, je l’imagine, va m’aider tant à gérer la douleur qu’à me détendre et donc être plus reposée, moins fatiguée, moins vieille.

Je suis prête. Je vais quitter la maison. J’ai regardé le plan, il ne me reste que quelques kilomètres à faire entre mon corps et vous.

Ce matin était particulier, vous savez, ma fille faisait sa rentrée scolaire. Trois ans, plein de vie dedans, plein d’envie, vitalité heureuse, vive toi ma belle Lucy. Sa maîtresse, Sonia, est absente pour l’année… Un grand chevelu accueille les enfants, et, tel un pitre content, il se présente… – « Bonjour je suis Sonia… » Lucyole n’est pas inquiète, les collectivités, elle connaît. Avec la maladie je ne pouvais décemment pas lui faire vivre le «maman reste à la maison, alors toi aussi, tu vas vivre au rythme de mes limites.» Gardée depuis presque trois ans dans des petits collectifs, elle s’occupe de découvrir la classe, et nous dispense d’un joli sourire accompagnant son «au revoir» de la main. Je l’aime. J’aime son indépendance et son chant conquérant. A tout à l’heure ma fille.

Maintenant l’heure est à moi, je m’occupe juste de moi et en plus je confie à une autre le soin de m’aider à prendre soin de moi. Oui c’est le temps du soin, de mon soin à moi. Je m’apprête à partir. Le téléphone sonne. C’est… c’est juste une douce voix ennuyée… qui me dit que vous n’êtes pas là.

Oh… ! Mes épaules prennent un coup de vieux, le fourmillement de la lassitude en profite pour me grignoter de partout… Déjà la petite fille fragile dans ma tête fait le rictus d’avant les larmes. Je pense à demander si vous serez absente longtemps… Oh, non ! Ah… demain ! Oui vous pourrez me recevoir demain ? Chic les larmes ne sont pas pour aujourd’hui, je tiens depuis si longtemps que demain c’est presque maintenant.

Demain, une fois ma fille déposée auprès de la souriante «Sonia les biscotos à la voix grave»,  (l’instituteur remplaçant) je  viendrais vous rencontrer… Demain… J’ai rendez-vous avec vous.

*************

Ce que vous me proposez aujourd’hui c’est de me donner un outil et de m’apprendre à l’utiliser.

Bon, c’est vrai que pile là maintenant, j’aurais surtout envie de maternage, mais j’avoue que, sur du long terme, m’offrir l’instrument que j’emmènerais partout avec moi, et que je pourrais utiliser en cas de besoin, oui, c’est une bonne idée.

J’aime votre discours d’effacement. Vous ne pouvez pas effectivement porter mon corps, mais vous m’offrez l’outil qui fera que je ne coulerais pas tout en étant pour une fois pas sur la pointe des pieds dans la vase gluante… Oh, encore de l’eau !

Est-ce parce que j’ai soif que je pense eau ? Ou plutôt que j’ai peur de me noyer dans la douleur, ou encore pire, de me répandre si je laisse mes larmes couler… Tant de larmes… je devrais déjà être toute desséchée…

Heureusement que je suis une affective, buvant chaque goûte d’estime que je trouve dans les sourires amis. Cependant j’aimerais n’avoir pas tant d’occasion de pleurer, je voudrais me sentir plus forte, je ne voudrais pas contribuer à la montée des eaux…

Pas de panique, bien protégée dans mon petit radeau à moi, réglé pour moi voir même cousu main et sur mesure, j’ai ma chance.

Je n’ai plus qu’à en apprendre le fonctionnement, très bien, … apprenez-moi.

 



rendez vous avec le Neurologue

Il est là, sous le chêne discutant tranquillement avec les voisins. Il est grand, mince, ses mots transportent les vapeurs d’un retour de vacances sans conflits. J’arrive, je boîte un peu, mais ne faiblis pas. Je veux le voir, je voudrais qu’enfin quelqu’un m’entende. Il m’ouvre la maison et s’excuse qu’elle sente un peu le renfermé, mais je pense déjà que cela sent plutôt le respect… Arfff j’ai oublié d’apporter la lettre de recommandation du rhumatologue…

Le «Sorcier» prend la parole… Il a non seulement entendu mais en plus il a des idées pour mener la lutte contre la maladie. Il ne dit pas comme les autres que c’est incurable. Il ne dit pas «voilà, avalez ça midi et soir et revenez dans trois mois »
Lui, il dit, « vous pouvez vous battre pour guérir, on va vous étayer et on ne vous laissera pas tomber ».

Je rentre chez moi avec enfin de l’espoir… Je vais enfin être aidée, je vais enfin ne plus être seule, je vais marcher vers la guérison et ils vont me soutenir… je suis ivre de bonheur et d’attentes. Le lendemain, ayant pris sur ses conseils tous les rendez vous nécessaires, je m’assoie… et m’effondre.

La douleur est immense, la fatigue m’envahie… ma détresse est totale. Tout ce que je retenais de toutes mes forces, tout ce que je portais à bout de bras, toutes les barricades construites pour assumer une «façade de bien portante» s’écroulent d’un seul coup. Je n’avais pas imaginé que l’immense soulagement, d’avoir enfin des personnes autour de moi, étayant ma lutte contre la maladie, provoquerait un tel tsunami interne. Ma garde est tombée, je suis petite, brisée, fragile, je peux dire « j’ai tellement mal », je ne serai plus seule maintenant pour lutter. Je ne peux plus faire semblant d’être forte faute de n’avoir pas d’autres solutions pour avancer. Je me blottis dans mon nid, incapable de sortir travailler, j’ose pleurer et ne plus bouger en attendant le soutien qui va arriver. Je ne suis plus seule, ils vont venir, dans dix jours ou quinze jours, ils vont m’aider…



Le Brasier

Elle est là, étendue sur la braise et incapable de bouger. Elle ne crie pas. La tension de sa mâchoire et l’affolement de ses yeux permettent d’imaginer qu’elle a envie de hurler… Mais elle ne dit rien. Dans un gémissement trop puissant pour que le fragile barrage de ces lèvres ne le bloque elle esquisse un mouvement… semblant trouver une position moins douloureuse elle ferme un instant les yeux. Ses dents très serrées impriment au travers de la peau de ses joues une trace de lézarde intérieure…

Parfois lorsqu’elle ne flambe pas, elle cherche du regard l’explication logique de ce sentiment d’arrachement de l’un de ses membres… rien. Tout semble normal de l’extérieur…Lorsque plus de la moitié de son corps vit ravagé par les irradiations mordantes de la maladie, elle laisse les larmes délivrer un peu de sa pression en écoulant au dehors cette douleur muette autant que folle. La position allongée est aussi impossible que celle qui permet d’avancer. Quand, où, et comment, trouver un peu de repos ?

Lors des petites périodes de rémission, entre deux prises de médicaments parfois efficaces, elle assume un semblant de vie normale…

Dans sa pensée une confusion sans limite… Tout se chevauche. Elle pense : « je vais faire ça et ceci, tiens je pourrais organiser cela… Elle est fourmillante de désirs et de projets…Mais parallèlement deux autres idées l’escaladent, la première, crève de rire rouge en se moquant : « tu n’as même pas la force de bouger, comment pourrais-tu faire ce que tu dis » ? La deuxième plus sournoise l’envahie comme une nappe de brouillard… Elle supprime certaines lettres, rendant les mots insensés, elle en inverse d’autre, changeant, à la seconde même de la prise de conscience, le sens de la pensée… Elle crée de grands champs de confusion et d’amnésie, un genre de trou noir aspirant toute réalité de la vie…

Elle, synthèse irréelle, volcan en éruption mais créateur de nouvelle terre, n’en finit pas de chercher la sortie de sa « fibromyalgie ».

Me relisant, je me rappelle, amusée, que lorsque j’étais une petite fille ma mère disait que « être brûlée vive pour l’éternité »… c’était ça l’enfer… !



Lettre et le nez en l’air

L’être et le nez en l’air

L’être et le néant,… l’air

L’être et l’aller à l’air

L’air libre, l’air de rien

L’air d’aller bien

L’air enchanté

L’air, en chantant

L’air … en chantier

L’être rien, l’air d’être…

Mine de rien

Rien qui mine

Rime qui m’anime

Frime qui aligne

Lignes de mots

Signe de moi

Signe à moi

Signe mature ?

Signature.

L’être Seule

Le Seul être

Etre au seuil…

Lettre au seul être …

La seule lettre

La seulette…

La lettre au sol erre

L’être au soleil

L’être au seul œil

Lettre pour multiples regards…

Gare … et re-gare …

Gare à toi, gardez vous

Gare à moi, regardez moi

Me regarder et me garder encore

Gare à moi, je suis en train,

Mais être sans entrain

Etre centre, un,

Possible,

Un

Impossible

Une peau cible ?

L’un possible

Le deux pensable

L’impossible et le «pansable»

Passable et pénible passage

Le pas sage s’impose

Le pas se pose, se passe

Pas de sable, pas de nasse

L’enlisage s’envisage

Sans visage,

Sans vie sage

Sans âge

Sang…

Sans vie,

Envie,

En vie…

Je suis,

Je fuis,

J’essuie

Je m’enfuie,

Je m’enfurie

Je m’enfurieuse,

Je m’enfuriante

Je mens, je pleure

Je fuis en corps

Je m’essuie le cœur

Gène, suie et sueurs

J’écris je meurs

Je crie, je mords

Le dit qui pleure

Prends son essor

L’heure de l’avis

La vie qui sort

La sortie…



inquiètude…

Pas de nouvelles de toi

C’est insupportable, je suis folle d’inquiètude, je me ronge les ongles, j’ai du mal à respirer, je regarde sans arrêt la pendule, tu aurais dû appeler, c’est pas possible aucune nouvelle, je tourne en rond, toute agitée par l’attente… Où es-tu ? Pourquoi tu n’es pas encore arrivé ? Pourquoi tu ne m’as pas appelé ?

Ah non à cette heure-ci c’est sûr qu’il t’est arrivé quelque chose, peut-être que tu as chuté dans l’escalier de ta cave, tu es coincé dans un ascenseur sans portable et l’alarme est en panne… Ta voiture refuse de te laisser sortir, toutes les portes sont bloquées, fermées à clé et toi dedans… Je sais, tu as glissé dans le congélateur en te penchant pour attraper un truc au fond, assommé tu n’as pas pu empêcher le couvercle du congel de se refermer sur toi et tu es en train de congeler…

Non plutôt ça… tu étais en retard, tu as eu peur que je sois inquiète alors pour te rassurer tu as bu une bière, du coup tu étais encore plus en retard alors tu en a pris une autre et après la cinquième tu as voulu rentrer par le chemin du moulin et là… Peut-être qu’ivre mort tu gis dans le ruisseau…

Tu n’as pas pu venir parce que tu es poursuivi par la pègre pour avoir été témoin d’un truc que tu n’aurais pas dû voir, et que voulant te cacher tu t’es fait arrêter par la police secrète qui à la suite d’une erreur judiciaire et du fait que des espions te prennent pour le frère de la petite sœur d’un parrain terroriste, tu as été enlevé. Je dois te trouver un avocat vert parce que les marrons c’est plus périssables et te sortir des griffes d’un gouvernement miteux de l’autre bout de la planète parce qu’ils te retiennent là-bas … Non, ça se tient pas…

Peut-être que tu es en train de m’écrire, peut-être que tu l’as fait mais que le facteur a fait un infarctus, une monstrueuse crise cardiaque avec de la bave qui lui sort des oreilles et les orteils écarquillés, et que, comme il avait justement ta lettre à la main, mais que personne ne s’en est aperçu, alors il est à l’hôpital avec ton message et moi bêtement je m’inquiète !

Peut-être qu’il y a eu un grave accident chimique à cause d’une usine qui était installée ici il y a des milliers d’années mais qu’on l’a jamais su, pour que cela ne fasse pas baisser le prix des terrains des promoteurs, mais que le gouvernement veut étouffer l’affaire et qu’on n’aura jamais aucune nouvelle des cadavres disparus… Cadavre j’ai dit “cadavres”, oh non pas toi, pas un cadavre, quel mot hideux, et si tu étais à la morgue, abattu dans un règlement de compte entre bande rivale, une balle perdue et voilà tu n’es plus… Non non je me calme j’ai pas entendu de coups de feu, faut pas dramatiser, … bien sûr…

Ma boîte mail est vide c’est sûr, c’est pas normal ! Je hurle en silence, je me lève, regarde une fois de plus par la fenêtre, rien, il n’y a rien, tu n’es pas là ! Ma parole je porte plainte, c’est sûrement une panne de réseau ! Encore un coup des opérateurs de téléphonie, avec leurs antennes radioactives qui veulent implanter des éoliennes à proximité ! Oui sûrement que ma ligne téléphonique est coupée, même si j’ai eu ta mère tout à l’heure c’est parce que, elle, rien ne l’arrête… ou alors c’est lorsqu’elle m’a raccrochée au nez que ça a pété un câble !

Mon dieu le temps passe et toujours aucun signe de toi… Tu m’aurais prévenu si tu avais juste eu un banal retard, là c’est grave tu es forcément bloqué dans un endroit d’où tu ne peux me joindre, où ? Où te chercher ? À qui demander ? Ta mère ? non elle m’aurait prévenue si elle avait su quelque chose ! Qui alors, ton ex ? Ta secrétaire ? Oh, je suis si désemparée… Comment c’est possible de continuer à vivre ainsi alors que sûrement tu agonises quelque part…

Réfléchissons calmement, bien tu es parti c’était… voyons grosso modo moins… ah non je ne peux pas m’asseoir pour juste réfléchir, il faut que je m’occupe, c’est trop insupportable de penser à tout ce temps sans nouvelles de toi. Je vais appeler la gendarmerie pour qu’ils aillent frapper chez toi pour le cas où, je vais prendre ma voiture faire le tour de ton quartier, demander aux pompiers de sonder les rivières alentours, je vais appeler les hôpitaux, visiter les accidentés amnésiques au cas où tu serais l’un d’eux, je vais… J’en peux plus, !

Si jamais tu vas bien mais que tu as juste « oublié » de me prévenir je te déteste, je te claque, je te poignarde, je te jette, je t’aime plus, je ne te parle plus jamais ! Je te dénonce à ta mère… j’épouse ton frère, je te balance dans le congel, je te couds dans un sac je te…

Je t’en prie appelle moi… sonne, arrive, fais quelque chose ne me laisse pas comme ça je vais devenir folle, il faut que j’agisse, cette passivité me monte à la tête !

Chaque seconde qui passe me laboure le plexus, je sombre lentement dans la dépression, je laisse les larmes me monter aux yeux, et si tu m’avais oubliée… Peut-être que tu t’en fiches de moi… Que tu ne veux plus me parler, que tu ne viendras jamais plus, que tu es déjà bien loin, que tu m’as totalement oubliée déjà, pour toi je n’existe plus, et moi, bêtement, je t’attends… Non c’est pas possible, tu n’aurais pas fais ça, pas alors que notre dernière rencontre était si belle, si douce, si … Oh, ciel mais où es-tu donc ?

De toutes façons moi je ne peux pas vivre comme ça, je n’ai plus d’appétit, j’ai même envie de vomir, c’est sûr je vais pleurer, je vais aussi m’évanouir à force de ne plus manger, je me sens toute faible je n’ai plus de force… Oh pourquoi m’as-tu abandonnée ? Mes mains tremblent, je ne peux plus rien faire, je tente de boire, mais je tremble tant que le verre se casse sur le carrelage, tant pis je ne ramasse pas les morceaux, qu’importe maintenant, c’est sûr, oui c’est sûr que tu ne reviendras plus, je ne saurais jamais ce qui t’es arrivé, je préfère mourir plutôt que de vivre dans ce doute affreux…

On sonne c’est sûrement la police. Elle vient me prévenir, m’annoncer le drame, j’ai la force d’avancer jusqu’à la porte, tête baissée, la mort au ventre, concentrée pour affronter à la terrible nouvelle…

J’ouvre la porte :

C’est toi qui me regarde étonné … « ben quoi, j’ai à peine 20 minutes de retard, c’est quoi ces morceaux de verre, là, par terre ? »! »



Mal ailleurs

 

Blotti contre l’escalier de pierres, regarde bien ce petit tas informe qui tremble au bas des marches, ce chiffon trempé de larmes et recroquevillé sur lui-même, c’est moi.

Tu me vois, étonné, puis tremblant, toi aussi, d’effroi, tu te baisses, me cueilles, m’enroules dans ton manteau, m’emportes blottie contre toi à l’intérieur de la maison.

Là tu me déposes doucement sur le tapis, je ne bouge pas, trop faible, trop fragile, je tremble de tous mes membres….

Tu m’entoures d’une serviette éponge vert amande.

Ta voix me parle, elle raconte des tas de mots que je ne comprends pas mais qui sont pleins de douceur, plein d’apaisement, des mots qui me rassurent, sur le présent et même sur l’avenir immédiat.

Tu t’accroupis près de moi, tu me frictionnes par petits frottements ronds et doux parfois, par longues caresses vigoureuses par endroit. J’ai fermé les yeux. Je me laisse aller au rythme de tes mains.

Après que tu ais réchauffé chacune des parties de mon corps en t’arrêtant plus spécialement sur les extrémités gelées de mon être, tu me laisses un instant pour remettre du bois dans le feu.

Lorsque tu reviens, ta main caresse mon visage, tu cherche mes yeux.

Tu voudrais comprendre pourquoi je tremble toujours ? Timidement mes yeux te sourient et je murmure « j’ai froid »

Un éclair d’hésitation traverse tes yeux, ta main se pose, dans mon dos, sur la fermeture de ma robe.

Tu t’excuses : « elle est trempée, c’est elle qui te gèle ».

Tu guettes mon approbation, je frissonne, tu descends la fermeture éclair tout du long.

Tu fais glisser le tissus sur l’avant des épaules. La robe colle à ma peau.

Tu poses un drap de bain sur mon dos et me porte plutôt que ne me relève pour faire tomber ma robe à tes pieds.

Je m’agrippe à toi, une main sur ton bras, l’autre accrochée à ton pull sur ta poitrine.

Tu allais resserrer le drap de bain autour de moi lorsque tu vois la longue trace violette qui part de mon épaule pour descendre vers mon sein.

Tes yeux m’interrogent, mais comme je regarde le sol tout doucement ton doigt frôle la craquelure presque cicatrisée…

J’ai les jambes qui ne me portent plus mais ce n’est plus nécessaire, tes bras m’ont entourée avec tant de force, tu me serres contre toi avec tant de tendresse que je ne touche plus le sol.

La tête dans ton cou je murmure, « j’ai froid, j’ai froid en dedans »…

Tu m’emportes, me dépose sur le lit, assise, le drap de bain toujours autour de moi.

Une main dans mon dos pour me retenir tout doucement tu m’aides à m’allonger puis tu me recouvres de la couette, sur laquelle tu rajoutes un édredon de grand-mère en plumes d’oies.

Tu me regardes inquiet.

Mes yeux sont tout mouillés.

Tu t’agenouilles près du lit, tes mains sur mes joues brûlantes, tu me supplies de ne plus trembler.

Tu effaces mes larmes une à une.

Ta main est fraîche et me fait du bien.

Tu me demandes : « tu as mal » ?

Je te fais signe que non de la tête et je te réponds « oui »…

Devant ton air interloqué je ne peux m’empêcher de sourire et de t’expliquer… : « mon corps n’a pas mal ».



Le Jardin

C’était un jardin,
Mon jardin à moi,
Ce n’était pas un Le Notre,
Ce n’était pas un gazon écossais…
C’était juste un petit coin de terre
Des herbes sauvages, coquelicots et bleuets,
Une rocaille, un peu de bruyère, des ancolies
Quelques grappes de glycine, jasmin et lilas blanc
Avec des iris d’eau, bleu pervenche d’altitude
Des nénuphars et un seringa en fleurs
Des violettes blotties près de la mousse
Une source claire, l’ombre d’un sous-bois, un banc
Le soleil sur un érable pourpre de plein champs
C’était un jardin avec la courbe d’une sente douce,
Assez large pour le passage de deux amants
Un jardin ouvert, un jardin offert et gourmand.

 

Un jour où je ne faisais pas attention
Quelqu’un entra et tondit le pré pour ses bêtes
Un autre cueillis le lilas pour sa femme
Celui-ci cassa trois branches au seringa
Celui-ci piétina les fleurs, l’autre…
Affolée je criais « Stop on se calme »
Mais sans m’entendre tous continuaient
Piétinant sans méchanceté ce à quoi je tenais tant
Toute cette vie fragile et douce que je chérissais
Ce jardin offert qui s’il le restait
Ne serait bientôt plus que friche
Alors j’ai roulé délicatement le parchemin
De mon jardin, et je l’ai glisser dans ma poche
Devant les visiteurs étonnés, j’ai dit « c’est fermé »
Certains ayant insisté, arguant de leur désir d’entrer…
Je me suis enfuis, mon jardin en poche
Mes larmes aussi…

 

J’étais assise à l’ombre d’un charme,
Lissant d’une main tendre une pétale de rose
Lorsque j’entendis une voix venant du ciel
« Elle est belle cette fleur »
Très étonnée j’ai levé le nez et j’ai vu l’homme
Assis à califourchon sur une grosse branche
Les jambes dansantes au rythme du vent
Laquelle ? Demandais-je, en croyant
Qu’il me montrerait les fleurs alentours
Il répondit, en montrant mon jardin,
que j’avais déposé tendrement à mes pieds :
« le coquelicot ».

 

Je lui souris, et faisant mine de me rejoindre
Il demanda : je peux ?
Depuis main dans la main
nous parcourons les allées de mon jardin
son sourire est ma lumière, ses mots mon terreau
il m’arrose de sa tendresse et m’enivre de son désir…
Parfois étonné il s’arrête et me demande :
Pourquoi moi ? Pourquoi est-ce que tu m’aimes moi ?

 

Parce que toi tu n’entres pas sans y être invité
Parce que toi tu regardes où poser tes pieds
Que tu ne risques pas de tout ravager
En décidant avoir besoin de mes fleurs
Parce que toi tu es sensible à leurs parfums
Parce que toi tu en respectes le chemin
Tu n’y cours pas en conquérant
ni même en propriétaire
parce que toi tu es là, prêt à partager
en me tenant la main sans l’emprisonner.
Voilà pourquoi je t’aime, toi.



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